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Full text of "Moyen vniuersel de pratiquer la perspectiue sur les tableaux, ou surfaces irregulieres : ensemble quelques particularitez concernant cet art, & celuy de la graueure en taille-douce"

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\Pcn^ Praticqiiev  la. PERSPECTIIT:  jw  les SurfaC&rlrre^tdier&s ,    ÔCc 


MOYEN  VNIVERSEL 

DE  PRATIQVER  LA 

PERSPECTIVE 

SVR  LES  TABLEAVX> 

ou  Surfaces  Irregulieres. 

ENSEMBLE 

Quelques  particularités*  concernant 

cet  oArt,  &  celuy  de  la  Gramme 

en  Taille- Douce. 

Tar  *A.  VOS  SE.  ■•_ 

A     PARIS, 

Chez  ledit  Bosse,  en  ilfle  du  Palais, 

fur  le  Quay  qui  regarde  celuy 

de  la  Megifferie. 

M    DC   LUI. 

tAVEC   PRIVILEGE  VF  ROY. 


en  vofire  maifon ,  £5*  que  parmy  tant 
$  autres  raretés  j'y  remarquay  cegrad 
nombre  de  riches  Tableaux  des  meil- 
leurs Teintres  9  tant  anciens  que  mo- 
dernes s  je  jugeay  bien  que  ce  choix  ne 
fournit  procéder  que  d'vn  effrit  non 
feulement  très- curieux ,  mais  au^i 
tres-connoijfant  ,  Cf  je  fus  fort  aife- 
ment  confirmé  en  cette  opinion  ,  lors 
que  je  vous  entendis  fi  pertinemment 
difcourir  de  la  différente  beauté  de 
chacun  de  ces  Ouurages  :  Mais  fur 
tout  je  vous  efiimay  digne  d'vne gran- 
de louange  >  quand  vomm'appriflesle 
deffein  que  vous  auiez*  d'en  faire  gra- 
uer  t$  donner  au  public  vne  bonne  par- 
tie des  plus  excellents ,  &  que  mefmes 
vous  déferiez  d'entendre  à  fonds  ce  que 
l'on  nomme  ordinairement  la  Reide  ou 

<3 


Pratique  de  laPerfieffiue ,  qui  (à  ai- 
re  le  vray  )  eft  l  Ame  de  la  Peinture. 
Tout  cela  me  fit  refoudre  dés  lors  a 
<vow  dédier  ce  petit  Traitté  >  que  je 
vous  offre  a  pr e fient  ^  &  que  je  'vous 
fupplie  Monsieur  ,  de  receuoir 
comme  vn  hommage  que  je  vom  rens 
en  mon  particulier  3  Cf  comme  vne  ef- 
pece  de  reconnoijfiance  de  ce  que  vous 
pement  deuoir  tous  ceux  de  cette  Pro- 
fefiion.  Au refie , pour 'le  contentement 
des  plus  Curieux  3  faurois  fait  icy 
(  auec  vofire  permifiion  )  vn  dénom- 
brement de  ces  belles  pièces  $  fi  je  nauois 
confideré  qu'il  y  en  a  desja  quelques 
vne  s  de  grauées ,  &  que  le  refie  verra 
bien  tofi  le  jour  >  pourueu  que  vofire 
fan  té  le  permette  ,  D IEV  vous  la 
veuille  confier uer  y  £5*  me  face  la  gra- 


ce  de  rencontrer  des  occafions  de  'vous 
çomoir  tejmoigner  combien  je  Jîtù -, 


Monsievr, 


yoflre  treSthumblç  é* 
tres-obeïffantfemiteur 
A.  J2QSS£. 


JJ»  !J«  »|«  *P  îP  •**  ***  5P  •*•  5P  »jï  îjî  »l«  «15  ?x»  »J»  »J»  •**  »J»  »?•  •!»  •!»  »t5 


ifjflOii 


•A.  vil  vu  vU  «JU  <U  <U  i  »ï*  vu  «t»  lu  lu  Z  lu  lu  »u  al*  lu  £  £  lu  lu 

AVERTISSEMENT. 


L  y  a  quelques  années  que  je  mis  au  jour  vn  très- 
ample  Volume,intitulé:  Ate»«r*VNiVERSELi.E  <fe 
Monfieur  Defargues  pour  pratiquer  la  PerfpeBtue 
p tir  petit  pied  comme  le  Geometral,  enfemble  les 
Places  &  Proportions  des  fortes  t$>  foibles  touches, 
teintes  ou  couleurs.  Laquelle  manière  s'eft  treuuce  fans  contre- 
dit la  plus  familière  &  abrégée,  jufte  ou  precife qu'aucune  qui 
ait  encore  paru,  Et  j'oie  bien  dire  qui  pareftra;  Mais  à  caufê 
que  cet  auancé  peut  fembler  trop  hardy,  je  prie  ceux  qui  auront 
vn  tel  fentiment  ne  me  condamner  point  qu'après  auoir  leu  & 
entendu  ce  que  j'en  diray  cy-apres. 

Ladite  Manière  de  Perfpectiue  lertareprefenterfurvne  furfa- 
ceplatte  de  quelque  matière  &  inclination  qu'elle  puiflè  eftre, 
tous  les  objets  viables  de  la  nature,  &  ceux  que  l'on  fe  peut  for- 
mer dans  l'imagination  (laquelle  furface  y  eft  nômée  Tableav 
ce  qu'aucuns  nomment  le  Verre ,  la  Traniparance  ,  autres  la 
Section.  )  Et  non  pas  Amplement  pour  reprefenter  les  traits  ou 
Contours  defdits  objets ,  mais  aulli  la  place  des  jours  ou  eiclats 
des  diuerfes  lumières  furiceux,  de  leurs  ombres  ou  ombrages 
&  meime  de  la  diftufe  qui  eft  lors  que  les  rayons  du  Soleil  ne  fe 
difeernent  pas  ,  &  par  ainfî  qu'il  n'aparoift  point  d'ombre  fur 
lefdits  objets,  fînon  es  lieux  creux  où  cette  lumière  ne  peut 
fouiller  ny  entrer;  ce  qui  s'exprime  en  n'ayant  efgard  qu'à  l'a- 
foiblilTementdeleur  Couleur  fuiuantleur  Endroit  &  Place. 

Or  comme  dans  ce  Traittéiln'eft  point  fait  mention  de  re- 
prefenter ces  mefmeschofes  fur  desTABLEAvx  ou  furfacesde  di- 
uerfes fituations  &  différemment  courbées  en  Voûte ,  en  Angle 
ou  autrement;  I'ay «eu,  ayant  efté  injtruit  parmondit  Sieur 

A 


ï>tfargues  de  la  manière  de  ce  fane,  Que  plusieurs  perfonnes  af- 
fectionnées à  cette  pratique,  feroient  bien  aifesdela  voir  expli- 
quée; &  encore  plus  lors  qu'ils  auront  compris  comme  elle  eft 
très- méthodique,  faciile.,  expeditiue  &  defehargée  de  plutieurs 
embarras  &  grandes  difficultez. 

l'ay  tafché  de  faire  conceuoir  par  les  Planches  zi,  &  1 3,  de  ce 
Traité  :  Comme  vne  Pcrfpcctiue  qu'on  nomme  communé- 
ment Horizontale  ,  ne  doit  point  eftre  entendue  faite  par  vne 
autre  manière  qu'vne  nommée  Verticale,  &quec'eftla  mefme 
pratique  ;  à  condition  qu'on  la  vueille  reprefènrer  for  vn  Ta- 
bleau ou  Surface  platte,  ce  qui  eft  dit  afin  que  l'on  ne  croye 
point  qu'elle  doiue  eftre  comprife  parmy  celle  de  ces  Tableaux 
ou  Surfaces  Ir  régulière  s. 

Mais  faute  de  bien  entendre  furquoy  eft  fondée  la  pratique  de 
la  Perlpectiue.  Ileft  arriuéqueplulleursqui  s'y  plailent  fe  font 
formez  fur  l'exécution  d'icelle,  mille  chimères  capables  de  ren- 
uerfer  tout  fon  ordre  &  fa  precilîon  ,  &  qui  pis  eft  les  ont  pu- 
bliées. 

Donc  pour  des-abufer  ceux  qui  ont  ou  peuuent  auoir  cesmef- 
mes  pent  ées,  &  pour  s'il  fe  peut  en  venir  à  bout,  vous  verrez  s'il 
■vous  plaift  le  chap.  X.  de  ce  liure ,  &  ce  qui  en  fera  dit  &  fait  en 
la  Planche  iS. 

Il  y  a  encores  vne  particularité  laquelle  n'a  pas  efté  fi  ample- 
ment expliquée,  dans  monditpremier  Liure  de  Perfpe&iue  que 
j'efpere  faire  en  celuy-cy ,  touchant  le  rayonnement  de  la  Veue. 
C'eftàfçauoirqu'il  ne  fuffit  pas  pour  auoir  la  fenfation  vifuelle 
des  objets  ou  fujets  vifibles  de  relief,de  ne  point  changer  la  por- 
tion de  la  malle  de  l'œil  lors  que  l'on  les  délire  colorer,j'entends 
fur  vneiurface  ou  Tableau  plat,  tant  par  ladite  règle  de  Per- 
fpe&iue qu'à  veuè  d'oeil  :  Mais  qu'il  conuient  en  les  regardant, 
vous  abftraindre  autant  que  vous  pourrez  de  ne  point  varier 
ou  (comme  on  parle  communément)  jouer  delà  prunelle,  ou 
bien  fi  vous  en  joiiez  de  ne  pas  appliquer  la  couleur  fur  voftre 
Tableau  de  pareille  force  que  voftre  oeil  la  voit  ainlî  en  le  va- 
riant; Autrement  vous  ne  ferez  point  faire  à  ces  objets  ainfi  re- 
prefentez  fur  le  Tableau  ,  leur  entier  effe&  &  fenfation  de  ron- 
deur tournante  &  fuyante  à  l'oeil,  ainfi  que  fait  l'objet  naturel 
de  relief ,  veu  ainfi  que  j'ay  dit  d'vne  feule  œillade 

Or  comme  j'ay  tefolu,  Dieu  aydant,  d'en  parler  amplement 
en  fon  lieu ,  &  talcher  de  m'en  expliquer  par  difeours,  &  aux 


Planches  i/,  1 6  &  17,  je  n'  en  parleray  plus  icy. 

Déplus,  encore  qu'audit  Traité  en  la  féconde  partie  j'aye 
allez  amplement  expliqué  la  règle  des  places  &  proportions 
des  fortes  &  foibles  touches,  Teintes  ou  Couleurs,  qui  eft  le 
vray  moyen  de  faire  faire  à  l'Oeil  l'vnion  de  Colory  de  quel- 
ques objets  que  puiiTeeftre  compofcvn  Tableau  ,  je  ne  lairray 
pas  d'en  dire  encore  quelque  chofe  alfez  briefuement  par  vne 
autte manière  de  parler  méfiée  d'exemples  ou  comparaifons, 
\    laquelle  j'ay  trouuée  fatisfjire  beaucoup  d'honneftes  gens,  au 
|    moins  me  l'ont-ils  tefmoi»né,&  que  j'ay  auilî  donné  facile- 
i    ment  à  entendre  à  plufïeurs  de  noftre  Académie  Royale  de  la 
teinture  &  Sculpture. 

Les  quatre  dernières  Planches  de  ceLiuren'y  font  que  fur- 
abondantes,  deux  defquelles  peuuent  latisfaire  ceux  qui  ne 
voyans  pas  l'vniuerfalité  de  la  pratique  de  Perfpecliue  expli- 
quée en  mon  premier  Traité, m'ont  fouuent  demandé  pour- 
quoyje  n'y  auois  point  mis  le  moyen  de  reprefenter  en  Per- 
fpediue.les  voûtesque  l'on  nomme  d'Arefte  de  Cloiftre ;  ou 
d'Ogiue;  Ne  faifan't  pas  reflexion  que  d'enfeigner  à  réduire  en 
Perlpe<ftiue  vne  porte  en  Arcade,  fuffir  pour  tout  cela:  puis 
qu'vne  voûte  de  Cloiftre  n'eft  que  deux  portes  en  Arcade  qui 
te  croilèntl'vne  l'autre  à  droits  Angles  ou  autremenr. 

L'autre  Planche  eft  pour  Efbau cher  vn  moyen  qu'vn  de  mes 
Confrères  en  l'art  de  la  graueure  en  Taille -Douce  nommé 
M.  Nantueil  &  moy  auons  en  quelque  forte  treuué  ,  pour 
fçauoir  auec  raifbn  .fondée  en  Géométrie  Conduire  en  di- 
uers  fens&fur  diuers  Corps  reprefentez  en  graueure,  foit  au 
burin  ,  à  l'eau  -forte,  Sç  en  bois,  les  lignes  que  nous  nommons 
Hacheures,lefquelles  feruent  à  donner  aufdits  Corps  leur  ex- 
preflion  de  relief ,  foit  plattes,  foit  rondes,  tant  pat  l'ordre  & 
Conduitedeleursarengemensfurlefdits  Corps  ,  que  par  celle 
qu'elles  doiuent  faire  pareftreperfpe&iuement  à  l'œil  de  celuy 
qui  les  regarde. 

le  vousdiray  de  plus  que  j'ay  mis  après  la  Planche"  16.  de  Ce 
Traité  vn  Auertiffement  à  ceux  qui  croyent  que  la  Viiîon  fefait 
toutainii  que  l'Illumination,  comme  l'on  peut  appliquer  cette 
penféefurce  qui  eft  dit  dans  mon  premier  Liure  touchant  la 
raifon  du  fort  &  fbible,  toucher  ou  coulorer  ,  &  auflï  en  fuite  vn 
difcours  pour  expliquer  les  figures  de  la  Planche  %-j  au  fujet  de 
cette  Vifion&  Illumination  fur  les  diuers  Corps  ou  objets  qui 

A  ij 


font  pins  ou  moins  oppofés  audit  Oeil  de  front  ou  de  biais,foi* 
tournans  ou  fuyans. 

Et  finalement  vn  autre  qui  eftqu'auant  de  commencer  d'ex- 
pliquer, par  figures  ou  Planches  auec  leurs  petits  difeours  à 
chacune,  les particularitezcydeuant  dites:  j'elpere  le  pouuoir 
faire  par  vn  aflez  ample  difeours  fans  figures  ,  pour  d'autant 
moins  en  auoir  à  dire  aux  pages  qui  doiuent  contenir  l'explica- 
tion defdires  Planches  qui  leur  fontappofées.  Ainficequej'en 
diray  fans  elles  feruira  comme  d'elbauche  ou  préparation  en 
attendant  la  pratique  efFectiue  fur  içelles  qui  fera  la  Conclu- 
£on4 


CHAPITRE     I. 

DISCOURS  D'EXPLICATION 

fur  les  Particularité^  de  ce  Traité. 

pourquoy  l'on  ne  doit  pas  efperer  vne  Manière  de 
pratiquer  la  P erfyeBiue plus  facile  &  abrégée 
pour  le  commun  des  Ouuriers  3  que  celle  de 
Afonjîeur  Defargues. 

'A  y  dit  au  commencement  dudifcours  qui  a  pré- 
cédé que  j'auois  mis  en  lumière  vn  Traité  de  Per- 
fpe&iue ,  que  je  croy  auec  plufîeurs  eftre  le  meilleur 
£J  qui  fefoitfait&  fe  fera.  Etc'eft  ce  que  j'ay  promis 
£*  de  prouuer. 

Il  n'y  a  pas  beaucoup  de  perfbnnes  entendues  en  cette  ma- 
tière qui  ne  fâchent  bien  que  depuis  plufîeurs  milliers  d'années, 
il  ne  paroift point  que  l'on  aye  treuué déplus  brefue pratique 
pour  conftruirevn  Corps  en  relief,foit  Figures, Bâftimés,  pièces 
de  Meubles,  &c.  &  pour  les  deifeigner  G eometralement  fur  vne 
Surface  platte,ainfi  que  l'on  fait  d'ordinaire  les  Plans  ou  Affietes, 
efleuations&  profils  d'iceux  ,enfemblesles  Cartes  Géographi- 
ques, que  parle  moyen  d'vne  commune  Mefùre  nommée, 
"Bfchtlle  ;  laquelle  à  diuers  noms  fuiuant  les  Pays,  dont  la  plus 
commune  en  France  eft  (  comme  chacun  fçait  )  nommée  le 
Pied  dfuifé  en  iz  Pfuces  ,8c  le  pouce  en  autres  12  parties  nom- 
mées Lignes-,  Et  pour  les  Cartes  Géographiques  la  Li*vz,Demje 
lieue, Quart  &  demy  quart. 

Or  quand  il  s'agiu  defairequelques-vnsde  ces  Ouurages  par . 
le  moyen  defditesEfchelles,on  ne  les  compte  jamais  pour  eftre 
vne  des  parties  dudit  Ouurage ,  mais  feulement  vn  Outil  pour 
les  mefurer  &  tracer. 

De  mefme  je  croy  que  fuiuant  noftre  manière  de  pratiquer  la 
Perfpeéliue  par   deux  différentes  Efchelles,  l'vne  nommés 

A  ii; 


juyunte  qui  peut  à  bon  droit  eftre  nommée  Perffeiïiue ,  &  les 
autres  de  Front,  qui  font  chacune  des  Efchelles  geometrales: 
L'on  me  doit  concéder  auffi  que  ces  Efchelles  ne  doiuent  pas 
faire  partie  de  l'ouurage  que  l'on  deiire  mettre  en  Perfpe&iue; 
mais  femblablement  comme  celle  du  Geometral,eftre  vn  Outil 
pour  les  mefurer  ou  tracer. 

Donc  pour  fouftenir  ce  que  j'ay  auacé,je  dis  que  fî  on  ne  treù- 
Ue  pas  vne  pratique  plus  brefue  de  conftruire  en  relief  le  Geome- 
tral, &  le  tracet  fur  vne  furfaceplarte,  que  par  le  moyen  de  fon 
Efchelle  ordinaire  ;  De  mefme  à  moins  que  de  rrouuer  vn 
moyen  plus  bref  de  tracer  ou  couper  f  Efchelle  fuyante  Perfpe- 
ftiue,  l'on  n'en  fçauroit  abréger  la  pratique,  puis  que  fors  la 
manière  de  couper  ladite  Efchelle  Perfpectiue  fuyante,  il  n'y  a 
aucune  différence  de  la  pratique  du  Geometral  à  celle  du  Perf- 
peiïif. 

Et  afin  que  perfônne  ne  prétende  auecraifbn  de  dire,  que  la 
pratique  de  la  Perfpe&iue  oblige  à  faire  treuuer  plus  qu'au 
Geometral ,  la  Place  des  jours ,  Ombres  ou  ombrages ,  fur  les 
corps  qu'elle  réduit  en  Perfpectiue ,  enfemble  les  places  des 
fortes  &  foibles,  touches  teintes  ou  couleurs  ;  le  fouftiens  que  fi 
celuy  qui  delleigoe  le  Geometral  en  entend  bien  la  pratique ,  il 
doitfcauoir  que  la  place  des  ombres  fur  iceux  s'y  doit  placer  par 
le  moyen  de  ion  Efchelle ,  &  en  quelque  forte  ces' fortes  &  foi- 
bles touches,  teintes  ou  couleurs. 

CHAPITRE     II. 
Qtfil  faut  auoir  bien  entendu,  la  pratique  de  la 
Perjpecliue  contenue  dans  mon  -premier  Traité 
pour  bien  exécuter  ce  qui  efi  expliqué  en  celuy -cy. 

LE  but  principal  de  ce  Traité  eftant  de  donner  vne  pratique 
dereprefenter  en  PourtraitureouPerfpe&iuefur  diuersT,*- 
bleauxou  Surfaces  irreguliens  courbes  ,ainfi  que  fur  les  regullc* 
res plattes^tous  les  objets  vifibles  delà  Nature:  le  me  treuue  obli- 
gé d'auertir  d'abord  ceux  qui  ne  font  pas  encore  allez  auancez 
dans  la  pratique  delà  Perfpectiue,  principalement  en  celle  que 
j'ay  mife  au  jour  j de  ne  le  point  embtoiiillericy  dans  la  pratique 
de  ces  Tableaux  irreguliers&  courbes  ,  quoy  que  trcs-facile; 
attendu  que  pour  en  venir  facilement  à  bout  il  laut  la  fçauoir. 


Toutefois  à  caufe  qu'il  eft  fafcheux  de  manier  continuelle- 
ment: deux  Liures  pour  receuoir  Inftru<ftion  des  matières  dent 
ils  traittent ayant liaifon  &meflange  l'vn  auec  l'autre,  je  n'ay 
pas  laillé,ainfi  que  j'aycy-deuantdit,de  réduire  icy  en  gros,finon 
enmelmeparoles,  du  moins  en  fubftance,  plusieurs  chofes  ex- 
pliquées amplement  dans  mon  premier  Traité,  ne  laillànt  àre- 
chercher  en  iceluy  luiuantl'occafion  ,  que  ce  qu'il  y  a  de  plus 
particulier,  ce  qui  eft  toutesfois  ainfi  que  j'ay  dit  neceflaire  de 
içauoir  afin  de  pollèder  cette  pratique  en  tous  Tes  cas, parties,  & 
circonftances,ou  pour  mieux  dire  ibn  vniuerfalité. 

I'auois  eu  deilein  de  donner  cette  pratique  de  Perlpeâiue  fur 
cesdiuerfes  lurfaces  ou  Tableaux  irreguliers  &  courbes  félon 
qu'elle  eft  expliquée  pour  ceux  qui  font  plats  &  inclinez  ,  aux 
Planches  1098c  110  de  mon  premier  JLiure  :  Mais  après auoir 
bien  conféré  là  deiTus  auec  Mondit  Sieur  Defargues.nousauons 
trouué  qu'il  euftfallu  entendre  vn  peu  plus  l'art  de  la  Geome- 
trie,du  moins  fa  pratique  ,que  ne  font  d'ordinaire  la  plufpart 
des  Peintres  &  tels  autres  Delfeignatcurs,  pour  reprefènrcr  par 
le  moyen  d'icelles  fur  les  Tableaux  plats  inclinez  Si.  faifans  an- 
gles ou  courbures  tous  ces  objets  ou  fujets  cy-deuant  citez:  C'eft 
pourquoynous  auonschoifi  la  manière  plus  facile  &  expeditiue 
&  aufli  jufte  &  plus  qu'aucune  autre,  ailàuoir  par  la  réduction 
du  Treiilis  ou  petit  Pied  efgal  &  inégal. 

CHAPITRE      III. 

Ce  que  l'on  doit  entendre  parle  mot  ^Tableav 

qu  aucuns  ont  nommé  Verre ,  Sel~Hon3 

Tranfyarence ,  &c. 

POur  donnera  entendre  ce  qu'en  la  pratique  delà  Perlpedli- 
ue  je  nomme  Tableau.,  &  fa  fîtuation  à  l'égard  de  l'œil,quor 
que  cela  foit  amplement  expliqué  dans  mon  premier  Traité) 
Confiderez.  premièrement  en  quel  &  fur  quel  lieu  d'vnBafti- 
ment  ou  Surface  vous  defïrez  reprefenrer  en  Pourtraitureouen 
Perfpectiue  vn  ou  plufieurs  objets  vifibles  de  la  nature  ou  autres 
formez  de  l'imagination.  Et  pour  exemple  au  fonds,  cofté,  ou 
plat  fond  d'vne  Galerie,Cb<tmbre,Sale,  Se  tels  autres  lieux,Com- 
me  aufli  fur  diuers  angles  Se  furfaces  plates  ayansAumt  corps  Se 
arrière  corps ,  &  finalement  fur  différentes  fortes  de  combmts  en 


Voûtes  ou  autrement  &  de  diuerfes  inclinations ,  bref  fur  vn  po- 
cher fibefoineftoit. 

Puis  figurez- vous  que  tous  les  lieux  ou  efpaces  de  chacune  def- 
dites  Surfaces  où  vous  defirez  reprefenter  ces  chofes ,  font  per- 
cées ainfi  que  les  Portes,  Fenefires,  Arcades ,  œils  de  bœufs  &  au- 
tres telles  ouuertures  ;  Et  que  vous  y  voyez  au  delà  ,  &  quelques- 
fois  au  deçà  lesObjjts  ou  Sujets  qu'auez  defiré  reprefenter  deflus 
ces  furfacesauant  que  de  les  vouseftteimaginéesouuertes,de 
mefme  façon  que  vous  pouuez  voir  les  corps  ou  objets  qui  peu- 
uent  eftre  au  delà  defdites  portes,  feneftres,  &c. 

DepluSjteprefentez-vousquele^/Mjlesc^e*,  &Ie  hautdet- 
dites  ouuertures  fuppofées,  vousbornent  l'œil  à  ne pouuoir  em- 
braffer  qu'vne  portion  des  fujets  qui  peuuent  eftre  au  delà  d'i- 
celles. 

Gela  donc  vous  eftant  empraint  dans  l'imagination ,  il  ne  fe- 
ra pas  difficile  de  vous  faire  aduoiier,  que  s'il  y  auoit  en  chacune 
de  ces  furfaces  ouuertes  vn  Verre,  vne  Thoille,Table ,  ou  tels  au- 
tres plats. fonds  de  pareille  grandeur  que  leurs  ouuertures  ,  ainfi 
qu'eu  ordinairement  proportionnée  vne  Thoille  de  Tableau  ou 
vne  glace  de  miroir  dans  leur  bordure  ,  &  que  fur  lefdits  verres, 
thoille  eutable  ces  objets  que  vous  vous  eues  figurez  au  delay 
fuflent  defleignez&  coulorez ,  de  forte  qu'il  vous  fiffent  pareille 
fenfation  à  l'oeil  que  lefdits  objets  naturels  vous  faifbient -.Vous 
auriez  fujet  de  dire  que  cesTableaux  feroient  très-bien  exécutez, 

Ainfi  ce  que  je  nommé  Tableav  deuant  ou  après  auoir  lef- 
dits objets  ou  fujets  deffeignez  fur  iceluy ,  eu  l'endroit  détermi- 
né de  la  Surface  furquoy  ondefireles  reprefenter  de  quelque 
forme  &fituation  qu'elle /bit.  Par  ainfi  vous  deuez  juger  qu'il 
yainduftrieouartpourtreuuerfurtoutes  ces  diuerfes  furfaces 
la  place  precifè  des  objets  que  l'on  defire  tracer  fur  icelles ,  en- 
femble  faire  que  l'œil  fuiuant  les  occafions  &  la  volonté,  perdre 
la  fenfation  de  leurs  diuerfes  formes  pour  en  auoir  d'autres  ;  De 
fbrtequ'vne  furfacecourbe,ainfi  qu'vnTableaufait  fur  vne  voû- 
te, luyfafTela  mefme  fenfation  quefi  elle  eftoit  droite,  plate  & 
verticale ,  qu'vn  Angle  faillant  paroifle  enfoncé  ou  plat ,  &  au 
contraire  qu'vn  enfoncé  ou  rentrant  paroifle  faillant  ou  autre- 
ment fuiuant  le  defir. 


CHAP. 


5 
CHAPITRE      IV. 

Comme  les  apparences  des  Objets  paffent  en  la 
Surface  du  Table  au  allant  à  l'Oeil  3ou  fi  l'on 
'veut  que  les  Rayons  dudit  Oeil y pajjent  allants 
aufdits  objets. 

QVoyquece  point  ne  foit  encore  déterminé  entre  diuers 
Philolbphes,fi  ce  font  les  rayons  de  l' Oeil  qui  vont  rencon- 
trer le  Sujet  ou  Objet,  ou  bien  fi  c'eft  l'objet  qui  enuoye  les  ef- 
peces  à  l'Oeil  :  Cela  ne  rne  doit  pas  empefeher  d'expliquer  icy  ce 
que  je  délire,  &  dire  qu'encoresque  pour  plus  grande  facilité 
ScdiitinéxionjefaiTeennies  Figures  fortir  d'ordinaire  les  rayons 
de  l'œil  fur  l'objet ,  cela  ne  fait  pas  que  je  ne  me  range  du  party 
de  ceux  qui  croyent  que  les  efpeces  font  pluitoft  émanées  de 
l'objet  à  l'œil  que  non  par  l'emillion  de  ces  rayons  à  l'objet. 

Or  pour  conceuoir  en  quelque  façon  ces  rayonnements  de 
l'Oeil  à  l'objet  ou  de  l'objet  a  l'Oeil ,  &  de  meime  l'endroit  où 
ils  rencontrent  la  (urface  du  Tableau  ,  confiderez  &  diftinguez 
bien  trois  chofes,  &  de  plus  l'endroit  où  elles  feront  feituées. 

Premièrement  l'Oeil,  lècondement  le  Tableau.  &  en  troifié- 
*ne  &  dernier  lieu  le  Sujet  ou  Objet  derrière  ledit  Tableau. 

Par  ainfi  vous  conceuez  bien  que  je  fuppofe  la  pofition  dudit 
Tableau  eftre  entre  l'Oeil  &  l'objet. 

De  plus  imaginez  vous  qu'ayant  attaché  à  plufieurs  parties 
de  l'objet ,  tant  de  fes  contours  que  de  la  place  de  fes  jours, 
ombres  ou  ombrages;  des  filets  bien  déliez,  &  que  les  ayez 
pris  enfemble  entre  vos  doigts  les  faifant  continuellement  tenir 
en  lignes  droites  ;  vous  les  auez  portez  en  cet  aflèmblage  à  vo- 
ftre  Oeil,  de  forte  qu'ils  ayent  tous  pallé  au  trauers  de  la  Thoillc, 
Verre  autrement  la  furface  du  Tableau ,  fans  auoir  en  aucune 
façon  perdu  leur  ordonnance  piramidalle  qu'ils  gardoient  en- 
tr 'eux ,  ny  chacun  leur  ligne  droite. 

Et  pour  dire  la  meime  chofe  d'vne  façon  peut  eftre  plus  intel- 
ligible, reprelentez- vous  que  du  centre  de  l'Oeil,  la  prunelle 
eftant  arreftée  fixe,  il  forte  des  rayons  qui  aillenc  rencontrer  le 
Tableau  &  les  endroits  de  l'objet  où  vous  deuiez  attacher  ces 
filets  fans  auffi  qu'aucuns  de  ces  rayons  perdent  leurs  lignes 
droiEes;ll  s'enfuiura  que  par  ce  moyen  ces  filets  venans  de  l'ob- 


jet  à  l'Oeil  où  les  rayons  d'iceluy  allansà  l'Objet ,  vous  âurea 
marqué  audit  Tableau  de  quelque  forme  &  pofition  qu'il  foit, 
les  places  ou  endroits  précis  dudit  fujet  ou  Objet  &  de  les  jours 
ombres  ou  ombragés:  qui  eft  ce  que  l'on  doit  treuuer  par  la 
re^le  ou  pratique  de  ladite  Perfpectiue.  Or  cela  fera  expliqué 
bien  plus  vifiblement  &auec  moins  de  difcours  aux  Figures  ou 
Planches,  refte  donc  de  donner  à  entendre  de  quelle  forte  il  fauc 
afFoiblir  ou  fortifier  la  couleur  defdits  objets  fur  ces  diuerfes  fur- 
faces  ou  Tableaux. 

Ayant  bien  imaginé  la  place  ou  fcituation  de  ces  rayons  ou 
filets  fur  ces  diuers  Tableaux,  il  faudra  encore  conceuoir  que  fî 
la  véritable  couleur  del'objet  eftoit  coulée  du  long  de  ces  filets 
ou  rayons  fur  vn  Tableau  plat ,  &  que  ce  fujet  fuf  t  compofé  de 
diuers  objets  plus  ou  moins  proches  dudit  Tableau,  l'Oeil  ne 
pourroit  pas  auoir  la  mefme  lenfation  de  ces  Couleurs  ainfi  for- 
tes fur  iceluy  qu'il  auroit  de  celles  de  l'objet ,  d'autant  qu'entre 
ces  différents  objets  il  y  en  a  qui  font  inégalement  efîoignez  où 
le  prefentent  à  l'Oeil  plus  ou  moins  de  biais  ;  où  enfin  il  y  a  en- 
tr'euxdesinteruales  ou  efpaces  inégaux  remplies  d'air,  ce  qui 
fait  que  l'Oeil  a  auffilafeniation  de  leur  Couleurplusou  moins 
forte  oufoible  cela  n'arriueroit  pas  audit  Tableau  ,  comme  il  a 
efté  dit,  à  caufe  que  de  tous  ces  objets  la  Couleur  y  feroit  d'ef- 
gale  force  :  C'eftpourquoyilfauten  quelque  forte  treuuer  par 
la  règle  lemoyendelesyafToiblirplusou  moins  félon  les  fuje- 
tionsrequifès. 

CHAPITRE      V. 

Difcours  pour  entendre  auec  plus  de  facilite  ce  qui 
efi  expliqué  aux  Figures  touchant  le  moyen  de 
treuuer  fur  ces  diuers  Tableaux  par  la  règle  les 
parties  d'vn  Objet  &  fa  Couleur  3  de  forte  que 
l'Oeil  recoiue'de  ces  objets  ainfi  dejfeignez^& 
peints la  mefme vif  on  ou  fenfation  qu'il  en  au- 
rait en  regardant  k faits  Objets  naturels  de  relief. 

LA  furfaceou  Tableau  fur  lequel  on  reprefente  le  plus  ordi- 
nairement en  Pouuraicureou  Peripecïiuepar  la  règle  ou  à 


TI 

veuc  d'Oeil  les  diuers  objets  viiibles  de  la  Nature,  eft  platte  & 
fuppoiée  de  front  deuant  l'Oeil  du  Regardant^  aufli  perpendi- 
culaire ou  a  plomb  lur  vn  planOrizontal  que  je  nomme  icy  plan 
d'afïïette  fur  lequel  ledic  regardant  doit  élire  entendu  pofc  ou 
placé. 

Le  rayon  de  l'Oeil  de  ce  regardant  y  efl  aufîî  nommé  la  ligne 
duplandel'Oeilou  Orizontale,  lequel  plan  eft  toujours  enten- 
du patalel  à  celuy  d'aflîettefur  lequel  lontpofcz a  plomb  ainfï 
que  j'ay  dit  ledit  Tableau  &  le  regardant. 

L'interualedudit  rayon  de  l'Oeil,  lequel  eft  contenu  depuis 
ledit  Oeil  jufques au  Tableau,  efl  nommée  la  Difianct  dudit 
Oeil  a  ce  Tableau,  &  celuy  qui  eft  contenu  depuis  les  pieds  du 
^regardant  (iule  plan  d'afuecte  jufques  à  ton  Oeil,  eft  nommée 
'ellcuation  de  l'Oeil.  OreflàJYo^rquecesdeux  interualesde 
diftance&  d'efleuation  d'Oeii  peuuenc  àroccafioneflrepriles 
plus  ou  moins  grandes  Se  efleuées. 

Dauantageon  ilippofeainfî  qu'il  aeflé  dit  que  les  objets  que 
l'ondeïîre  reprelènteren  Perlpeciiue  peuuentcflre  placez  &  fi- 
tuez  derrière  le  Tableau  tant  efleuez  au  deflus,  qu'abaiflez  au 
delfous  du  plan  d'allîette,  mefmement  pour  les  delfeigner  à 
veué  d'Oeil ,  il  eft  à  propos  de  s'imaginer  les  voir  à  trauers  &au 
delà  d'vn  Verre  ou  furface  platte,  mince  &  tranfparente  (  Se 
pour  caufe)  ainfi  qu'il  fera  expliqué  en  fou  lieu. 

D'ordinaire  aufli  la  partie  du  plan  d'afliette  qui  eft  derrière  le 
Tableau  ou  Verre  ell  imaginée  carrelée  outreillilïée  d'affiettes 
ou  plans  de  carreaux  égaux  &  rangez  en  forme  deTreillis  ou  Ef- 
chiquier,  de  forte  que  le  premier  rang  touche  de  frôt  le  bas  dudit 
Tableau,  &  en  fuite  le  fécond,  puis  le  troifiéme  ,  &ainfi  du  refte 
tant  qu  il  y  en  aura  ;  par  ce  moyen  il  s'enluiura  que  les  lignes 
qui  leparent  ces  treillis  ou  plans  de  carreaux  les  vns  des  aucres 
iront  de  deux  fens  diuers  ,  les  vns  paralellement  à  cette  pre- 
mière qui  touche  ou  joint  le  bas  du  Tableau  .lefquelles  font 
nommées  Efchelles  de  front ,  les  autres  qui  feront  perpendicu- 
laires à  ces  de  front  ou  auttement  font  nommées  fuyantes. 

Or  fuppofant  que  ces  carreaux  ou  treillis  ayent  chacun  vn 
pied  de  front  &vn  de  fuyant,  il  fera  aisé  de  fçauoir,  les  objets 
eflans  pofez  deflus  ,  combien  ils  occupent  de  carrez ,  &  fi  lefdits 
objets  font  elleuez  au  deflus  ou  enfoncez  au  deflous  defdits 
treillij ,  l'on  peut  aufli  eftrealïeuré  de  combien  ils  le  font:  Mais 
cela  eflant  amplement  expliqué  en  mon  premier  Traité  &  vn 

B  ij 


u 
]*eu  encetuy-cy,  jemecontenterayde  vous  dire  qu'aux  Plan- 
ches z8, 19,31,  J3>  43>  44>  &  fuiuantes  dudit  Traité,  vous  verrez 
le  moyen  de  reprefenter  fur  cette  fiirface  ou  Tableau  plat  ces 
Treillis  ou  Carreaux  en  Perfpe&iue,  enfemble  quelques  objets. 
Et  par  ce  moyen  il  vous  fera  facile  d'entendre  la  Manière  de 
faire  fur  les  Tableaux  Irreguliers,  &  inclinez  le  s  treillis  ou  car- 
reaux perfpe&ifs. 

Mais  de  necefïité  &  auant  toute  chofe  ainfi  que  j'ay  cydeuant 
dit,  il  faut  fçauoir  la  Manière  de  faire  vn  de  ces  Tableaux  plats  & 
Verticaux  perpendiculaires  au  Plan  d'aifiette,  puis  que  celuy 
qui  doit  feruir  ordinairement  de  Modelle  pour  tous  ces  irregu- 
liers doit  eftre  entendu  Vertical. 

Manière  de  commencer  à  trauailler  fur  les  Ta- 
bleaux  Irreguliers:  Et  premièrement  3  de  faire 
le  petit  Tableau  JModelle  ,  pour  après  par  le 
JMoyen  des  Treillis  Geometraux  faits  fur  ics~ 
luy ,  le  remettre  en  grand  fur  les  Treillis  Per- 
fpeflifs  3  faits  fur  le  lieu  où  l'on  defire  de  Tra- 
uailler. 

Ors  qu'il  Ce  prefente  occafion  de  faire  quelque  Tableata 
fur  vne  Voûte  ou  Surface  irreguliere  ;  Jl  faut  première- 
ment en  déterminer  la  largeur  &  la  hauteur  ,  puis  chercher 
l'endroit  conuenablepour  la  regarder ,  en  forte  que  d'vne  feule 
Oeillade  le  regardant  puillè  facilement  en  Voir  toute  l'eften- 
due,  fans  en  aucune  façon  changer  la  pofitionde  l'Qeil. 

Et  s'il  arriuoit  qu'il  n'euft  pas  allez  de  diftance  ou  d'efloigne- 
ment  pour  ce  faire  ,  il  faudroit  fe  refoudre  à  faire  diuers  Ta- 
bleaux quiauroient  chacun  leur  lieu  déterminé  pour  les  voirj 
&c'eftcequi  arriue  fouuent  aux  grandes  Salles  ou  Galeries  en 
Voûte  ou  autrement  ;  Car  d'ordinaire  ayant  à  en  faire  aux  bouts 
&  extremitez  d'icelles ,  on  n'eft  point  en  cette  peine  à  caufe  de 
leur  grande  profondeur  ou  longueur,  puis  que  par  ce  moyeu 
vous  ypouuez  prendre  vne  railonnable  diftance. 

Mais  quand  il  s'agift  d'en  faire  dans  vne  Voûte  ou  Plat-fonds, 
Qu  m  collez  d'icelle,  Et  que  vous  ne  pouuez  auoir  ladite  di- 


15  .    /. 

(lance  plus  longue  que  depuis  voftre  Oeil  jufques  au  haut  de 
ladite  Voûte  ou  Plat  fonds  ,  &  pour  les  Tableaux  des  coftei 
que  celle  de  la  largeur  dudit  lieu ,  &  que  leldites  diftances  pa- 
ioilfent  trop  courtes  ,  il  faut  auoir  recours  ainli  qu'il  aefté  dit 
à  faire  vn  partageaient  de  Tableaux. 

Or  a1  autant  qu'il  cil:  comme  impoilîble  de  preuoir  toutes 
ces  l'ujecfions  &  obligations  pour  en  donner  desaduis  particu- 
liers, je  remets  le  tout  àladiîcretiondes  Praticiens,  après  les 
auoir  aduertis  du  gênerai  ;  Seulement ,  diray-je  icy  de  plus  pour 
faire  que  l'Oeil  puille  receuoirdauantaged'agtéement  de  ces 
choies  ,  qu'il  faut  li  faire  le  peut  prendre  ladite  diftance  de 
l'Oeil  au  Tableau  aulïi  grande  que  le  double  de  la  plus  grande 
partie  d'iceluy  ,  5c  s'il  ne  le  peut,  faire  qu'elle  ne  loit  pas  moin- 
dre que  de  la  mefme grandeur  ;  Toutefois  c'eft  comme  j'aydit 
fuiuant  les  fujections,  &  alors  que  i'impoiÏÏbilité  y  eft,  faut  faire 
en  forte  que  l'object-  loit  plus  reculé  du  plan  ou  coupe  dudit 
Tableau,  Et  par  conséquent  il  fera  Senlàtion  d'vne  choie  plus 
elloignée  qui  par  ce  moyen  fupleera  à  cette  trop  courte  di- 
ftance. 

De  plus  on  peut  auoir  intention,  ainlî  que  j'ay  dit ,  de  faire  en 
forte  que  l'efpace  d'vne  telle  Surface  platte  irreguliere  en  Voûte 
inclinée  ou  autrement ,  où  l'on  délire  faire  vn  Tableau  ,  faife  la 
Senfation  à  l'œil  d'vne  Feneftre  ou  Porte  ouuerte  ,  audelàdef- 
quelles  on  puilfe  conceuoir  des  Obje&s  reprefentez  fuiuant 
vne  pofition  ou  feituation  &  efleuation  d'œil  déterminée, 
&  par  ainli  luy  citer  entièrement  la  fenfation  de  la  forme  de 
ladite  Surface  telle  qu'elle  puille  eftre. 

Sur  dépareilles  Surfaces  on  peut  aulîî  d'vne  mefme  pofition 
d'Oeil ,  reprefenterdes  Objecisqui  fembleroient  y  eftre  appli- 
quez, comme  les  Bas-reliefs  ou  demies  Bo lies ,  &  par  confis- 
quent les  mefmes  chofes  entaillées  en  creux  furicelles  ,  fans 
faite  que  lefdites  furfaces  femblent  changer  de  forme  ny  d'in- 
clination ,  &au  contraire  l'on  peut  faire  que  tels  Bas-reliefs  ou 
en  creux,  &  mefmes  des  rondes  Boiles  ou  autres  telles  chofes 
appliquées  ou  enfoncées  ainlî  fur  vn  Tableau  Plat-fonds  ,  fur 
yn  Incliné  ,  enfemble  fur  vne  Voûte  ,  &cc.  Feront  la  fenfation 
à  l'oeil  Comme  s'ils  eftoient  elleuez,  attachez ,  pofez ,  &  creulèz 
fur  des  Surfaces  plates,  Verticales  ou  autrement  aplomb  fur 
l'Orifon. 

Par  ainli  il  eft  aifé  de  juges ,  que  s'agùTant  de  DelTeigner  £g 

B  uj 


'4 
fur  tout  de  colorer,  ombrer  ou  ombrager,  afFoiblir  ou  forti- 
fier les  Objects  qui  font  au  delà  de  ces  Tableaux  ou  Surfaces 
fuppofées  percées  ainfî  que  j'ay  dit-  Il  ne  faut  point  auoir  efgard 
*u  jour  qui  vient  des  feneftres  ,  ou  autres  telles  ouuertures  fai- 
tes pour  donner  de  la  clarté  dans  le  lieu  où  vous  defïrez  faire 
de  tels  Tableaux,  puis  qu'ils  doment  auoir  leur  jour  particulier 
de  Campagne  ou  autrement,  enfemble  leurmeflange  conue- 
nable  des  airs  oui  les  enuironnent ,  ainfî  qu'ont  ordinairement 
les  Objects  naturels  que  l'on  voitaudelades  Feneftres,  Portes 
ou  autres  telles  ouuertures. 

Mais  lors  qu'il  s'agift  de  reprefenter  de  tels  Bas-reliefs  &  en 
creux,  des  Rondes  Solfes  ,  &  autres  telles  chofes:  Il  faut  fe  fer- 
uir  auec  Iugement  &  Art  des  jours  qui  viennent  par  lefdites 
Ouuertutes  &  Feneftres,  félon  qu'elles  font  plus  ou  moins  pro- 
ches defdits  Bas-reliefs  &  Surfaces. 

Et  d'autant  que  la  manière  de  fe  prendre  pour  trouuer  les 
jours  ou  efclats  de  ces  lumières,  &ccs  ombres  ou  ombrages, 
Enfemble  leurs  arfoiblilfemens  fur  ces  diuers  Objects  femble 
vnpeu  Compofée;  Celuy  qui  treuuera  le  moyen  de  les  repre- 
fenter fur  le  Tableau  Modelleen  verra  vne  grande  partie  auec  ce 
qui  en  fera  dit  en  fon  lieu. 

Pour  réduire  ou  tranfporter  en  petit  fur  vn  Ta- 
bleau plat  la  hauteur  &  Largeur  de  la  gran- 
de Surface  ou  Tableau  3  tel  qui  puiffe  efire  ré- 
gulier ou  non ,  pour  puis  après  fur  ce  petit  Ta- 
bleau plat  deffeigner  par  Règle  ou  à  veu'è 
d'Oeil  tels  Objech  que  l'on  defïrera  pour  fer- 
uir  de  Mode  lie  ou  Patron  pour  lefdits  grandi 
Tableaux. 

r  À  Y  A  n  t  donc  déterminé  ainfî  qu'il  a  eftédit ,  La  Largeur 
Jt\.  &  Hauteur,  bref  la  forme  de  la  grande  Surface  ou  Tabieau 
fur  lequel  vous  defïrez  trauaiiler ,  Et  fuppofé  que  ce  fuft  vne 
Voûte,  vous  prendrez  le  bas  comme  à  l'ordinaire  pour  eflre 
la  baze  d'iceluy,  fçauoir  l'endroit  où  finit  la  Corniche;  Enta- 
blement ,  ou  Pied-droit ,  ou  commence  d'ordinaire  la  cour- 


1/ 

bure  de  la  Voûte ,  qu'aucuns  nomment  l'endroift  delà  Corde*, 
ou  tirant  de  l'Arc  ou  l'Impolie,  laquelle  fera  de  front  deuant 
vous  fuiuant  l'occafion,  &  aura  par  exemple  huicl:  pieds  de 
largeur  &  feize  de  hauteur,  qui  eft  depuis  ladite  de  front  ou 
baze  dudit  Tableau  ,  jufqucs  au  haut  d'iceluy ,  &  ainfi  le  me/me 
desaurres  Surfaces  en  l'iat  tonds  &  inclinées. 
Il  faut  après  cela  par  le  moyen  d'vn  plus  Petit-pied  ou  Efchelle, 
tracer  cette  grandeur  fur  voftre  petit  Tableau  plat  Modelle 
bien  proportionnellement  à  icelle,  en  après  compter  combien 
vous  trouuez  de  pieds  fur  i'Interualede  voftre  diftance,  qui  efl 
comme  j'ay  dit  depuis  l'Oeil  du  regardant  jufqucs  à  voftre 
Pied-droicl  ou  mur  fur  lequel  eft  po  ée  voftre  Voûte  ou  Ta- 
bleau ,  en  forte  que  ledit  rayon  ou  diftance  luy  fbit  perpendi- 
culaire. 

Remarquez  donc  que  je  fuppofe  qu'il  part  dudit  Oeil  vn  ra- 
yon paralel  au  plan  d'AlIietre,  ou  plain- pied  delà  Sale  ou  Ga- 
lerie qui  va  eftablir  ou  marquer  vn  point  de  Veue  fur  ledit  Picd- 
droidt ,  lequel  fera  celuy  qui  vous  doit  feruir  pour  faire  voftre 
petit  Tableau  Modelle  :  Et  fî  au  lieu  que  voftre  grand  Tableau 
eft  en  Voûte,  il  eftoitplat  &à  Plomb  dudit  Mur  ou  Pied-dr©i£t: 
11  faudroit  que  ce  point  de  Veue  fuft  le  lien  comme  vous  pou- 
nez  voir  en  la  Planche  4  de  ce  Liure. 

Ayant  donc  pris  cette  diftance  OF  vous  n'aurez  qu'à  Couper 
ou  Tracer  par  le  nombre  des  pieds  qu'elle  aura ,  voftre  Efchelle 
fuyante  fur  le  Tableau  Modelle,  &  le  tout  fuiuant  &  conformé- 
ment à  ce  qui  eft  expliqué  en  mon  premier  Liure  &  enecttuy- 
cy;  Et  pour  ce  quieftdepouuoirtrouuer  le  point  de  Veuè'  ainfi 
hors  du  Tableau,  vous  n'aurez  qu'à  voir  de  combien  il  eft  efloi- 
gné  de  la  baze  de  voftre  Tableau  en  Voûte  ,  puis  entendre  par 
ce  qui  eft  dit  aux  Planches  53,  ^4,  j  $■ ,  fi ,  de  mondit  premier  Li- 
ure comme  il  faut  trouuerce  point  de  Veue  ainfi  hors  du  Ta- 
bleau ,  à  moins  que  vouloir  faire  voftre  petit  Tableau  Modelle 
fur  vn  lieu  allez  grand  pour  y  contenir  au  delîous  ou  autrement 
l'efpace  conuenable  pour  y  tracer  hors  d'iceluy  ledit  point  de 
Veue  &  fes  Efchclles ,  comme  vous  voyez  en  la  Planche  a  de  ce 
Traicté  :  Etpar  ainfi  vous  n'aurez  ayant  coupé  voftre  Efchelle 
fuyante  fur  voftre  Thoille  ou  Plat-fonds  pour  faire  voftre  petit 
Tableau  Modelle,  qu'à  reprefenter  deflus  perfpedtiuement  à 
l'ordinaire  les  Objecls  qu'auez  déterminé  y  faire  :  Ce  Tableau 
Modelle  efta/it  ainfi  fait  &  bien  fec ,  Il  conuiendra  y  tracer  deU 


iê 

flisvn  Treillis  ou  Petit- pied  de  carrez  egaox  ,  colnme  cela  le 
peut  voir  encore  en  lamefme  Planche  6. 

Par  ce  moyen  vous  n'aurez  qua  fçauoir  faire  vn  autre  grand 
Treiliis  Peripeclif,  d'vn  pareil  nombrt  de  carreaux  fur  la  Sur- 
face de  voftre  Voûte,  pour  yreûuircfuriceux,  en  contant  car- 
reau pour  carreau,  ou  treillis  par  treillis,  &  place  pour  place, 
fuiuant  ceux  de  voftre  petit  Tableau  Modelle  ,  les  traicts  ou 
contours  qui  forment  vos  Figures  dciieignées  fur  iceluy  pro- 
portionnellement ,  &  après  cela  fait  il  n'y  réitéra  plus  à  treuuer 
que  la  manière  d'arîoiblir  &  fortifier  fur  voftre  grand  Tableau 
ou  Surface  Voûtée,  ou  autrement  leurs  teinctes,  touches  ou 
couleurs,  fuiuant  le  lieu  &  1  occafîon.  C'eftpourquoy  jetrou- 
uebien  à  propos  de  Colorer  ledit  petit  Modelle,  fuiuant  les  pré- 
ceptes contenus  en  la  féconde  Partie  ,  qui  eft  vers  la  fin  de  mon 
premier  Liure ,  trairtant  de  la  place  &  proportion  des  foites  & 
foibles,  touches, teinttes  ou  couleurs,  ou  plultoftparles  Rè- 
gles que  nous  dirons  en  cettuy-cy;  Cat  par  ce  moyen  voftre 
grand  Treillis  eftant  fait ,  les  Efchellesde  front  &  fuyantes  vous 
donneront  la  connoiiTance  de  la  proportion  d'Afoiblir  les  Cou- 
leurs contenues  fur  les  Sujects  &  Objecls  de  voftre  petit  Ta- 
bleau Modelle  auffi  bien  que  desTraicls  &  Contours  d'iceux, 
&  de  plus  par  ce  qui  en  fera  dit  en  fon  lieu  en  ce  Traitté. 

CHAPITRE      VI. 

Pour  d'autant  mieux  donner  encore  le  moyen  de 
faire  ledit  petit  Tableau  Modelle  3  &  de  s'en 
feruir  pour  représenter  en  Grand  fur  vn  queU 
conque  Tableau  >  les  Objeïïs  deffeignez^  fur 
iceluy. 

CRaignant  que  de  plufieurs  qui  délireront  entendre 
cette  pratique  ,  il  y  en  ait  qui  ayent  peine  aconceuoir  net- 
tement le  moyen  de  faire  ledit  Tableau  Modelle,  je  tafeheray 
de  m'en  expliquer  encore  icy  d'vne  autre  forte. 

lime  femble  qu'il  ne  feroit  pas  difficile  de  tracer  les  Efchelles 
de  front  &  fuyantes  perfpectiues  furvn  grand  Tableau  ou  Sur- 
face Platte  ,  ayant  16  pieds  de  haut  &  ?•  de  large,  &expoféede 
front  deuant  foy ,  ensemble  Perpendiculaire  ou  à  Plomb  fur  le 

Niucau 


Niûcau  ou  Plan  d'afliette,  &  en  auoir  déterminé  ladiftanced* 
16  Pieds,  &  l'efleuation  de  l'Oeil  de  4  &  demy  au  dellus  dil 
plan  d'affiette. 

Or  il  d"  vne  telle  Surface  &  d'vne  pareille  pofuiofi  vous  en  vou- 
lez faire  deux  Tableaux,  mis  l'vn  lus  l'autre,  &  chacun  par  exem- 
ple d'vne  mefme  grandeur,  vous  fçauez  qu'en  partageant  ladite 
furface  en  deux  parties  égales,  chaque  Tableau  aura  huict pieds 
de  haut  &  autant  de  large  ,  &  remarquez  auffi  qu'ayant  pris 
comme  cy-deuant  la  mefme  diftance  de  \6  Pieds,  &  placé  le 
point  de  Veuë  à  4  pieds  &  demy  de  la  baze  duTableau  d'embas, 
ledit  point  deVeuèfetreuuera  par  confèquent  dans  iceluy  &non 
au  Tableau  d'enhaut,  ainfî  iivousauiez  tracé  en  celuy  d'embas 
les  Efchelles  de  front  &  fuyantes  Perfpediues,  enfembleparleuE 
moyen  fait  le  treillis  ou  carrelage  Perfpeâif  ,  la  différence  de 
faire  la  mefme  choie  en  celuy  d'enhaut ,  n'eft  autre  finon  qu'il 
faut  mener  par  lesdiuihonsdu  bas  dudit  Tableau  d'enhaut  des 
lignes  fuyantes  au  mefme  point  de  Veuëde  celuy  d'embas,  puis 
que  ledit  point  de  Veuë  eft  commun  à  ces  deux  Tableaux  des- 
quels lefdits  treillis  feront  paralels  entr'eux&  au  Plan  d'affiec- 
te,  Et  que  celuy  qui  les  regardera  de  l'endroit  déterminé  pour 
leur  diftance  &  efleuation  d'Oeil;  verra  le  treillis  ou  carrelage 
de  celuy  d'embas  patdefTus,  &  de  celuy  d'enhaut  par  deffous, 
puis  que  ledit  Oeil  eft'place  au  delfous  d'iceluy.  La  mefme  chofe 
doitarriuer  des  objects  qui  feront  deffeignez  fur  chacun  defdits 
treillis,tantleuisafhettes  ou  plans  que  leurs  efleuations:  Or  par 
ce  moyen  ayant  fait  &  parfait  lefdits  deux  Tableaux  par  des  ob- 
jets femblables  ,il  arrnieraque  vous  les  embraflerez  tous  deux 
d'vne  feule  œillade  par  vne  mefme  diflâce  &efleuation  d'Oeil, 

Par  ainfi  n'ayant  fait  fur  ladite  furface  de  16  pieds  de  haut  Se 
de  huict  de  large  que  le  Tableau  d'enhaut  qui  en  a  par  confè- 
quent huicl:  de  large  &  autant  de  haut  ;  Il  s'enfuiura  que  ce  fe- 
roit  vn  Tableau  plat  vertical  efleué  fur  vne  furface  auffi  verti- 
cale de  mefme  largeur  &  hauteur  que  ledit  Tableau  ,  &  dont  la. 
diftance  feroit  de  16  pieds  ,  &  l'efleuation  de  l'Oeil  fur  le  Plan 
d'affiettede  4pieds&  demy:  Et  par  confèquent  lepointdeVeuc 
fe  tieuuera  fur  ladite  furface  verticale  ou  pied -droi&efloigné  au 
deffous  de  la  baze  dudit  Tableau  d'enhaut  de  trois  pieds  6c 
demy. 

Apres  cela  je  dois  ce  me  femble  croire,  que  fi  vous  auiez  à 
faire  diuers  corps  ou  Obje&s  fur  de  tels  Tableaux  efleuez  ain§ 

C 


It 

plus  ou  moins,  vous  deuez  dire  qu'il  ne  feroit  pasdebefbin  d'en 
faire  vn  petit  Tableau  Modelle  :  Ains  au  contraire ,  je  penfe  que 
vous  délireriez  les  defleigner  tout  d'vn  coup  fur  le  lieu  :  Et  fur 
cela  il  vous  plaira  de  voir  la  Planche  4  de  ce  Liure,  &  fondif- 
cours  où  j'ay  tafché  d'exprimer  la  mefme  chofe. 

Mais  fi  vous  auiez  defir  d'en  faire  fur  diuerfes  formes  de  fur. 
faces ,  ainfi  eileuées  comme  en  Plat -fonds  inclinées ,  en  Voûte, 
régulières  ou  non ,  puis  fur  vne  furface  biaize,  en  Angle  faillant 
ou  rentrant ,  ou  dedans  ou  deflus  vne  Tour  cilindrique  ou  autre- 
ment ,  bref  comme  j'ay  dit  fur  vn  Rocher  fi  befoin  eftoit  ;  vous 
jugez  bien  que  le  Compas  ,  la  Reigle,  ny  le  filet  ou  cordeau, 
ne  feroient  pas  toufiours  propres  pour  ce  faire  ainfi  qu'aux  Ta- 
bleaux plats  &  verticaux. 

Par  ainfi  il  me  femble  raifbnnable  d'en  dire  quelque  chofe  icy, 
&  de  commencer  par  le  neceflaire ,  qui  efl  de  prendre  la  mefure 
exacte  defdites  grandes  furfaces  telles  qu'elles  feront  pour  les 
réduire  en  petit  ,pour  faire  le  Tableau  Modelle. 

Quand  la  Surface  ou  Tableau  eft  courbe  d'vnfëns ,  en  forte 
que  l'on  n'y  peut  mener  des  Lignes  droites,  ainfi  que  l'exemple 
delà  Planche  19  &  de  quelques- vnes  qui  la  fuiuent;  Vous  n'a- 
uezqu'à  compter  comme  cy-deuant combien  labazeou  fon- 
damentale de  front  devoftre  Tableau  contient  de  pieds,  puis 
en  faire  la  mefme  chofe  de  fa  hauteur  ,  laquelle  je  fuppofe  eftre 
contenue' depuis  ladite  Baze  jufques  au  lieu  déterminé  pour  le 
haut  dudit  Tableau  ,  foit  que  fa  largeur  loit  égale  ou  non  à 
celle  d'embas. 

Il  y  a  des  Surfaces  où  il  ne  fe  trouue  point  ainfi  de  baze  ny 
autres  telles  chofes  qui  les  terminent ,  comme  l'on  voit  aux  Ga- 
leries ,  Sales,  Chambres ,  &c.  d'ordinaire  les  Menufiers  &  Ou- 
uriers  font  ces  diuifions,  &  par  ainfi  donnent  facilement  le 
moyen  d'auoir  ces  grandeurs  de  Tableaux. 

Encore  bien  que  les  Planches  &  la  capacité  de  ceux  qui  ver- 
ront ce  Traitté  deuffent  fuflfire  pour  leur  donner  à  entendre  le- 
moyen  de  prendre  la  mefure  de  telles  Surfaces  non  terminées, 
je  ne  lailTeraypasdedireicy  qu'il  lafaudroit  déterminer  par  des 
ficelles  tendues  de  front  en  bas  &  en  haut,&  aux  deux  collez, 
de  forte  que  de  l'Oeil  &diftance  du  regardant  elles  comprillent 
entr'elles  toute  l'eftendue  fur  laquelle  on  defireroit  faire  le  Ta- 
bleau ,  &  par  ainfi  il  conuiendroit  compter  le  nombre  des  Pieds 
que  conciendtoit  chacun  de  ces  filets  ou  ficelles ,  ainfi  qu'il  a 


v>  m 

cftc  cy-deuant  dit ,  qu'il  faloit  faire  fur  les  Tableaux  terminez. 
A  fane  donc  par  ce  moyen  toutes  ces  grandeurs  que  nous  fup- 
potons  meturées  par  noftre  mefure  de  Pied ,  pouce ,  &  ligne  , 
il  n'yauroit  plus  qu'à  les  réduire  en  petit  proportionnellement 
fur  les  furfaces  plattes,  deftinées  pour  faire  le  Tableau  Modelle; 
puis  y  fairedelfus  les  Efchelles  de  front  &  fuyantes ,  &  en  fuitte 
lesdiuers  Objetts  comme  il  a erté  expliqué  cy-deuant. 

Mais  afin  d'inculquer  bien  ce  moyen,  venons  à  vn 
ou  deux  Exemples. 

AYant  donc  defir  de  reprefenter  vn  ou  plufieursObjets  vifi- 
bles  de  la  Nature  fur  vn  Tableau  ou  Surface  en  plat-fonds, 
inclinée  ou  non  paralellement  àl'Orizon  ou  au  plan  d'affiette, 
ainfi  qu'es  Planches  9  &  10,  de  forte  que  ladite  furface  &  fes 
Objedts  fnTent  à  l'Oeil  du  regardant  la  Senfation  d'vn  Tableau 
efleué  aplomb  fur  TOrizon  ou  plan  d'affiette ,  ainfi  que  le  Ta- 
bleau d'enhautde  ladite  Planche  9,  d'vnefeneftre  ou  porte  en 
arcade  PPP. 

Il  n'y  a  comme  j'aydit  qu'à  réduire  en  petit  proportionnel- 
lement la  grandeur  de  ce  plat-fonds,  puis  compter  le  nombre 
des  pieds  que  contient  la  diftance  qu'il  y  a  de  l'Oeil  du  regar- 
dant jufques  au  Pied- droicT:  fur  lequel  pofe  la  baze  dudit  Plat- 
fonds  ,  &  auflï  de  combien  le  point  de  Veuëqui  eft  marqué  fut 
ledit  Pied- dro ici  eft  eiloigné  de  ladite  fondamentale  de  fronc 
ou  baze. 

Lors  ayant  diuifé  la  baze  du  Tableau  Modelle  en  vn  pareil 
nombre  de  parties  égales  nommées  pieds  qu'en  peut  auoirvo- 
ftre  baze  du  Tableau  plat-fonds ,  &  afligné  le  point  de  Veuè'en 
ce  petit  par  proportion  du  grand  dedans  ou  dehors ,  ainfi  que 
cela  fe  peut  voir  fur  les  pieds  droi&s  des  Planches  11, 13,14,  & 
autres  -,  Et  par  ce  moyen  coupé  les  Efchelles  de  front  &  fuyantes 
fuiuant  &  conformément  à  cette  diftance  cy- deuant  dite  &  ex- 
pliquée aux  Planches  6,  8,  9,  io;vous  n'aurez  plus  qu'à  mettre 
ou  tracer  fuiuant  ces  efchelles  Perlpe&iues  fur  ledit  petit  Ta- 
bleau Modelle  les  corps  ou  objets  qu'auez  defiré. 

Et  finalement  ainfi  que  j'aydit  vous  ferez  fur  iceluy  vn  rreil- 
^is  Geometral  égal  aux  diuifions  tracées  fur  fa  Baze  ,  &  d'vn 
mefme  nombre  pour  en  après  le  mettre  Perfpe&ifen  grand  fur 
ledit  Tableau  plat- fonds  paralel  àl'orizonou  incliné ,  lefquel- 
les  fe  feront  de  lameftne  manière  que  les  Efchelles  de  front  & 

C  i) 


1® 

fuyantes  dudit  petit  Tableau  Modelle,  ainfi  que  vous  verrez  aux 
rroifiémes  Planches  de  ce  Liure. 

le  ne  daignerois  vous  expliquer  icy  en  particulier  le  moyen 
de  faire  le  Tableau  incliné ,  puis  que  je  l'ay  compris  en  gêne- 
rai ,  ce  qui  vous  fera  facile  de  voir  es  Planches  10  3c  13 

Mais  pour  vn  fur  vne  voûte  courbe  d'vn  fens  comme  es  plan- 
ches 14  &  if,  &  pour  vn  lur  vne  voûte  de  Cloiftre  ou  d'Ogme 
ou  cul  de  Four  j'ay  creu  en  deuoir  dire  quelque  chofe. 

Vous  remarquerez  donc  que  les  veuès  ou  afpects  de  telles 
furfaces  doiuent  touiiours  eftieauec  leurs  pieds-droidts,  ainiî 
que  ceuxdecy-deuant  veues  &  embrailées  d' vne  feule  Oeillade, 
pour  en  faire  à  chacun  fur  fon  petit  Tableau  Modelle  les  Ef- 
chelles  de  front  &  fuyanres  Perlpecliues  ,  &  touiiours  par  le 
moyen  de  la  diftancede  l'Oeil  du  regardant  perpendiculaire- 
ment fur  le  pieddroict  defdites  voûtes  ,  Au  poindf  de  veue  F, 
que  ce  rayon  de  la  diftance  OF,  y  marque  delius  :  Ce  que  vous 
pourrez  encore  voir  aux  Planches  n,  iz,  13, 14,  ié,  17,6c  18, 

CHAPITRE     VII. 

Moyen  de  couper  les  Efchelles  fuyantes  de  cesdi- 

uerfes  Surfaces  ou  Tableaux }  &  faire  les 

treillis  ou  carreaux  JPerfpeflifs. 

CE  qui  fe  peut  treuuer  de  différent  pour  tracer  ou  deueigner 
les  treillis  ou  carreaux  Perfpe&ifs  fur  lefdites  voûtes  à  com- 
paraifon  des  Tableaux  en  plat- fonds  &  inclinez,  eft  que  fur  ces 
derniers ,  le  compas ,  la  règle ,  le  cordeau  ou  filet  peuuent  fer- 
uir  fans  aurre  choie  a  exécuter  cela  entièrement;  Mais  pour  faire 
la  metme  chofe  fur  les  voûtes  &  autres  Surfaces  irregulieres 
ainfi  qu'il  a  elté  dit  il  les  faudra  tracer  principalement  ceux  de 
Cloiftre,  d'Ogiue  ou  cul  de  Four,  auec  des  filets  ou  ficelles 
par  le  moyen  de  la  chandelle ,  ou  bien  par  poindts  donnez  ou 
treuuez  aueç  de  tels  filets  ,  ou  en  borneyant  ou  mirant  de 
l'oeil  ainfi  que  cela  fe  peut  voir  depuis  la  planche  14  jufques  à 
fa  ir. 

Et  ce  qu'il  faut  bien  notter  ou  remarquer  ,  eft  que  pour 
auoir  le  point  de  Veue  de  toutes  ces  diuerfes  furfaces,  pour  fur 
iceiles  tracer  les  treillis  Per(pec~tifs  des  petits  -  pieds  ou  treillis 
geometraux  du  Taj>ieau  modelle  ainfi  que  montrent  la  Plan-» 


lï 

che  it ,  jufqueà  la  17,  Il  faut  du  mefme  point  d'Oeil  O  du  re- 
gardant A  O  (  lequel  a  déterminé  la  diftance  &  le  point  de 
veue  F,  pour  ledit  Tableau  modelle  allant  perpendiculaire- 
ment au  pied-droict  défaits  Tableaux  inclinez  &  en  voûte)  Elle- 
uer  dudit  poinft  O  vne  ligne  ou  ficelle  à  plomb  tant  qu'elle 
aille  toucher  le  haut  du  Tableau  plat-fonds  incliné  ou  voûte, 
&  incline  horsd'iceluy  en  quelque  parc  que  ce  foit.  Et  lors  ce 
poinift  lera  celuy  de  veue'  aufdits  Tableaux ,  auquel  doiuent  al- 
ler aboutir  ou  le  rencontrer  toutes  les  fuyantes. 

Or  il  pourra  arnuerqu?  fur  les  Tableaux  en  plat- fonds  incli- 
nez &  autres  ,  ledit  point  de  veue  ne  fe  treuuera  pas ,  ce  qui 
n'importe  pas  beaucoup  ;  mais  cela  aduenant  il  faudra  fe  feruir 
de  filets  pour  faire  011  tracer  lefdits  treillis  Perfpedtifs  ou  bien 
de  chandelle  ou  autres  telles  chofes  ,  ainfi  que  fur  les  furfaces 
courbes  comme  vous  verrez  aux  Planches  16,  17,  18  &  zi. 

Et  à  cauleque  ce  point  de  Veue  pris  outreuué  ainfi  au  delfus 
du  regardant  fur  ces  diuers  Tableaux  pourroit  iurprendre  ou 
eftoniur  ceux  qui  ne  font  pas  allez  entendus  àconceuoirl'vm- 
uerlalité  de  la  pratique  de  la  Perfpeftiue  ,  &  d'autant  plus  leur 
difant  que  l'interuale  dudit  Oeil  du  regardant  à  ce  point  de 
veue  ainfi  déterminé  au  haut  defdits  Tableaux  en  plat-fonds  in- 
clinez &  en  voûte  ,  &c.  doit  eftre  la  diftance  par  le  moyen  de 
laquelle  il  faut  couper  ou  tracer  l'Efchelle  fuyante  fur  lefdites 
furfaces  :  Ils  doiuent  prendre  garde  que  quand  on  faitvn  treil- 
lis Perfpedhf  de  carreaux,  principalement  fur  vn  Tableau  plat 
&  vertical  qui  eft  l'ordinaire  pofé  à  plomb  fur  le  plan  d'ailiet- 
ie ,  fur  lequel  eft  la  Station  du  Regardant  debout  alfis  ou  eflc- 
ué.  On  aluppofé  que  la  partie  ou  furface  dudit  Plan  d'alfiette 
qui  eft  derrière  ledit  Tableau  eft  aulfi  treilliflee  ou  carrelée  de 
carreaux  geometraux ,  &  que  la  ligne  du  plan  de  l'Oeil  ou  ra- 
yon du  regardant  eft  toufiours  conceue  ou  entendue  paralelle 
audit  plan  d'alfiette. 

La  mefine  choie  arriue  pour  cette  ligne  tirée  ainfi  aplomb 
ou  verticalement  de  l'Oeil  du  regardant  au  haut  de  ces  Ta- 
bleaux plat-fonds  ou  en  voutes,car  fi  vous  conceuez ainfi  qu'aux 
Planches  ri,  u,  15,  14  &c.  vn  plan  d'alfiette  ainfi  rreillifé  ou 
carrelé  de  carreaux  derrière  le  plan  du  Tableau  &  elleué  à  plo  mb 
fuiuant  le  pied- droi&  vous  reconnoiftrez  qu'il  fe  treuuera  eftre 
paralel  à  ladite  ligne  ou  profil  du  plan  d"afliette,&que  la  dif- 
férence n'eft  qu'en  la  diueife  pofition  ou  feituation  defdites 

C  iij 


furfàces  ou  Tableaux  :  Et  pour  d'autant  mieux  vérifier  mon 
dire  &  mefme  à  l'œil ,  il  n'y  aura  fur  ce  fujet  qu'à  voir  les  Plan- 
ches 3  &  ii. 

Mais  pour/muons  s'il  vous  plaift  la  praticque  de  faire  le 
grand  treillis  perspectif  fur  ces  diuers  Tableaux,  les  Planches  n, 
17,1g  &  autres^vous  feront  voir  qu'il  y  a  icy  deux  moyens  tres- 
facilles  de  ce  faire. 

L'vn,  en  ayant  vn  grand  lieu  bien  plat  foit  d'vn  murefleué, 
ou  le  plancher  fur  lequel  peuuent  élire  exhautfees  &  placées 
lefdites  voûtes  ou  autres  lurfaces  ou  Tableaux,  &  tel  en  gran- 
deur plane  ,  que  l'on  puiire  tracer  dellus  ainfi  qu'en  la  Plan- 
che 11  le  profil  du  Tableau  ,  &  celuyde  fon  pland'aifiettefup- 
pofé  eftre  derrière  luy  &  a  plomb  fur  le  pied-droict ,  &  en  fuitte 
la  pofition  de  l'Oeil  du  regardant  de  mefme  grandeur  que 
voftre  naturel  effectif. 

Cela  eltantfit  voulant  couper  l'Efchelle  fuyante  Perfpectiue, 
vous  n'aurez  qu'a  tiret  des  droites  de  chaque  diuifïon  faites  au 
profil  dudit  plan  d'alliette  au  point  de  l'œil  du  regardant,  ainfi 
que  laditeplanche  11  vous  montre  ;  Et  parce  moyen  elles  au- 
ront coupé  le  profil  de  voftre  Tableau  tel  qu'il  foit ,  en  parties 
Perfpe&iues ,  qui  eft  l'Efchelle  fuyante. 

Cela  ainfi  fait  vous  n'aurez  plus  qu'à  tranfporter  conuenable- 
ment  fur  voftre  Tableau  ou  furface  ,  lefdites  parties  Perfpecli- 
ues  ,  à  condition  que  le  point  de  veuë  le  foit  trouué  dans  lefdits 
Tableaux  ou  bien  fur  les  mefmes  plans  ou  furfàces  d'iceux  ainfi 
qu'aux  Planches  11, 15 ,  puis  en  fuite  mener  des  defrontpar  les 
diuifions  Perfpectiues  de  cette  fuyante  ,  &  finalement  des  fuyan- 
tes au  point  de  veuëà  la  règle ,  filet  ou  cordeau. 

Parce  moyen  vous  aurez  fait  vn  treillis  ou  carrelage  Perfpe- 
c*rif preft  à  deffi»ner  délais  fuiuant  les  petits  treillis  Geometraux 
de  voftre  Tableau  modelle,  les  Objets  contenus  fut  iceluy. 

Déplus, fi  voftre  Tableau  eft  vne  voûte  cilindrique,  n'y  ayant 
delïus  icelle  aucune  ligne  qui  vous  puifle  donnerl'vndes  coftez 
ou  montans  du  Tableau  ,  pourparcemoyenyraporterles  par- 
ties Perfpectiues  comme  vous  les  voyez  contenues  fur  les  profils 
des  deux  en  voûtes  de  ladite  Planche  n.  Il  n'y  aura  qu'à  atta- 
cher à  ladite  voûte  en  haut  vn  filet  ou  ficelle  qui  ait  en  lbn  bout 
d'embas  vn  plomb  attache  ;  Puis  ayant  mis  la  lumière  d'vne 
chandelle  derrière  ladite  ficelle  &  vn  peu  eiloignée,  elle  fera  fur 
ladite  furface  en  voûte  ou  autrement,  vne  ombre  lors  fur  cette 


ombre  vous  tracerez  vne  ligne  qui  vous  feruira,  en  commen- 
çant du  bas  de  voftre  dit  Tableau  ou  fondamentale  de  front ,  a 
ytranfporter  comme  fur  ces  Tableaux  plat-fonds  ou  inclinez, 
les  parties  ou  pieds  fuyants  pcrfpedtifs  tracées  fur  le  profil  def- 
dits  Tableaux  courbes  en  montant  toufiours  fur  ladite  ligne 
vers  le  point  de  veue  du  haut  de  la  voûte,  &  paramiî  vous  n'au- 
rez  plus  qu'à  mener  par  ces  diuifîonsles  lignes  de  front  puis  les 
Fuyantes  au  point  de  veuë ,  ainfi  qu'il  eft  expliqué  aux  Planches 
If,  17,1g,  zty&c. 

Mais  d'autant  que  l'on  ne  trouue  pas  toufiours  de  grandes 
furfaces  ou  lieux  plats  fi  vnis  pour  couper  de  la  forte  ces  Ef- 
chelles  fuyanres  par  le  moyen  de  ces  profils.,  &  que  par  noftre 
manière  cela  fe  peut  faire  en  beaucoup  moins  d'efpace,  & 
melme  quand  ledit  lieu  plat  ne  feroit  pas  affez  grand  pour  y 
contenirla  hauteur  ou  l'interuale  qu'il  y  aura  de  la  baze  du  Ta- 
bleau au  point  de  veuë,  vous  ferez  la  melme  chofe  en  la  re- 
duifant  proportionnellement  en  petit  par  moitié  ,  par  tiers,  pat 
quart  ou  autrement,  &  ie  vay  donner  la  manière  de  ce  faire. 

CHAPITRE      VIII. 

Pour  couper  les  Efcheiles  fuyantes  four  tous  ces 
Tableaux  irreguliers  par  la  manière  expliquée 
amplement  en  mon  premier  Traité  3  &brefue- 
mentencetuy-cy. 

VOus  pourrez  voir  parles  Planches  8,  9,  &  10  de  ce  Liure, 
que  la  manière  de  couper  ou  tracer  l'Efchelle  Perfpecliue 
fuyante  ,  &  en  fuite  en  faire  les  treillis  Perpectifs  pour  vn 
Tableau  plat-fonds  &  incliné,  n'eft  que  la  mefme  d'en  faire 
vn  vertical  à  l'ordinaire ,  lors  que  le  point  de  veuë  fe  trouue 
au  Tableau  ou  dans  le  melme  plan  d'iceluy. 

Mais  quand  il  arriue  que  ledit  point  de  veue  ne  s'y  trouue 
pas  j  &  que  la  furface  du  Tableau  eft  courbe  &  irreguliere ,  Il 
faut  tranfporter  fur  quelque  lieu  plat&  vny  ainfi  que  i'ay  dit, 
l'interuale  contenue  entre  la  baze  duTableau&  la  ligne  duPlan 
de  l'Oeil:  Lors  en  faifant  fur  cette  Surface  platte  comme  fur  ces 
Tableaux  en  plat-fonds  &  inclinez  ,  vous  couperez  l' Efchelle 
fuyante,  en  prenant  pour  ce  faire  la  diftance  contenue  depuis 


. 14 

le  point  de  veuc  /  en  haut  iufques  en  bas  à  l'Oeil  O  du  re- 
gardant, &  de  cela  vous  en  pourrez  derechef  voir  la  manière 
aux  Planches  16  ,  17  &  18. 

Suit  le  moyen  de  tracer  fur  ces  diuers  Tableaux 
irreguliers  &  courbes  les  fuyantes  &  les  de  front 
Perjpecliues. 

IE  vous  ay  cy-deuant  ébauché  vn  moyen  de  mener  vnefuyan- 
te  fur  la  Surface  courbed'vne  voûte  comme  en  la  Planche  19. 

De  mefme  iedis  qu'ayant  fur  ma  grande  fuiface  platte  tracé 
ou  coupé  comme  aux  Planches  11  &  17  la  fuyante  Perfpedtiue 
il  n'y  aura  qu'à  bien  attacher  ferme  &  bien  bandée  vne  ficelle 
ou  telle  autre  choie  qui  ne  foit  luiette  à  le  deftendre  du  moins* 
d'vn  peu  de  temps,  à  deux  points  ou  endroits  ,  l'vn  à  celuy  de 
veuë  d'enbaut,  &  l'autre  à  vne  des  diuifions  de  la  baze  ou 
bas  du  Tableau  ;  Puis  tranfporter  defTus  les  diuifjons  fuyantes 
cy-deuant  faites  fur  ce  lieu  plat  ,&  les  y  marquer  auec  de  l'an- 
cre ou  autre  telle  chofe  fenfible  à  la  veue  ;  Et  fi  l'on  defire  fe 
feruir  de  la  chandelle,  d'vne  lampe  ou  autre  telle  lumière  pour 
tracer  cette  fuyante  &  ces  diuifions  fur  la  voûte  ,  il  ne  faudra 
qu'appliquer  precifement  auldits  endroits  ainfi  marquez  d'an- 
cre ou  autrement ,  des  boulettes  de  cire  mole  ,  ou  bien  deuant 
que  tendre  ladite  ficelle  ,  y  enfiller  vn  pareil  nombre  de 
grains  ou  pâtes- noftres  que  voftredite  Efchelle  fuyante  à  de 
diuifions  ;  Et  lors  qu'elle  fera  tendue  &  que  l'on  y  aura  fait  ou 
tranfporté  deilus  lefdites  diuifions  ,  on  pourra  arrefter  fur 
chacune  ,  vne  defdites  patenoifres. 

Cela  fait  <îe  l'vne  ou  de  l'autre  façon,  vous  prefenterez  la 
lumière  droit  au  lieu  &  place  de  l'œil  du  regardant,  lots  ladite 
ficelle  ou  filet ,  &ces  boulettes  ou  grains  marqueront  par  leurs 
ombres  lur  ladire  fiirface  ou  Tableau  courbe  ou  autrement, 
leur  véritable  place  Perfpediue  :  Ainfi  vous  deuez  les  remar- 
quer fur  ledit  Tableau  autant  precifement  que  vous  pourrez. 

Les  Planches  14,  if,  18  &  20,  vous  feront  voiràl'Oeil  la  ma- 
nière de  ce  faire  bien  plus  promptement  &  diftinftement  que 
ce  qui  en  eft  dit  icy. 

La  mefme  chofe  fe  peut  faire  auffi  fans  lumière  par  deux  di- 
uers moyens,  en  oftant  les  grains  ou  boulettes. 

L'vn ,  en  attachant  fermement  &  precifement  au  lieu  ou 

;  eftoit 


eftolt  l'œil  du  regardant  ou  la  chandelle  ou  lampe  par  la  ma- 
nière cy-deuant,  vne  ficelle  ou  filet,  lequel  eltant  continué 
droit  iulques  à  ce  qu'il  aille  toucher  la  furface  ou  Toute  ,  &  en 
mefmetempsl'vn  deces  endroits  ou  eftoient  ces  boulettes  de 
cire  ou  patenoftres  fans  que  l'vn  ny  i'autre  de  ces  filets  ou  fi- 
celles perdent  leurs  lignes  droites  ,  &  où  ladite  ficelle  touchera 
laditevoûtefe  ferale  point  Perfpectif  de  cette  fuyante. 

Etfaifànt  la  mefme  chofe  à  toutes  lefdites  marques  ,  d'an- 
cre en  touchant  ainfi  ladite  furface  voûte,  vous  y  aurez  mar- 
qué cesdiuifions  fuyantes  &  fa  ligne  fur  ieelle. 

Vous  deuez  ce  me  femble,  confiderer  que  j'ay  eu  quelque 
raifon  d'ofter  lefdits  grains  ou  houlettes  afin  que  la  ficelle  ou 
filet  ioignift  de  plus  prés  ladite  ficelle  ou  filet  tendu  ,  car  par 
ce  moyen  l'opperation  en  doit  eftre  plus  iufte  ouprecife. 

L'autre  moyen  pour  exécuter  la  mefme  choie  eft  que  la  fi- 
celle ainfi  tendue  &  cesdiuifions  fuyantes  marquées  de/Tus  & 
mefme  fi  l'on  veut  auffi  les  grains  ou  boulettes  de  cire  arrê- 
tées en  leur  lieu ,  il  conuiendroit  eftre  deux  ,ïvn  ayant  vn  œil 
placé  au  mefme  endroit  de  celuy  du  regardant  ,  fçauoir  en 
mirant  ouborneyant,afinde  voir  fi  celuy  qui  luy  marque  d' vne 
baguette  ou  autre  telle  chofe  en  taftonnant  fur  la  voûte,  luy 
montre  l'endroit  fur  lequel  le  doit  rencontrer  chacune  de  ces 
diuifions  vis  à  vis  de  fon  Oeil. 

Ainfi  vous  deuez  bien  juger  que  fur  vne  voûte  comme  celle 
reprefentée  en  la  Planche  14  &  femblable ,  Iln'eft  point  de- 
befoin  de  mener  dauantage  de  fuyantes  ainfi  diuifées,  pour 
tracer  les  lignes  defront  paralelles  à  la  Baze  du  Tableau  ,  que 
le  nombre  qu'il  y  a  de  ces  diuifions.  Mais  ce  qu'il  fera  befoin 
de  faire  encore  effc  d'en  mener  vne  fuyante  fans  diuifions,  pour 
après  jauger  &  tracer  par  le  moyen  de  ces  deux  toutes  les  au- 
tres ,  ainfi  que  cela  eft  expliqué  amplement  en  la  Planche  ij. 

Or  nottezquece  qui  fera  dit  &  defCgné  aux  Planches  10,  ir, 
n, &  en  leurs  difcours  d'explication,  fuffira  comme  ie  croy, 
à  vous  faire  entendre  la  manière  de  tracer  les  defront  fur  vne 
furface  concaue ,  conuexe5  Bref  ainfi  que  i'ay  dit  fur  vn  ro- 
cher fi  befoin  eftoit. 

Par  ainfi  il  ne  refteplus  qu'à  parler  de  l'application  de  cette 
règle  fur  les  furfaces  irregulieres  efleuées  à  plomb  fur  le 
niueau,  ainfi  que  les  murs  ou  furfaces  qui  font  angle  faillanc 
ou  rentrant  ,  &  telles  autres  qui  ont  auant  corps  ou  atriere 

D 


corps  ,  autrement  diuerfès  faillies;  Enfemble  les  courbées; 
ainti  que  le  renflé  des  tours  &leur  concaueou  creux:  Car  fur 
celles  en  talus  ,  je  ne  trouue  point  raifonnable  d'y  peindre 
rien  pour  plufieurs  raifons ,  &entr'autres  celle-cy,  quela pou- 
dre s'attache  trop  fréquemment  deflus  &  de  telle  forte,  qu'en 
vn  moment  elle  couuriroit  &  mangeioit  la  couleur  &  le  trait 
de  ce  qui  y  feroit  fait. 

Neantmoins  la  neceffité  le  requérant  ,ilfaudroit  eftrebien 
peu  intelligent  pour  ne  voir  pas  le  moyen  de  faire  la  mefine 
chofe  fur  de  telles  Surfaces ,  après  auoir  entendu  celuy  de  ce 
faire  fur  toutes  celles  expliquées  en  ce  Traité  &  en  mon  pre- 
mier, aux  Planches  41,  109  &  110. 

Or  pour  cette  forte  de  Surfaces  ou  Tableaux  ainfi  efleuez  à 
plomb  ou  verticales ,  vousvoyez  bien  qu'il  ne  faut  pointeher- 
cher  ou  afligner  le  point  de  veuc  ailleurs  que  fur  icelles;  De 
forte  que  voulant  fur  la  quelconque  d'elles  y  reprefenter  vn 
Tableau  plat  &  vertical  à  l'ordinaire,  ainfi  que  les  deux  de  la 
Planche  n.  Vous  n'aurez  qu'à  faire  vn  petit  Tableau  mo- 
delle  comme  cy-deuant  ,  félon  telle  diftance  &  efleuation 
d'Oeil  que  vous  délirerez  prendre  ou  que  le  lieu  vous  obligera; 
&  par  exemple  comme  en  ladite  Planche  21  pour  celuy  d'en- 
haut&  d'embas,  la  diftance  O/&  A  O  l'efleuation  del'Oeil: 
Cela  èflant  &  fon  petit- pied  ou  treillis  geometral  fait  deffus, 
ainiï  qu'il  a  efté  dit;  Lefdites  Planches  i9,zo,n,vous  donneront 
l'intelligence  de  faire  auffi  vn  treillis  fur  lefdites  fuifaces  ver- 
ticales irregulieres  ,  afin  de  mettre  fur  chacun  proportionnel- 
lement du  petit  au  grand ,  les  mefmes  figures  qui  feront  fai- 
tes fur  le  petit  Tableau  modelle  ,  treillis  pour  treillis  ,  ou 
carreau  pour  carreau ,  &  place  pour  place. 

CHAPITRE     IX. 

Explication  en  gros  des  obligations  que  Von 
feut  auoir  de  fortifier  &  affoiblir  les  Couleurs 
des  Objets  ,  fuiuant  les  lieux  ou  elles  fe  ren- 
contreront fur  ces  Surfaces  defront  3  fuyantes 
ou  tournantes  plus  ou  moins. 

Vand  le  lieu  où  l'on  defire  reprefenter  ces  Objets  eft  égale- 
ment efclairé  de  quelques  feneftres  ,  on  a  cet  auantage 


Q 


17 
qu'il  ne  faut  affbiblif  ladite  couleur  qu'es  parties  de  la  furfa- 
ce,  lefquelles  s'auancent  vers  l'oeil  du  regardant ,  &  affoiblir 
celle  des  Objets  qui  s'en  elloignent ,  afin  de  la  pouuoir  rendre 
égale  félon  les  diuerfes  coupes,  verticales  ,  paralelles  au  plan 
du  Tableau  modelle  :  Mais  quand  vne  partie  elt  ombrée  Se 
l'autre  éclairée;  Il  conuient  d'abord  fe  fouuenir  de  mettre 
proportionnellement  la  Couleur  plus  claire  ou  pour  mieux 
direplus  forte  &  vifue  à  l'endroit  de  cette  partie  Ombrée,  & 
affoiblir  celle  qui  eft  éclairée,  afin  que  voulant  faire  vn Ta- 
bleau où  les  Objets  paroilïent  ou  non  eftre  fur  cette  furface  , 
l'on  y  fane  pat  ce  moyen  perdre  à  l'Oeil  la  fenfation  de  cet 
ombre  ou  ombrage. 

Si  vousauiezàreprefenter  fur  vn  petit  Tableau  plat- modelle 
ainfi  quei'ay  dit ,  des  bas  reliefs,  rondes  bol!es,ou  autres  rel- 
ies choies  fuiuant  vnediftance&elleuation  d'Oeil  déterminée: 
Vous  fçauez  bien  que  vous  auriez  égard  de  quel  cofté  la  lu- 
mière doit  donner  lus  iceux  foit  à  plomb  ,  par  deflus,  par  def- 
fous,  à  cofté  ,  &  fouuent  de  diuers  endroits  en  mefme  temps, 
&  le  tout  fuiuant  la  volonté  &  les  lumières  qui  viennent  des 
ouuertures  telles  qu'elles  peuuent  eftre  fituées  pour  éclairer 
le  lieu  où  vous  auezà  faire  de  tels  ouurages. 

Quand  vne  chandelle  ou  tel  autre  petit  luminaire  ou  plu- 
sieurs éclaire  ou  illumine  vn  Objet  ,  on  ne  le  confidere  que 
comme  vn  point  lumineux ,  duquel  les  ombres  s'eflargiffent 
en  s'elloignant  dudit  Objet. 

Lors  que  l'on  veut  faire  vne  telle  reprefentation  d'Objets 
par  l'illumination  du  Soleil  ou  de  la  Lune,  à  caufe  de  leur  ex- 
ceffiue  diftance  à  la  furface  de  la  terre,  l'Oeil  voit  l'ombre 
defdits  Objets  paralels  entr'eux  ,  fi  lefdits  Objets  font  auflî 
paralcls ,  c'efl:  à  dire  ,  de  leur  mefme  largeur. 

Q/iand  le  Soleil  ne  nous  fait  point  pareftre  diftinttement 
fes  rayons  ,  &  par  ainfi  qu'il  ne  fe  voit  point  d'ombre  ou  d'om- 
brages fur  ces  Objets,  finondans  les  lieux  creux  ou  concaui- 
tez  d'iceux  ou  cette  lumière  difFufe  ne  peut  entrer  ou  fouiller, 
l'on  ne  peut  faire  la  reprefentation  de  leur  couleur  ny  exprimer 
leurs  fuyants  &  tournants  à  comparaifon  des  parties  veués  de 
front  les  vnes  des  autres,  que  par  cette  raifon  ou  règle  de  les 
fortifier  &  affoiblir  fuiuant  leur  place. 

De  plus  ,  il  faut  demeurer  d'accord  que  plus  les  rayons  de 
l'Oeil  du  regardant  vont  donner  à  plomb  fur  ces  furfaces  ou 

Dij 


18 

Tableaux  ,  d'autant  plus  ledit  Oeil  reçoit-il  la  fènfation  de 
leurs  co uleurs  plus  forte  &diftincte.  Et  auffi  que  tant  plus  ces 
rayons  glifferont  fur  icelles,  ledit  Oeilreceura  la  fènfation  de 
leurfdites  couleurs  tant  moins  diftinctcment. 

Mais  lors  qu'il  s'agit  de  faire  en  forte  qu'vne  tellepartie  de 
Surface  oud'Objet  ou  le  rayon  de  l'Oeil  gliffeainû  ,  ou  qu'ilfc 
prefente  moins  de  front  deuantluy  ,  luy  faflevne  pareille  fèn- 
fation qu'vne  de  front  j  vous  jugez  bien  qu'il  faut  affoiblir  la 
couleur  de  cette  de  front,  &  fortifier  celle  de  la  fuyante,  glif- 
fante,  ou  tournante,  plus  ou  moins  félon  qu'elles  fuyent  &c 
tournent  aufli  plus  ou  moins. 

Or  comme  il  eft  abfolument  necelTaire  d'auoir  égard  à  ces 
panicularitez  pour  l'exécution  de  ces  Tableaux  irreguliers  fi 
l'on  veut  bien  faire  &  contenter  les  yeux  délicats  &  clairs- 
voyans  ;  I'ay  trouué  à  propos  de  faire  voir  que  l'afFoiblilîe- 
ment  de  ces  cliofes  eftant  bien  entendues,  &  parconfequent 
bien  exécutées  fur  chacun  des  petits  Tableaux  modelles,  ainfi 
qu'il  eft  amplement  expliqué  dans  mon  premier  Traité ,  ou 
comme  en  celuy-cy ,  la  difficulté  ne  fera  pas  grande  de  l'exécu- 
ter ainfi  proportionnellement  fur  fèfdites  Surfaces  ou  Ta- 
bleaux irreguliers,  après  ce  que  j'en  vay  dire  en  fuite  &  fur  les 
Planches  6, 14,  if,i6,  &  17. 

Vous  deuez  doncauoir  veu  ou  pourrez  voir  dans  mon  pre- 
mier Liure&dans  celuy-cy, quand  il  s'agit  de  reprefenter  en 
Peripectiue  fur  vn Tableau  plat  &  vertical,  tels  Objets  vifibles 
delà  nature  que  defirez,  vous  y  auez  fait  auant  toutes  chofes 
les  Efcheilesde  front  &  fuyantes  Perfpectiues ,  &  aubefoin  par 
le  moyen  d'icelles  vn  treillis  Perfpeclif ,  &  fur  iceluy  détermi- 
né &placé  l'alfiette  ou  plan  defdits  Objets  ;  puis  par  le  moyen 
des  Efchelles  de  front  fait  leurs  elleuations  Perfpe&iues  &  de 
front  :  Enfemble  trouué  la  place  de  leurs  jours  ,  ombres  Se 
ombrages.  Et  finalement  feeu  parla  proportion  de  la  diminu- 
tion deldites  de  frontàcomparaifon  de  leur  fondamentale  ou 
bazedu  Tableau  ,  de  combien  vne  couleur  claire  ou  brune  de 
front  doit  eftre  effoiblie,  pour  faire  en  forte  que  l'Oeil  en  re- 
çoiue la  mefme  fènlàtion  ou  vifion  qu'il  feroit  en  voyant  ces 
mefmes  Objets  naturels  -}  Et  pour  les  Objets  tournanrs  & 
fuyants ,  on  aura  égard  à  leur  différente  obliquité  ,  comme  il 
feraexpliquéauXI.  Chapitre,&  es  Planches  14,2^16,  i7,dece 
Traité. 


Ayant  donc  ainfi  trounc  toutes  ces  choies  fur  tii  petit  Ta- 
bleau modelle ,  demefme  lors  que  vous  aurez  fait  voftre  treil- 
lis Perfpe&if  fur  les  Surfaces  ou  Tableaux  plats- fonds  ,  incli- 
nez &  en  voûtes  d'vn  pareil  nombre  de  carreaux  qu'en  a  vo- 
ftre petit  Tableau  modelle;  Quand  illera  queftion  de  colerer 
lefdics  objets  que  vousauecdellèignezdeli'us,  vous  aurez  égard 
à  la  fcituation  des  deux  furfaces ,  fçauoir  du  Tableau  modelle 
eftant  imaginé  en  fa  place  ,  &  de  voftre  furface  irreguliere, 
car  faudra  diminuer  &  airoiblir  les  forces  des  Objets  que  l'on 
veut  colorer  fur  les  parties  de  cette  furface  irreguliere  qui  font 
plus  proches  del'Oeil  ,&  fur  celles  qui  feprelentent  à  luy  plus 
de  front,  que  les  parties  correfpondantes  au  Tableau  model- 
le; Au  contraire  il  fera  neceffaire  de  fortifier  les  Objets  qui 
font  en  des  parties  plus  efloignées,&  celles  qui  font  plus  obli- 
ques. 

Mais  à  caufe  des  diuerfes  inclinations  ,  biailemens  &  irre- 
gularitez  de  Tableaux  ,  il  eft  comme  impoffible  de  donner  aux 
Praticiens  vne  règle  facile  Se  precife ,  pour  l'application  per- 
fpecfiue  defdites  couleurs  fur  iceux  ,  fans  fe  fèruir  de  l'Oeil 
pour  juger  aux  diuerfes  rencontres  ,  fi  ce  que  l'on  pratique  fui- 
uant  lefdites  règles. luy  fait  le  mefme  effet  du  petit  modelle  ;  il 
faut  fe  contenter  du  polTïble,  &  tenir  pour  certain  que  Ca- 
chant bien  colorer  ledit  petit  Tableau  modelle,  par  les  règles 
expliquées  dans  mon  premier  Liure  &  dans  cetuy-cy,  notam- 
ment dansle  XI.  Chapitre,  lors  qu'il  conuiendra  reprefenter 
cesmefmeschofes  fui  des  furfaces  irregulieres,  inclinées  &  de 
biais  ,  il  ne  faudra  auoir  égard  ainfi  que  j'ay  dit  qu'à  fortifier 
ouaffoiblir  à  l'occafion  les  parties  de  front,  fuyantes  &  tour- 
nantes, en  forte  qu'elles  viennent  à  faire  l'effet  du  Tableau. 

Or  ce  qui  fera  dit  audit  Chapitre  XI.  &  aux  Planches  14,  zf, 
16 ,  &  17 ,  pourra  donner  beaucoup  d'intelligence  pour  ce 
fujet ,  fur  tout  aux  intelligens. 

CHAPITRE    X. 

Touchant  vne  des  principales  erreurs  que  diuerfes 
personnes  ont  fur  la  pratique  de  la 
Perfpecliue. 

IL  y  en  a  qui  ont  dit  &  écrie ,  qu'ayant  à  reprefenter  fur  vn 
Tableau  plat  &  vertical  des  Pigur-es  humaines  efieuées  4 

D  iij 


plomb  les  vncs  fut  les  autres  paralellement  au  plan  dudit  Ta- 
bleau ,  qu'il  faut  diminuer  la  hauteur  de  celles  qui  font  efleuées 
haut  &  quepout  celles  qui  ne  le  font  que  de  trois  ou  quatre 
pieds ,  la  diminution  en  efb  imperceptible  ;  Et  pout  cet  effet 
ils  ont  prétendu  donner  vne  règle  pour  faire  cette  diminution 
de  hauteur. 

Mais  ceux  qui  ont  vn  peu  de  Geomeftrie,  fçauent  que  la  di- 
minution fe  fait  proportionnellement  de  l'Oeil  au  Tableau 
comme  elle  le  faifbitde  l'Oeil  au  fujet  ou  objet,  fuppùlantle 
Tableau  entre  ledit  Oeil  &  le  fujet.  C'eftpourquoy  je  me  con- 
tenteray  de  cet  aduertifîement  fans  m'y  arrefter  dauantage, 
&  de  ce  qui  en  eft  dit  &  expliqué  es  Planches  xj-,  &  z8. 

Quant  à  ceux  qui  donnent  vn  grand  nombre  d'exemples 
pour  expliquer  vne  pratique  pour  laquelle  il  fufïk  fouuent 
d'vne  feule  ,  jetrouue  qu'ils  ne  font  pas  ce  qu'ils  doiuent ,  & 
bien  moins  encore  quand  en  voulant  par  ce  moyen  auoir  def- 
fein  delà  faire  entendre  par  le  menu  ou  en  détail,  qu'ils  lailfenc 
en  arrière  le  principal  ou  fonds  de  ladite  ptatique. 

Et quoy qu'ils  aycnt  fait  plufieurs  Volumes  fur  ce  fujet,  s'ils 
n'y  ont  donné  le  moyen  de  franchir  à  l'occafion  laplus  grande 
difficulté  qui  fe  puiffe  rencontrer  dans  ladite  pratique  ,  ils 
laifleront  toufiours  le  Praticien  dans  vn  embarras,  &  crainte 
de  ne  fe  pouuoir  d'émeler  de  ces  chofès  ,  foit  pout  les  prati- 
quer, ou  bien  lors  qu'il  s'agira  de  s'en  entretenir  en  publie  ou 
en  particulier. 

I'eflime  que  pour  bien  donner  à  entendre  cette  pratique  de 
perfpe&iue,  il  faut  en  traiter  dés  fon  origine,  &  ne  lailfer  paf- 
fer  aucune  partie  d'icelle  fans  l'auoir  bien  expliquée  ,  puis 
qu'autant  bien  qu'on  la  puiile  faire  lors  qu'il  s'agift  d'apren- 
drepar  Liure  -,  Il  y  a  toufiours  afTez  de  difficulté  pour  plufieurs 
Praticiens. 

Ceuxquineconceuront  pas  ainfiquei'aydit ,  que  les  prati- 
ques du  Geometral  &  du  Perfpe&if,  ne  font  que  deux  efpeces 
dvn  mefme  genre  ,  &  non  deux  genres  diuers,  &  quelapra- 
tiquedel'vn  eftlamefme  que  de  l'autre,  tout  ce  qu'ils  diront 
&  écriront  fur  ce  fujet  fera  toufiours  très-difficile  à  retenir  &  à 
pratiquer  fuiuant  les  diuers  cas  &  rencontres;  Ecce  fera  mer- 
ueille  s'ils  ne  paflent  fous  filence  le  moyen  de  reprefenter  les 
plus  belles  &  neceffaires  parties  de  cet  Ait. 


CHAPITRE    Xi; 

Sur  ce  que  la  plus  grande  partie  des  Profcffeurs 
en  l'Art  de  la  Peinture  >  mcfme  des  excellents 
en  peignant  après  le  naturel  varient  la  pru- 
nelle de  leurs  yeux  en  le  regardant  3  &  par 
ainji  font  fur  leur  Tableau  fans  y  p enfer  ^ne 
infinité  de  points  principaux  ou  dire  fis  _,  bien 
qu'ils  croyent  n'y  en  auoir  eftably  quvn3  ce 
qui  fait  a  mon  aduis  que  l'Oeil  ne  reçoit  pas 
de  Icurfdits  ouurages  ajfez^  de  fenfation  de 
rondeur  autrement  de  relief. 

CEtte  matière  n'ayant  pas  efté  allez  expliquée  en  particu- 
lier pour  d'aucunes  perfonnes  en  mon  premier  Traité  ,j'ay 
trouué  a  propos  d'en  faire  icy  vn  petit  difcours  ,&les  quatre 
Planches  14 ,  is ,  16 ,  &  17  :  Car  audit  Traité  fuiuant  l'auis  de 
M.  B e far gués  ,  j'ayditen  gros  en  parlant  de  la  raifon  du  fort 
&  foible  des  touches  ,  teinctes  ou  couleurs  3  qu'afin  que  les 
chofes  fuyantes  &  fur  tout  les  tournantes,  que  l'on  deïlre  re- 
prelenter  furies  Tableaux,  fiflent  à  l'Oeil  la  fenfation  d'eftre 
telles  ainfi  que  leurs  originaux  naturels  &  de  relief,  il  en  fal- 
loit  forcer  l'afFoiblilTement  ,  &  que  cet  afToibliiTement  equi- 
poloit  à  vn  grand  lointain.  Mais  jecroy  que  ces  deux  ou  trois 
mots  ne  font  pcut-eftre  pas  fî  bien  entendus  qu'il  feroit  de 
befoin  ,  puis  que  la  pluipart  des  beaux  ouurages  de  Peinture 
que  j'ay  veu&voy  encore  tous  les  jours,  fur  tout  de  ceux  qui 
font  profeffion  dépeindre  à  veue  d'Oeil  d'apresle naturel, ne 
me  font  pas  à  l'Oeil  fur  cette  circonstance ,  l'effet  de  fuyant 
&  de  tournant  ,  en  vn  mot  de  rondeur  qu'ils  feroient  s'ils 
eltoient  touchez  de  ce  qui  fera  dit  cy-apres. 

Qu,ant  àmoy  je  croy  que  ce  deftaut  vient  de  ce  qu'en  co- 
piant delalorte  le  naturel,  ils  ne  prennenr  pas  garde  ainfi  que 
j'ay  dit  ,*  qu'ils  jouent  à  tous  momens  de  la  prunelle  pour 
voir  plus  diftin dément  la'couleur  de  leur  objet^Sc  par  ce  moyen 
ils  font  en  forte  que  la  plus  grande  part  des  parties  fuyantes  & 


tournantes  dudit  Objet ,  la  couleur  s'enprefente  defrontà  leurs 
yeux;  Ou  11  mieux  vous  aymez  que  tournant  ainfi  la  prunelle 
à  droit ,  à  gauche ,  d'enhaut  &  d'embas  ou  autrement ,  le  rayon 
qui  part  du  centre  de  l'Oeil  peut  rencontrer  de  front  plufieurs 
defdites  parties  tournâmes  &  fuyantes  colorées  ,  &  de  telle 
force  qu'elles  luy  feront  ou  peu  s'en  faudra ,  mefme  fenfation 
de  force  &  couleur  les  vnes  que  les  aurres;  Et  par  ainfi  faifant 
de  tels  deftrempemens  ou  alliages  de  couleurs  ,  pour  les  ap- 
pliquer comme  cela  furvne  furface  ou  Tableau  plat  ;  Il  arri- 
uera  qu'au  lieu  qu'ils  ont  intention  que  ce  qu'ils  reprefenre- 
ront  fur  iceluy  leur  falTe  à  l'Oeil  fenfation  d'vne  chofe  de  relief, 
ainfi  queleur  Original  naturel ,  au  conrraire  elle  luy  fera  fenfa- 
tion d'vne  chofe  aplatie.  Etn'eftoit  bien  fôuuent  que  la  forme 
du  fujet  ou  objet  e(i  exprimée  par  les  traits  ou  contours  qui 
vous  reprefentent  en  quelque  forte  les  efloignemens  fuyants  & 
toutnansd'iceux,  vous  nelesyreconnoiflreriez  pas  par  la  fen- 
iationde  la  couleur. 

Par  confequenr ,  il  faut  faire  cette  reflexion  que  puis  qu'en 
variant  ainfî  la  prunelle  de  l'Oeil,  on  voit  la  couleur  des  di- 
uerfes  parties  de  l'objet  que  l'on  regarde  plus  diftin&emenr, 
quefionnelavarioit  point;  Et  à  caufè  que  cette  variation  eft 
vne  longue  habitude  difficile  à  corriger;  Il  s'enfuit  que  l'on  la 
doit  tenir  fufpecle  &  ainfi  en  trauaillant  eftre  fur  la  défiance, 
afin  de  faire  ou  reprefenter  fur  fon  Tableau  les  parties  des  objets 
plus  affaiblies  par  proportion  de  leurs  différentes  coupes  foit 
de  front  ,  fuyantes  &  tournantes  ,  que  ledit  Oeil  ne  les  voit, 
en  y  jettant  de  la  forte  ledit  rayon  direct  plus  ou  moins  obli- 
quement ou  de  biais  :  car  autrement  d'vn  fujet  naturel  que 
l'on  defîreroit  copier  ,  la  copie  ne  vous  feroit  jamais  à  l'Oeil  la 
mefme  vifïon  ou  fenfation  de  voftre  original  naturel.  Le  peu 
que  j'ay  dit  fur  cette  particularité,  &  cequej'en  diray  &  expli- 
queray  fur  lefdites  trois  ou  quatre  Planches  doit  fuffire  pour  le 
prefènt. 


CHAP. 


CHAPITRE      XII. 

Touchant  les  diuers  me/langes  de  couleurs  des 
Objets  ejpandus  3  di fier  fie  z^  &  méfiez^  parmy 
les  airs  qui  les  ennironnent  :  Enfemble  le  moyen 
de  les  y  affoiblir  ou  fortifier  auec  raifon  3  pour 
rendre  a  l'Oeil  la  me  fine  fienfiation  &  vniort 
du  naturel. 

M'Eftant  obligé  de  donner  à  entendre  d'vne  autre  façon 
quedansmon  premier  Traité,  la  caufe  du  meflangeSe 
de  l'aftoiblillement  de  la  couleur  des  objets  que  l'on  veutre- 
prefenter  furvn  Tableau  ,  qui  cft  ce  qui  fait  vne  grande  partie 
de  ce  que  l'on  entend  par  le  mot  d'vnion  de  colory. 

le  vous  diiay  puis  que  Toccarïon  le  requiert  ;  Qujavant  à 
faire  la  reprefentation  de  tels  objets  qu'il  vous  plaira,  dans  ou. 
fur  vn  Tableau  ,  plat  ou  non ,  lbit  en  iour  de  chambre ,  peu  ou 
beaucoup  éclairée  ,  d'vn  iour  de  campagne  clai;  &  net ,  &d'vn 
fombre  oun  buleux:  bref  d'vne  nuit  plus  ou  moins  obfcure, 
fans  flambeau  &  auec  flambeau,  plus  ou  moins  ou  tels  autres 
lumières  ou  feux  grands  ou  petits. 

Il  eft  très- necellaire  de  remarquer  que  nous  &  plufîeurs  au- 
tres objets  vifibles,  lbmmes  enuuonnez  de  différents  airs,  plus 
ou  moins  clairs  ou  ténébreux,  ainiî  que  les  poiifons  &c  au'res 
objets  le  (ont  dans  les  eaux  plusou  moins  claires  ou  troubles, 
lefquels  ont  aufli  la  furface  de  la  terre  fous  eux  au  fond  de 
l'eau  ,  ainfi  que  nous  &  nos  autres  ob|ets. 

Et  de  meime  auiîi  que  nous  pouuons  fuppofer  la  fi:perricie 
de  l'eau  eftre  le  Tableau  fut  lequel  nous  conceuons  voir  deilèi- 
gnez  &  coulorez  ,  les  objets  tels  qu'ils  font  feituez  dedans1, 
au  fond,  ou  derrière  iceile. 

Tout  de  mcfme  nous  pouuons  fuppofer  vne  furface  platte 
d'air  ,  &  conceuoir  les  objers  au  de  la  d'icelle,  enclos  Se  enui- 
ronnez  de  cette  grande  efpaideur  d'air ,  &nommcr  cette  fur- 
face  d'air  Tableau. 

Vous  prendrez  oaide  s'il  vous  plaitt,  que  le  iuppefè  que 
Tonne  conçoiue  pius  y  au  oit  d'air  entre  l'Oeil  Se  lêfdirés  fur- 
faces  d'eau  &  d'air  ,  autrement  donnant  de  l'air  entre  lediî 

E 


H 

Oeil  &  la  furfacc  ou  Tableau  d'air,  il  auroit  fallu  fuppofer  eftre 
dans  l'eau,  afin  d'auoir  aufli  ue  l'eau  entre  noftre  Oeil  &  ladite 
furface  ouTableau  d'eau. 

Or  cela  entendu  pour  acheuer  noftre  comparaifon ,  difons 
que  l'eau  eftant  bien  claire,  pure,  nette  &  calme,  &  que  les 
poifions  ou  autres  objets  qui  y  font  plus  ou  moins  proches  de 
la  fuperficic  ouTableau  ,  l'Oeil  du  regardant  en  aura  la  fenfa- 
tionplusou  moins  nette  &diftincte  tant  de  leur  trait  ou  forme 
que  de  leur  couleur. 

Pareillement  ces  corps  ou  objets,  plus  ou  moins  proches  ou 
efloignez  de  la  fuperficieplatteou  Tableau  d'vn  air  clair,  pur, 
net  &  non  agité,  l'Oeil  duriit  regardant  en  aura  la  fenfation 
plus  ou  moins  nette  &  diftin&e 

Et  finalement  on  peut  dire  de  plus  que  d'autant  que  ladite 
eaufera  profonde  ,  trouble  &  agitée,  d'autant  moinstous  ces 
objets  apparoiftront  ils  à  l'Oeil  diftincts  en  leur  forme  &  en 
leur  couleur ,  &  qu'ils  participeront  outre  leurs  couleurs  na- 
turelles de  celle  de  l'eau,  qui  lesenuelope  &  enchalle  du  jour 
qui  les  éclaire,  &  de  la  voûte  du  Ciel  &  autres  corps  qui  les 
enuironnent  ou  enclofent ,  &  mefnu  des  reflexions  &  réfra- 
ctions qui  leur  arriuent  entr'eux^  à  l'occafîon  de  toutes  ces 
chofes. 

Ainfîpeut-on  dire  que  les  objets  faits  fur  les  Tableaux  donc 
eft  queftion,  tant  plus  il  y  aura  d'efpaifleur  d'air  nébuleux, 
noir ,  agité  ,  &  méfié  des  diuerfes  vapeurs  &  reflexions  des 
corps  ou  tujfts  ,  des  lumières  &  finalement  de  la  voûte  du  Ciel 
qui  les  enuelope,  l'Oeil  aura  la  fenfation  de  toutes  ces  chofes 
plus  ou  moins  diftincles". 

Si  l'air  eftoit  également  plein  de  vapeurs,  pouflieres  ou 
autres  corps  ,  qui  empefehent  le  paflage  d'vne  partie  de  la  lu- 
mière &  de  lavifion  iufqu'aux  objets,  la  perte  ou  diminution 
fur  des  objets  inégalement  efloignez  en  feroit  proportionnée 
à  leurs  diftances  par  exemple, celuy  qui  feroit  trois  fois  plus 
efloigné  perdroit  trois  fois  autant  que  celuy  qui  feroit  dans  la 
première  diftance. 

Mais  comme  l'air  eft  touiîours  inégalement  remply  de  ces 
vapeurs  &  autres  corps  ,  je  ne  comprendray  pas  cette  caufe 
d'affoibliflemenr  delà  lumière  &  de  la  vifîon  entre  les  e/ïèntiel- 
les,  qui  font  la  diftance  &  l'obliquité  ,  dont  j'ay  delïa  dit 
quelque  chofe,referuant  le  relie  pour  les  Planches  z>  ,26,8c  17. 


CHAPITRE  XIII. 
Zegere  Esbaucbe  d'vn  moyen  de  conduire  auec 
certitude  ,  les  traits ou  hacheures  qui  expriment 
à  l'Oeil  la  fenfation  de  relief  des  ob  ets  }ref?re- 
fentez^  es  imprefsions  ou  flampes  de  Taille  douce 
foit  parvne  feule  ou  par  plufieurs  hacheures 
qui  fe  croifent  les  vncs  $•  les  autres ,  que  nous 
nommons  communément  contre- hacheures. 

IL  neparoift  point  jufques  à  prêtent  par  les  Oeuures  de  ceux 
qui  ont  prauqué  ou  profère  l'Art  de  la  Giaveureen  Taiile- 
douce  &  en  bo^ ,  qu'ils  ayent  eu  la  penlée  de  placer  lefdits 
traits  ou  hacheures  fur  les  objets  qu'ils  ont  voulu  reprefenter 
delà  manière  qu'il  fera  expliqué  en  gros  dans  ce  Dilcours ,  & 
par  la  dernière   Planche  de  ce  Liure. 

Et  de  cela  ie  m'en  rapporte  aux  excellents  Praticiens  d'âpre- 
fent,  &  aulli  aux  connoiilans  amateurs  ou  curieux  des  Oeu- 
ures de  cet  Art,  qui  ne  font  point  d'humeur  pointiLUufe ,  les 
priant  tous  de  croire  que  je  ne  prétends  en  aucune  façon  ter- 
nir la  mémoire  de  ces  excellens  Praticiens ,  au  contraire  iela 
reuere  &  reuereray  Dieu  aydant  jufquesau  tombeau  :  &  ctoy 
que  ce  n'eifc  pas  les  off.'nter  de  tafeher  a  perfectionner  s'il  y  a 
moyen,  la  pratique  de  cet  Art,  puisque  plufieurs  d'entr'eux  y 
ont  contribué. 

Ceux  de  cette  Profeflîon  fçauent  que  le  principal  but  d'vn 
Graveur  qui  veut  copier  en  graveure  vndelîeinou  vn  Tableau 
compofé  d'vn  oude  plufieurs  objets  faitsde  ton  inuention  ou 
de  celle  d'vn  autre,  eit  de  le  rendre  bien  correct  eu  Coa  trait  ou 
contour  ,&  en  fes  autres  particularitez,  comme  en  la  place  des 
jours  &  ombres ,  furies  parciesdef  ont,  Fuyantes  &  tournantes: 
Enfemble  leuts  touches  de  force  &  foibleue,en  forte  qu'elles 
expriment  bien  leut  relief. 

Or  comme  il  eft  naturel  de  fuiure  l'exemple  d'autruy  & 
principalement  lors  qu'il  nous  plaift,  plufieurs  Graveurs  ont 
tait  &  font  le  temblable ,  en  prenant  la  manière  de  conduire 
lefdites  hacheures  fumant  celle  des  anciens  ou  modernes,  la- 

Eij 


quelle  leur  agrée,  loh  par  vne  feule  raille  ou  hacheure  ou  par 
plufieurs,  aueedes  points  ou  fans  points ,  ou  le  tout  par  des 
points  ,  principalement  les  nuditez  ;  Er  n'onr  pas  le  foin  de 
confidererourrouuer  vne  conduire  réglée  pour  placer  lefdites 
hacheures  ,  de  forre  que  de  chacune  en  particulier  l'on  puilfe 
içauoir  où  elles  doiuenr  s'aller  renconrrerfàns  le  confondre  ou 
s'embaratfer  dans  les  aurres ,  &  de  plus  renir  entr'elles  leurs  pla- 
ces perfpectiuesfur  lesobjers  où  elles  fonr  appliquées. 

C'eft  ce  qui  m'oblige  a  déclarer  icy  l'ordre  que  i'eftime  que 
l'on  y  peur  renir  :  toujefois  ie  le  diray  en  gros  puis  que  cette 
matière  demanderoir  bienvn  ample  Traité  ou  Volume,  pour 
eftre  expliquée  en  toures  ces  circonftances. 

le  croy  que  fi  les  nudirez  des  corps  narurels  eftoienr  aulfi 
bien  formées  de  traits  ou  fils  ,  que  les  caneuas,  toilles,  draps 
&  autres  relies  eftofTes,  l'on  ne  feroit  pas  iulques  a  prêtent  à 
trouuer  cér  ordre. 

Chacun  feait  qu'encore  qu'à  de  telles  eftofTes  ou  draperies, 
on  face  faire  des  plis  rels  que  l'on  defirera,  cela  ne  fera  pas 
changer  de  place  aux  fils  qui  les  onr  tiffuès;  Etqu'vne  perfon- 
ne  rant  foit  peu  intelligente  au  Delfein  ,  pourra  bien  en  deflei- 
gnanr  defemblabies  draperies,  marquer  fur  ce  qu'il  en  delfei  - 
gnera  lerang  que  tiennent  lefdits  fils  fur  ces  diuers  plis,  &  le 
tour  fumant  le  poinr  de  veuë  &  la  diftance  qu'il  aura  prife  pour 
ce  faire. 

Nul  ne  peut  aulfi  dourer  que  la  mefmechofè  fe  pourroit  fai- 
re en  defieignant  d'après  vne  tefte  humaine  &  figure  nue,  ou 
tel  autre  corps ,  s'ileitoit  ainfi  que  j'aydir  formé  de  ces  traits 
ou  fils,  encore bi.n qu'il fift  diuers mouuemens. 

Mais  d'aurant  que  relies  nudirez  &  autres  corps,  ne  fonrpas 
ainfi  formez  de  rraits  ou  fils ,  &  qu'ils  n'ont  en  eux  que  les  che- 
ueuv,  poils  &  laines  qui  donnent  d'eux  mefmes  la  manière  de 
les  exécuter  ainfi  en  graveure,  il  faut  rrouuer  vn  moyen  fi 
faire  ce  peur,  pour  bien  imaginer  de  femblables  traits  fur  ces 
corps  humains ,  ou  tels  autres  fairs  de  diuers  meraux  &  miné- 
raux :  Er  remarquer  que  la  plufpart  defdits  corps  ouobters, 
ont  des  parties  qui  fe  doiuent  distinguer  d  auec  la  mafle  d'i- 
ceux  ,  ainfi  comme  fay  dit,lescheueux  &  poils  des  figures  hu- 
maines ,  puis  la  prunelle  des  yeux  ,  les  denrs  ,  les  ongles  ;  afin 
qu'alors  que  l'on  voudra  conceuoir  ou  marquer  de  telles  ligne* 


)7 

ou  hacheures  fur  ces  mafles  de  corps  ,  on  en  puilTe  imaginer 
aufli  d'autres  iur  ces  petites  parties.  Or  pour  bien  aydei  1  ima- 
gination &  l'oeil  a  voir  l'exécution  de  ces  choies,  je  recireray 
icy  ingenuemenr  comme  la  penléem'en  eft  venue 

Il  va  quelque  moi?  que  le  Sieur  Nanteiïilcy-deuant  nommé, 
&conneuapre  ent  de  diuerfesperfonnes ,  pour  vn  d^s  e*cel- 
lens  en  cette  profeffion  de  Graveure,&  notamment  pour  les 
pourtraits,  de  lapiufpartdefquels  il  fait  les  crayons  après  na- 
ture tres-excellemment  exécutez  &  rellemblans,  me  vint  voir 
pour  conférer  de  quelques  hacruures  qu  il  vouloit  aeternrner 
liir  vn  pourtrait  qu'il  deiiroitgrauer.  Or  encelujetluy  &  moy 
ne  cherchions  fur  l'heure  pour  ce  faire  rien  ,  que  iùiuant  L'idée 
&reouuenir  des  autres  beaux  Ouurages  de  telle  nature;  Mais 
à  l'inftant  la  penlëe  me  vintdelaraiion  des  coupes  en  la  per- 
fpectiue  ,  tant  deceilesparalelles  au  Tableau,  cjue  des  ombres 
ou  ombrages  que  font  les  diuers  corps  les  vns  fur  les  aurres 
expofez  au  Soleil  ;  Enfemble  de  la  ma  uere  icy  expliquée  de 
tracer  parle  moyen  delà  chandelle  &  filets  ,  dc%  lignes  fur  di- 
uerfes  furfaces  :  Ce  qui  nous  donna  lieu  de  tracer  auec  du 
crayon  fur  vneteftede  plaftre ,  des  lignes  paralelles  entr'elks, 
fuiuant  vne  coupe  ou  plan  déterminé  :  Et  davantage  à  moy 
pour  plus  facilement  voir  ces  chofes,  de  conceuoirdes  lignes 
ou  ombres  d'icelles  ,  tracées  fur  vne  telle  rtfte  expofée  au  So- 
leil, en  interpofant  entr'elle,  &  iceluy  comme  vne  forme  di 
raquette  treiiliiîée  de  fils  ou  cordes  ;  en  forte  &  de  telle  pofï- 
tion  qu'elles  fillènt  leur,  ombres  ou  ombrages  fur  ladite tefte 
d'vnfensconuenable  &  agréable  pour  icelle,  &  aulTi  pour  l'e- 
xécution ;  car  iHerencontreroit  des  corps  où  la  beauté  de  ces 
ombres  ne  fetiouueroit  point  à  l'oeil ,  pareille  en  vne  foi  te  de 
coupe  ou  pofition  qu'elle  feroir  en  vne  autre. 

Mais  comme  vne  Figure  eft.  bien  plus  propre  à  faire  con- 
ceuoir  ces  particularisez  qu'vn  Difcours  ;  La  Planche  ji  ,  cy- 
deuant  cirée,  vous  acheuera  le  refte.  Seulement  vous  diray- 
je,  qu'il  arriuc  vne  chofe  par  le  moyen  de  ces  ombres,  c'effc 
quelefdites  ficelles  ,  cordes  ou  filers  ,  ne  marquent  diftin&e- 
ment  leurfdnes  ombres  que  fur  les  parries  éclairées  de  l'objec 
fur  quoy  elles  vont  ,  &  qu'elles  fe  perdent  dans  les  grandes 
ombres  qui  font  fur  ledit  objet. 

Donc  le  refultat  en  gros  de  tout  cela ,  en  attendant  vne  plus 

E  iij 


ample  explication  pour  tous  les  diuers  corps ,  tant  en  parti- 
culier qu'en  gênerai  fi  Dkju  me  le  permet,  eft  de  vous  auer- 
tir  ,  qu'encore  que  l'on  conçoiue  vne  telle  telle  ou  figure 
coupée  par  des  plans  parel.ls  entr  eux,  les  lignes  qui  fe  mar- 
queroientfur  icelles  ne  paroiftroient  pas  paralelles  enrr 'elles, 
à  caulè  des  irregularirez  de  ladite  telle;  mais  il  ne  faut  paslaif- 
fer  pour  cela  demies  conceuoir  telles  qu'elles  fe  feroient  fur 
vn  corps  régulier  ,  comme  vne  boule  fjr  laquelle  de  telles 
coupes  paralelles  entr'clles  eftant  fanes ,  les  1  gués  qu'elles  fe- 
roient fur  lifuperficiede  ladite  boule  feroienc  pareillement  pa- 
ralelles  entr'elles  ;  Et  c'efl ce  qui  nous  arrefti  en  quelque  forte 
&  qui  retrancha  vne  partie  de  noftre  joye  :  Neantmoins  depuis 
nous  nous  fommes  confirmez  ,  tant  par  ce  que  nous  auons 
de  théorie  ,  que  par  les  expériences  de  la  pratique  ,  que  cette 
penféepeut  donner  de  grandes  lumières  à  vn  praticien  de  cet 
Art ,  pour  ladite  conduite  de  ces  hacheures  en  les  déterminant 
&  imaginant  ainfi  geometralement  fur  le  relief  ou  naturel; 
puis  les  conceuoir  &  tracer  fiV  la  Planche perfpe&iuemcnt  ou 
fur  telle  autre  furface  platte  où  vous  délirez  exécuter  de  telles 
chofes ,  comme  par  le  moyen  de  la  plume  ou  du  crayon. 

Mais  ce  qui  nous  toucha  le  plus  à  la  veue  de  telles  lignes, 
ainfi  paralellement  tracées  fur  cette  telle,  fut  la  confideration 
de  leur  perfpe&tue ,  d'autant  que  celles  qui  efloient  fur  les 
parties  plus  ou  moins  tournantes  ,  nous  apparoillbient  à  l'oeil 
plus  ou  moins  preflees  ;  ce  qui  faifoit  vn  tout  autre  effet  de 
rondeur  que  les  ouurages  qui  ne  font  pas  exécutez  de  la  forte: 
Et  à  vray  dire ,  je  croyquec'eft  le  vray  moyen  d'exprimer  ainfi 
par  hacheure  ou  traits  le  relief  defdits  objets  que  l'on  veut  re- 
prefenterparcét  Art  de  Graveure.  Et  dauantage  le  plus  court 
chemin  &  la  manière  plus  expeditiue  pour  bien  faire. 

le  me  fuis  douté  Se  plufieurs  auec  moy  ,àqui  j'ay  communi- 
qué mes  penfées  fur  ce  fujet,  qu'il  fe  pourroit  rencontrer  des 
efprits,quoy  que  mal  fondez, qui  diront  à  la  volée  que  plu- 
fieurs Graveurs  ,  anciens  &  modernes,  ont  exécuté  de  telles 
chofes,  d'autant  qu'il  ne  fe  peut  pas  que  d'vn  grand  nombre 
deflampesqui  fe  voyent  il  ne  s'y  en  trouue,  ou  fur  quelques  en- 
droits d'icelles  il  y  ait  quelque  chofe  de  fèmblable  :  Mais  je 
leur  fouftiendray  qu'ils  ne  me  fçauroient  feulement  montrer 
vne  telle  j  où  telles  hacheures  foient  conduites  d'vn  bout  à  au- 


/ 


39 
trc  de  la  forte  que  je  l'explique  icy ,  &  comme  ledit  Nanteiiil 
l'exécute  a  piefent. 

Et  mcfmequandctla  feroit  auffi  vray  qui  ne  l'eft  pas,  tou- 
jours ferois-je  le  premier  qui  auroit  commencé  d'en  don- 
ner au  public  la  pratique. 

Mais  comme  j'ay  dit ,  de  tout  le  différent  qui  pourroit  nai- 
ftre  fur  cecy  je  m'en  raporte  à  la  vérité  &  aux  Sçauans  en 
cet  Art,  &  en  celuy  de  la  1  ourtiaiiure  ,  qui  (ont  d'humeur 
à  diftinguer  charitablement  le  vray  d'auec  fon  contraire. 


f*I<  »î*  il*  *S*  *X*  !Î*  »I*  *I*  »î»  »î*  *X*  »I* 

#c*c*CN»e>jJe<>fcc#48, 


PREMIERS 


m 

Première    Planche  ou    Figvrh, 

CEtte  Planche  eft  diuifée  en  trois  parties  ,  fur  lefquelles  font 
reprefentées  les  pofuions  ou  fcituations  de  fix  Tableaux 
plats.  Dans  la  première  en  haut  vous  y  voyez  celuy  A  nom- 
mé Vertical.  Et  les  deux  B  C  nommez  horizontaux  ,  l'vn  com- 
me B  veu  de  bas  en  haut,&  celuy  C  de  haut  en  bas,  Par  l' Oeil  O. 

Dans  la  figure  ou  partie  du  milieu  ,  vous  y  auez  demefme 
vn  Tableau  plat  incliné  D ,  &  vn  en  plat  fonds  E ,  lefquels  fi 
l'on  veut  feront  a  l'Oeil  du  regardant  O.  la  fenfation  ou  vifion 
de  verticaux  comme  celuy  A. 

Puis  en  la  partie  d'embas  eft  reprefenté  vn  mur  ou  Tableau 
vertical  F,placé  de  biaisa  l'égard  du  regardant  O,  lequel  fi  on 
le  defire  aufli ,  pareftra  à  l'Oeil  de  fronr  airfi  que  le  treillis  ou 
carclageefleué  abcd  duquel  la  ligne  ou  cote  b  d  eft  jointe  pa- 
ralellement  au  cofté  dudit  Tableau  F. 

Ce  quife  doit  bien  remarquer  de  ces  fix  Cottes  de  Tableaux 
pour  tracer  deiTus  les  efchelles  de  front  &  fuyantes  &  tels  objets 
que  l'on  voudra  ,  eft  que  par  noftre  manière ,  &  félon  telle  di- 
ftance  &  eileuation  d'Oeil  propofceou  donnée,  cela  fe  peut 
faire  facilement  &promptement  furies  trois  d'en  haut  A  B  C» 
fans  qu'il  foit  befoin  de  faire  vn  petit  Tableau  modclle  ,  Se 
qu'il  n'y  a  aucune  différence  en  la  pratique  d'en  faire  vn  ver- 
tical ou  vn  horizonral  veu  de  bas  en  haut  ou  de  haut  en  bas. 
ainfi  que  celafe  peut  voir  dans  mon  premier  Liure  &  en  celuy- 
cy  aux  deux  Planches  zi ,  &  2$. 

Et  encote  que  par  noftre-dite  manière  l'on  peut  faire  la  mef- 
mechofè  furies  trois  derniers  Tableaux,  neanrmoins  à  caufe 
qu  ilfàudroit  comme  j'ay  dit  fbuuent ,  fcauoirvn  peu  plus  de 
Géométrie  pratique  que  la  plufpart  des  Peintres,  j'ay  creû  que 
pour  ces  Tableaux  plats  &  les  fuiuans  courbes  &irreguliers  ;  Il 
fèroit  à  propos  d'en  faciliter  la  manière  par  l'ayde  d'vn  petit 
Tableau  modelle,  &  d'autant  plus  que  cela  fe  fera  plus  prom- 
ptement  &aufliiufte  qu'autrement. 

Souuenez-vous  donc  que  pour  faire  quoy  que  ce  foit  fur  les 
Tableaux  plats  ,  verticaux  &  horizontaux ,  il  n'eft  point  ne- 
Ceflaire  d'auoir  de  Tableau  modelle ,  mais  bien  pour  ces  incli- 
nez de  biais  &  courbes,  comme  il  fera  dit  en  la  Planche  qui 
fuit, 


41 

Planche    2. 

VOus  voyez  reprefenté  en  perfpe&iue  au  haut  de  cette 
Planche  vne  forme  de  falle  ou  gallerie  en  voûte,  fur  la- 
quelle il  y  a  le  partagement  de  trois  Tableaux  ABC. 

Pour  celuy  A  jeluppole  qu'on  defire  qu'il  apparoilleà  l'Oeil 
du  regardant  a,  0  venica)  ou  à  plomb  pofc  fur  fon  pied  droicF 
ou  codé  F  deladitegaleiie  ,  ainfi  que  la  ligne  pointée  à  plomb 
F  G. 

Or  par  les  Planches  quifuiuent  vous  fçaurez  à  quoy  doiuent 
feruir  les  lignes  occultes  ou  pointées  qui  vont  des  diuifions  de 
ladite  pointée  à  plomb  F  G  à  l'œil  O,  couper  celle  c  f&c  que 
la  pointée  0  s  Y  doit  eftre  la  diftance  pour  faire  le  Tableau 
modelle,  &  femblablement  O/  la  diftance  pour  faire  le  treil- 
lis per'pcétif  iur  le  Tableau  voûté  A. 

Le  Tableau  B  eftant  deftiné  pour  paroiftre  à  l'Oeil  du  re- 
gardant plat  &  hori2ontal ,  il  oblige  a  faire  vn  petit  Tableau 
modelle  fuiuant  ia  diftance  /B  &  poiîtion  d'Oeil  B,  &  bien 
que  ce  treillis  de  feize  carrez luy  foit  appofé ,  ce  n'eft  que  pour 
donner  à  entendre  qu'ayant  fait  fur  le  Tableau  modelle  les 
objets  tels  que  l'on  voudroit  qu'ils  apparufient  à  l'Oeil  fur  la- 
dite voûte  ou  Tableau  horizontal  B,  &  en  fuite  vn  mefme 
nombre  de  petirs  treillis  ou  carrez  ,  qu'ayant  tendu  des  filets 
ou  ficelles  pour  faire  vn  tel  autre  treillis  de  16.  carrez  fur  ladite 
voûte  comme  il  fera  plus  amplement  expliqué  cy-apres,  puis 
en  fuite  mis  vne  chandelle  au  point/  Oeil  du  regardant  t f. 
Ces  filets  ou  ficelles  feront  par  leurs  ombres  vn  treillis  perfpe- 
dif,  ainfi  que  k  pourrez  plus  facilement  voir  au  bas  de  cette 
Planche  fur  la  voûre  M 

Pour  le  Tableau  C  ,  je  Uippofe  qu'ayant  pofé  le  regardant  ao 
au  lieu  delà  pointée  F  I,fe  (eroit  la  mefme  chofè. 

Vous  remarquerez  auffi  que  fi  on  vouloir  faire  la  reprefenta- 
tion  d'vn  Tableau  horizontal  tur  vne  voûte  irreguliere  ,  &  pour 
exemple  fur  vnedeCloifhe-  ou  enarreftecommeenbas  à  voffcre 
droicV  au  lieu  N,  ce  fera  toute  la  mefme  choie,  &  qu'il  faudra 
ainfi  faire  vn  Tableau  modelk  horizontal  fuiuant  fa  diftance 

Vous  allez  voir  en  la  Planche  qui  fuit  comme  il  n'y  a  aucune 
différence  de  tracer  les  efchelles  de  front  &  fuyantes  perfpe&i- 
ues ,  &  par  confequent  vn  treillis  fur  vn  Tableau  plat,  hori- 
zontal ou  en  plat  fonds,  que  fur  vn  vertical. 


fy   denfzcuft 


45 
Planche    j, 

L'Exemple  d'en  haut  de  cette  Planche,  vous  reprefènre  vn 
Tableau  plat  vertical  ou  pofé  à  plomb  furie  plan  d'affiet- 
te  x  g  h  i,  que  «oeil  l'eileuation  de  l'Oeil  lur  iceluv  aulli  à 
plomb;  Que  o  F  eftla-diftance  &  Flepoint  deveuc;  Etfinale- 
ment  que  g  h  eft  le  plan  d'alîiette  carelc  derrière  ledit  Ta- 
bleau g  d  b  c. 

De  mefme  en  la  figure  à'emhas^gdcb  eft  leTableau,0  la  pla- 
ce ou  poiïtion  de  l'Oeil ,  F  1?  point  de  veue  fur  iceluy  &  OF,la 
diftance  dudk  Oeil  O  a  ce  Tableau  ,  &  toute  la  différence  quM 
y  a  entre  ces  deux  Tableaux  n'eft  qu'en  la  poficion ,  &  qu'au 
lieu  qu'en  haut  le  regardant  a  o  eft  debout ,  embas  il  eft  cou- 
ché, &  fi  vous  tournez  ce  Liuie  de  forte  que  la  ligne  Eghs  foit 
le  bas  de  cette  Planche  comme  eft  à  prêtent  celle  E  V,  vous 
verrez  d'autant  plus  à  clair  cette  vérité. 

Donc  puis  qu'il  ne  s'agiit  icy  que  de  fçauoir  faire  vn  treillis 
ou  carrelage  perfpectif  fur  diuerfes  furfaces  ou  Tableauxplats 
ou  courbes:  le  dis  que  pour  en  venir  à  bout  fur  ceux  qui  (ont 
plats  de  quelques  lcituations  ou  polirions  qu'ils  l'oient  ,  le 
point  de  veuè'  fe  trouuant  furiceux;  lefdits  treillis  fe  pourront 
tracera  la  reigle  ou  au  filet,  ainfi  que  les  Tableaux  verticaux 
plats  comme  vous  verrez. 

Confiderez  donc  que  j'ay  entendu  que  le  Tableau gcdb  fi- 
gure d'embas  eft  placé  comme  vn  horizontal  ou  en  plat- fonds; 
Toutefois  je  ne  prétends  pas  pour  tracer  le  treillis  ou  carrela- 
ge reprefenté  au  plan  d'aiïiette  carelé  gh  ,  qu'il  y  ait  fur  ledit 
plan  ou  carrelage  aucun  objet  efleué  ainfi  que  vous  en  pour- 
rez delcouurir  la  raifon  cy-apres  à  moins  que  vous  ne  l'ayez 
fait  dés  à  prefent. 

En  la  Planche  qui  fuit  vous  allez  voir  vn  moyen  de  tracer 
fur  deux  Tableaux  verticaux  l'vn  fur  l'autre,  les  treillis  perlpe- 
ôifs  &  tels  objets  que  l'on  defirera. 


V   ii 


44 

Planche    4. 

VOus  voyez  en  cette  Planche  comme  à  voftre  gauche  la  re- 
prefentation  de  deux  Tableaux  plats  &  verticaux  ou  à 
plomb  l'vn  fur  l'autre  F  A ,  &  fur  iceux  les  mefmes  treillis  & 
objets  deflèignez  perfpectifs  félon  vne  mefme  diftance  F  O  ou 
fcituation  d'Oeil  O. 

Or  ce  qu'il  peut  y  auoir  de  différence  de  l'vn  à  l'autre,  eft 
qu'au  Tableau  de  deflous,  le  point  de  veuè*  F  le  trouue  dedans, 
&  par  confèquent  hors  de  celuy  d'en  haut ,  &  que  l'Oeil  du  re- 
gardant voit  le  treillis  ou  carrelage  de  celuy  d'embas  pardelfus 
&  vne  partie  des  objets  j  &  au  contraire  de  celuy  d'en  haut  il 
voit  le  tout  patdelfous,  &  ainfî  cette  elleuation  efl  caufe  qu'vnc 
partie  fuyante  defdits  objets  luy  elt  cachée  par  la  baze  et*. 

I'ay  mis  haut  à  voftre  droidfe  la  reprefentation  des  objets 
dudit  Tableau  d'en  haut ,  afin  que  vous  les  voyez  de  front  ainf; 
qu'il  eft  fuppofe  que  l'Oeil  O  du  regardant  les  voit. 

Maisfouuenez-vous  que  le  principal  fujet  qui  m'a  obligé  de 
reprefenter  ces  deux  Tableaux  &  fur  tout  celuy  d'en  haut,  eft 
pour  donner  à  entendrele  moyen  défaire  le  petit  Tableau  mo- 
delle,  pour  feruir  à  faire  que  Ljs  Tableaux  plats-fonds  inclinez 
&  courbes  paroiffent  à  l'Oeil,  verticaux,  horizontaux  ou  au- 
trement ,&  auffi  que  d'ordinaire  tels  Tableaux  font  haut  efle- 
uez. 

Par  ainfî  vous  voyez  qu'ayant  à  reprefenter  fur  vne  furface  platte 
vn  Tableau  ainfî  efleué  haut ,  il  ne  feroit  pas  befoin  fi  l'on  ne 
vouloit,  d'en  faire  vn  petit  modelle,  quoy  que  ce  point  de  veue 
F  fuft  dehors,  puis  qu'il  y  a  vn  moyen  de  le  trouuer  fans  en  for- 
tir,  dans  les  Planches  ;;,  74,  f  ;,  ?6  ,  de  mon  premier  traité  en 
casquel'onn'euftpas  déplace  pour  cefaire  ainfî  qu'en  ce  Ta- 
bleau d'en  haut. 

Mais  ce  qui  eft  à  natt  et  comme  j'ay  dit,  eft  qu'ayant  à  faire 
vn  Tableau  ainfi  efleué,  &  par  exemple  fur  vne  voûce  il  faudra 
pour  en  faire  le  petit  Tableau  modelle,  voir  combien  il  y  a  de 
pieds  depuis  l'œil  O  jufques  au  point  F,  ce  qui  fera  la  diftance, 
&  de  combien  ledit  point  de  veue  F  eft  efioignédela  baze  dudit 
Tableau  d'en  haut  e  u. 

Ec  d'autant  qu'il  y  a  encore  quelques  particularitez  à  dire  fur 
ce  fujet  les  trois  planches  fuiuantes  acheueront  le  refte ,  puis 
que  je  n'ay  pas  icy  grande  place  pour  en  dire  dauantage. 


4f 

Planche    y. 

CEtte  Planche  n'eft  faite  que  pour  vous  auertir  que  fi  en  lieu 
défaire  par  la  règle  effectiue  de  perfpedtiue  lur  les  petits 
Tableaux  modelles  ,  les  objets  comme  en  la  Planche  de  cy- 
deuant,vous  les  auiez  ainfi  de  relief  tels  que  vous  defirezles 
xeprefenter  (ur  vos  diuers  grands  Tableaux  ou  que  vous  les  eut- 
fiez  modelez;  Qu'il  ne  faudroit  faire  autre  choie  que  de  les 
placer  en  vn  lieu  elleué  proportionnellement  a  l'endroit  où 
vous  les  délirez  reprefentet  &  fuiuant  vne  meime  diftance  & 
efleuation  d'Oeil. 

Et  pour  exemple  fuppofez  que  vous  foyez  le  regardant  AO, 
&  que  vous  eftant  reculé  d'vne  diftance  conuenable  comme 
O  F  ,  en  forte  que  vous  ayez  moyen  d\mbraller  a'vne  leule 
Oeillade  la  hauteur  de  l'objet ,  depuis  F  lu  (q  ues  en  haut  vers  M, 
&  en  cette  pofition  que  vous  ayez  prêcheraient  delleigné  &  co- 
loré en  petit  ladite  figure  ou  objet  &  fes  dépendances. 

Cela  eftant  il  n'y  aura  qu'a  tracer  deifus  ce  petit  dellèin  ou 
Tableau  vn  treillis  ou  petit-pied  geometral,  fi  petit  que  vous 
voudrez,  ainfi  qu'il  fera  dit  derechef  en  la  Planche  quiiuit. 

Lors  vous  n'aurez  qu'à  déterminer  le  lieu  ou  la  lurfarce  fur 
laquelle  vous  délirerez  reprefenter  ce  qui  cil  fur  voftre  petit  def- 
fein  ou  Tableau  ,  foit  en  plat-fonds ,  incliné,  en  voûte  ou  au- 
ment  en  prennant  la  mefme  diftance  O  F  &  l'elleuation  de 
l'Oeil  A  O  ,  &  la  tranlporter  audit  lieu  proportionnelle- 
ment. 

Et  pout  m'expliquer  mieux  pour  le  commun  des  Ouuriers 
de  cette  proportionnalité ,  ie  dis  que  fi  vous  auez  delleigné  d 'a- 
pres  vn  objet  grand  comme  le  naturel  il  faut  prendre  &  rapor- 
ter  auditlieu  où  vous  délirez  trauailler  en  grand  ,  cette  diftan- 
ce O  F  de  la  mefme  grandeur. 

Et  fi  au  contraire  c'a  efté  après  vn  petit  objet ,  par  confe- 
quent  vous  deuez  auoir  pris  vne  petite  diftance  proportion- 
née :  de  me'me  vous  deuez  la  ragrandir  fuiuant  ledit  lieu  où 
vous  auez  a  trauailler. 

La  Planche  qui  fuit  eft  le  moyen  de  faire  ledit  Tableau 
modelle  &  l'on  treillis  deflus, 

F    iij 


Planche     6. 

VOus  voyez  icy  vn  petic  Tableau  modelle  compofé  de  fi- 
gures &  partie  d'Architecture,  dont  (à  baze  ou  fondamen- 
tale de  front  E  #  Veft  elleuée  au  deiliis  de  la  ligne  du  Plan  de 
l'Oeil  ZFX  autrement  horizontale  &  veu  de  n.  pieds  de  di- 
ftance  ainii  que  cela  fe  voit  par  les  u,  diudions  marquées  fur 
l'interuale  Z  G  ,  prife  à  la  volonté  fur  ladite  ligne  du  plan  de 
l'Oeil  Z  G  X  fuiuant  noftre  m.  me  pratique. 

I'ay  mis  furie  pieddroidt  H  E,  V  R.  les  deux  treillis  peripe- 
£tifs  &  leur  efchelles  fuyantes  coupées  »  Z  &  HZ,  pour  faire 
conuoiftre  que  l'on  peut  fe  feruir  de  l'vne  &  de  l'autre  pour 
faire  ledit  Tableau  modelle  eftant  la  melme  chofe,vous  deuez 
voiraufli  que  F  eft  le  point  de  veué 

Et  encecy  vousconlidererez  déplus,  qu'alors  que  l'on  dé- 
lirera faire  fur  quelque  futface  ou  Tableau  plat  fonds,  incliné 
ou  courbe,  régulier  ou  non,  vne  telle  repreténtation  que  Ton 
prétend  eltrele  naturel,  Il  faut  fe  contenter  de  ce  que  l'Oeil 
enpeutvoir,  car  chacun  fçaic  bien  que  d'autant  que  les  Plan- 
chers des  théâtres  fur  lefquels  les  Acteurs  font  pofez  en  repre- 
(èntant  leurs  Comédies  ,  feroient  efleuez  au  ddfliis  de  la  hau- 
teur de  l'Oeil  des  Spectateurs ,  d'autant  moins  verront-ils  en- 
tiers lelHits  A&eurs  ,&  de  plus  lors  qu'ils  (croient  reculez,  en- 
foncez ou  efloignez  de  la  baze  dudit  théâtre. 

Mais  comme  les  lieux  où  l'on  eft  obligé  de  reprefen-er  ces  di- 
uers  Tableaux,  ainfi  que  fur  les  voûtes  ou  autres  plats-fonds 
inclinez  ,  leurs  bazes  font  efleuées  plus  haut  que  ces  théâtres ,  il 
faut  iubirà  cette  fujection,  à  moins  que  fur  de  tels  Tableaux 
l'on  y  vouluft  représente!  des  bas  reliefs  ou  tels  autres  corps  & 
ornemens  qui  ne  demanderoient  point  de  iî  grands  efloigne- 
mens  fuyants. 

Etlurcefujetlapenféem'eft  venue  decequej'ay  dit  aux  dif- 
courscy-deuant,  que  l'on  peut  auflireprefenter  fur  de  telles  fur- 
faces  des  Tableaux  ordinaires  fans  confîderer  par  quelle  diftan- 
ce&  hauteur  d'Oeil  ils  ont  efté  faits  à  veue  d'oeil  ou  par  règle. 

Mais  reuenoiis  à  noftre  principal  bac  qui  eil  qu'ayant  fait  vn  tel  petit  Ta- 
bleau modelle  que  celuy-cy  ou  autrement,  il  faudra  faire  deflus  ,  vn  treil- 
lis ou  petit  pied  de  carrez  égaux  entr'eux  comme  les  pointées  que  vous  voyez 
deflus  iceluy,  Sç  aulfi  petits  que  vous  voudrez  ,  pour  plus  facilement  &c  iu- 
ilement  raporc cries  contours  de  vos  objets  qui  font  dans  iceluy  fur  vn  pa- 
reil nombre  de  treillis  perfpe&ifs  faits  fur  vne  voûte  ou  tel  autre  Tableau, 
ainù  que  vous  allez  voir  en  la  Planche  qui  fuit  ce  mefme  Tableau  modelle 
tranfpoircé  fur  vn  treillis  fuppofé  fait  fur  vne  voûte  cilindrique. 


Pcntr  tran/tigmer  /»<?/•   ~Re<j/e  ces  oviedu 
iSuf  Lwo.  Taoïeaiur  rnoàeU&r. 


Pour  raporier  àeu^ti^r  l'tie  Votite  Cihnàngue  A\r 
dhjectK.  fàt&r  xJtur  le  TaMeau.  moàe/le  oe  évacuant. 


Q. 


47 
Planche    7. 

A  Yant  fçeu  commeil  fera  dit  cy  après,  de  quelle  forte  l'on 
«oit  faire  le  ueillis  peripectif  fur  vn  Tableau  ou  furface 
irrtgulkre  ,  il  ne  refteroir  pus  qu'a  lçauoit  celuy  de  trouuer 
furleidits  treillis,  les  cndro&s  &  place  de  la  feituation  des  con- 
tours des  objets  par  proportion  a  ceux  dudit  Tableau  mo- 
delle. 

Ainfîpar  la  précédente  Planche  du  petit  modelle  treilliffé  de 
treillis  t'gaux  ,  &  par  celuy.  cy  en  voûte  treiliiflé  de  treillis  iné- 
gaux pointez  &  de  pareil  nombre  que  celuy  dudit  modelle. 
Vous,  jugez  &  voyez  bien  le  moyen  fans  que  je  m'en  expLque 
dauamage,  défaire  le  tout  par  conformité  &  proportion,  qui 
eft.  à  dire  de  placer  les  parties  defdits  objets ,  carrez  pour  carret 
Replace  pour  place. 

Et  comme  les  fix  pieds  de  front  qui  font  fur  les  pointées  de 
frontal,  cdjef,  g  h  ,i  k  ,  &  dauantages'ily  en  auoit  en  s'é- 
loignant  de  leur  fondamentale  ou  baze  E  V  deuiennent  plus 
petits  par  vne  proportion  expliquée  aux  Planches  izf,  116,  de 
mon  premier  Liure,  touchantla  diminution  delà  couleur  qui 
fe  trouue  fur  vne  telle  de  front  à  comparaifbn  &  par  propor- 
tion de  celle  qui  eft  fur  la  femblable  de  front  du  treillis  du  petit 
Tableau  modelle  de  cy-deuant  ,  foitde  fa  moitié  du  tiers,  du 
quart,  &  ainfidu  refte. 

Cat  il  eft  très  confiant  que  pour  faire  que  ce  qui  fera  defîèi- 
gné  &peintfur  vne  telle  voûte  ou  plat  fonds  qui  incline  ou 
s'auance  vers  l'Oeil  du  regardant,  Juy  paroifle  fe  redrelTer  à 
plomb  ou  verticalement  fur  Ion  pied  drolct  E  Q  ,  P  V,  il  faut 
queies  parties  de  i 'objet  qui  (ont  ainfî les  plus  auancées,  foient 
plus  petites  &  plus  follement  colorées  a  proportion  que  cel- 
les qui  font  fur  la  fondamentale  de  front  EV. 

Et  d'autant  que  faifanr  les  treillis  ou  carrez  grands  fur  ledit 
mocelle,  ils  le  leroienr  d'autant  ph:<lur  le  grard  Tableau  na- 
turel .  &  qi't-fur  vif  voure  il  feroit  difficile  or  bien  tiouucrpre- 
ofement  Us  contours  de<  cb]cis  ;  ie  donne  cér  auis  de  faire 
lefdits  treillis  lts  plue  petit  que  l'on  rrovaera  a  propos  pour 
par  ce  moyen  rendre  le  tout  plus  correct  ou  plus  jufte. 


Planche    8. 

QVoy  que  dans  mon  premier  Traité  vous  ayez  veu  ou  po'u- 
uez  voir  le  moyen  de  couper  1  efchelle  fuyante  ,  &  en  fuite 
faire  vn  treillis  perfpeébf  fur  vn  Tableau  plat  vertical,  ie  ne  lai- 
ray  pas  icy  (  &  pour  caufe  )  de  le  réitérer. 

CeTablçaug  c  d  b  eft  ainfi  que  j'ay  dit,  fuppofé  eftre  plat 
&  ces  quatre  angles  droicts  ou  à  l'équierre,laligiieduplande 
l'Oeil  Z  C  F  X  autrement  herizontaleelleiiée  audeflus  de  la 
bazedudit  Tableau  g  e  c  de  trois  pieds  &  demy  ,  &  la  diftance 
de  l'Oeil  du  regardant  de  fix  ;  I'ay  reprefenté  ledit  regardant  aflls 
&vn  peu  plus  petit  qu'il  ne  deuroit,  afin  qu'il  ne  cachaft  point 
vue  partie  du  Tableau,  &  aufïï  pour  mieux  voir  ladite  diftan- 
ce OF. 

Remarquez  donc  quepour  tracet  ou  couperperfpecliuement 
ladite  elchelle  fuyante,  dequelnombtedepieds  ou  telle  mefu- 
re  que  vous  voudrez  par  noftre  manière  vniuerlêlle;  Vousn'a- 
uez  qu'à  ouurir  voftre  compas  de  telle  ouuerture  que  voudrez 
&  porter  cette  mefme  grandeur  en  tel  endroit  qu'il  vous  plaira 
fur  la  ligne  du  plan  de  l'Oeil  ZFX,  &  pat  exemple  du  point 
Z  autant  de  fois  que  ladite  diftance  contient  de  pieds  comme 
de  Zen  C, puis  transporter  encore  vne  fois  cette  mefme  ouuer-» 
ture  de  compas  ou  l'vne  de  ces  fix  grandeurs  fur  la  baze  g ec 
comme  de  £en»,  &duditpoint»àceluy  Z  mener  la  pointée» 
Z,  &  en  fuite  tirer  vneautte  pointée  du  point  £  au  point  c  der- 
nière de  ces  fix  diuifions  ,  &  où  elle  coupera  la  pointée  »  Z  me- 
na la  defront  o  p  patalelle  à  fa.  fondamentale  gec,  puis  du 
point  r  vne  autre  droite  i  q  c  qui  coupera  encore  ladite  pointée 
n  Z  au  point  q.  &  par  le  point  i  mener  vne  autre  defront  t  q  y 
&  ainfi  faire  la  mefine  chofe  pour  3/8C  autres  de  front  fuiuant 
que  vous  en  aurez  de  befoin. 

Vous  allez  voir  fur  la  Planche  qui  fuit  que  le  moyen  de  faire 
vn  tel  treillis  perfpeclif  fur  vn  Tableau  plat-fonds  que  l'on 
defire  qu'il  paroiile  à  l'Oeil  du  regardant  vertical  ou  a  plomb 
fur  l'horifon  eft  le  mefme  que  de  celuy-cy. 

En  la  Planche  fuiuanre  eft  reprefenté  que  la  manière  défaire 
ces  efchelles  de  front  &  fuyantes  fur  vn  Tableau  plat  &  incliné 
vers  l'Oeil  du  regardant, eft  ainfi  que  celle- cy. 

Plan- 


Pour  fairr  /Ec/ie/U  fuyante'  ci  TrcitJto- 
Per\rf'cctrf^Kfiir  vn  ThMeau  p/cit  ri  rttliait 


Planche    9.  49 

SVr  cette  Planche  il  vous  eft  reprefenté  en  perfpediue  la 
forme  &ponion  d'vne  petite  chambre  ,  galerie  ou  cabinet 
&  par  ainfi  le  plan  d'afliette  N  M  R  V  ,  où  eft  feitué  le  regardant 
A  O  puis  les  deux  murs  ou  collez  &  le  fonds  ou  pied  droict  V 
Cg  M,  &  finalement  (on  plancher  ou  plat  fonds  £cd&,  fur  lequel 
piat- fonds  il  elt  fuppofé  qu'on  vueille  reprefenter  cette  feneftre 
ou  porte  en  arcade  que  j'ay  fuppofée  eftre  efleuée  a  plomb  fur 
ladefront£  e  c  ou  bazedudit  Tableau  plat-fonds  gcdb  derriè- 
re luy. 

Ayant  donc  deflèin  de  faire  vn  treillis  perfpectif  fur  vn  tel 
Tableau  plat  fonds  afin  qu'il  fatle  l'efrect  que  j'ay  dit. 

Il  faut  tout  premièrement  déterminer  le  lieu  d'où  on  Veut 
regarder  ladite  furface,  autrement  la  pofition  ou  lcituation  de 
l'Oeil  ,  puisladiftance,  &  pour  ce  faire  .uppolez  que  la  figure 
A  O  foit  àplombiurlepland'afïïettcou  plancher  NMRV. 

Puis  ayant  efleué  du  point  de  l'Oeil  O  vne  ligne  à  plomb  O 
e  f  tant  qu'elle  rencontre  ledit  plat  tonds  ou  Tableau  gcdb 
comme  au  point  ^"&dudit  point  /mener  vne  droite  de  fiont  Z 
f  X  paraleîle  a  la  de  front  ou  baie  g  e  c. 

Lors  il  faudra  mefurer  combien  ladite  ligne  O /contient  de 
pieds  ,  alors  par  ce  moyen  vous  ferez  l'efchelle  fuyante  comme 
il  a  efté  expliqué  en  la  Planche  précédente  &  comme  vous  la 
voyez  tracée  au  cofré  duditplat  fonds  comme  au  triangle  g  C 
Z  &cg  n  Z  &  les  fix  parties  delà  diftance  contenue  dans  l'inter- 
uale  Z  C ,  &  des  autres  droites  pointées  qui  vont  au  point  C. 

Celaeftantfaic  il  ne  vous  refteia  qu'a  mener  les  defront  par 
les  diuifions  perfpectiues  fuyantes  ,  paralelles  a  leur  de  front 
fondamenrale  gec,  &  par  les  pieds  ou  diuifions  de  cette  de 
front  gec  mener  des  fuyantes  au  point  de  veuè'/",  &  par  ce 
moyen  vous  aurez  fait  voftre  treillis  ou  carrelage  perlpecïif  fur 
lequel  vous  pouuez  defléigner  quelle  figure  ou  hiftoire  que 
voudrez  fuiuant  &  conformément  au  petit  Tableau  modelle 
fait  pour  cela. 

l'ay  placé  furie  treillis  dudit  Tableau  plat- fonds  à  peu  près 
la  forme  de  ladite  porte  ou  feneftre  fuiuant  le  treillis  geome- 
tral  pointé  ,  afin  de  donner  à  entendre  qu'eftant  faite  de  la  for- 
te !ur  ledit  plat-fonds  elle  y  doitpareftre  à  l'Oeil  du  regardant 
de  la  mefme  façon  que  celle  tracée  fur  le  treillis  geometraî 
pointé. 

G 


D 


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Pour  couper  perwpectuierrwnt  par  l&r  profit?. 
î&r  ExscneU&s  juifani&r  xSur  àtuenr  Tableaux 


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Planche    ii.  ;i 

PAr  ce  qui  eft  reprefente  en  cette  Planche  vous  deuez  voir 
que  la  ligne  A  B  reprefente  le  profil  d'vn  plan  d'afliette  du 
Tableau  vertical  E/  M,  lequel  Tableau  eft  perpendiculaire  au- 
dicplan.  Celuy  C  G  d'vn  en  plat  ronds.  Celuy  C  H  d'vn  incliné 
&  plat ,  &  celuy  C  N  I  d'vn  en  courbure  ou  voûte  cylindrique; 
Et  finalement  la  ligne  courbée  CKL  reprefente  vn  Tableau 
dont  la  iurface  eft  courbée  irrégulièrement  comme  vn  rocher, 
&  de  plus  que  la  ligne  C  D  laquelle  eft  diuifée  en  fept  parties 
égales  eft  en  cette  rencontre  le  profil  du  plan  d'afliette  des 
profils deldits Tableaux  CG,  CH,  CNI,  &  CKL. 

Mon  intention  eftque  O  point  de  l'Oeil  du  regardant  AO 
&  tous  ces  profils  de  Tableaux  &  de  plans  d'amette  ,  enlêmble 
toutes  ces  lignes  pointées  qui  vont  des  diuifions  defdits  plans 
aboutir  audit  Oeil  O  en  vnmeimepoint  &  la  pointée  O  G  H  I  L 
doiuent  eftre  entendues  ou  conceué's  dans  vn  melme  plan  ou 
coupe. 

De  plus  que  les  coupes  ou  interfe&ions  que  font  cefdites 
fuyantes  pointées  fur  ces  diuers  profils  de  Tableaux  font  les 
points  perfpe&tfs  que  l'on  defire  trouuer  lur  iceux  félon  le 
rayonnement  delaveue  &  leurs  (cituations. 

De  forte  que  fi  onpouuoitauoir  vnc  furfaceplatteauffi  gran- 
de  que  le  lieu  où  on  eft  obligé  de  trauailler  &  enauoirles  gran- 
deurs des  profils  précis  on  pourroit  fur  icelle  tracer  par  ce 
moyen  les  elchelles  fuyantes  pour  puis  après  les  raporter  fur  le 
Tableau,  ainii  que  j'efpere  faire  voir  en  (on  lieu. 

Et  faut  bien  noter  que  comme  la  ligne  Of  F  profil  du  plan  de 
l'Oeil eftparalelleàfonplan  d'afliette  BEA  dernefmeO  G  H  I 
L  le  doit  eftre  au  plan  d  aflîette  C  û  &  que  la  diftance  de  l'Oeil 
O  au  Tableau  C  GeftO  Gdemeûneàceluy  C  H,  CNI,  CKL. 
la  diftance  eft  OH,  O  I,  O  L  &  auflî  O  /eft  la  diftance  de 
l'Oeil  au  Tableau  vertical  E/M&  A  O  fon  elleuation  para- 
lelle  audit  Tableau  E/M. 

le  diray  pour  ceux  qui  ne  font  pas  beaucoup  verfez  à 
réduire  proportionnellement  que  n'ayant  pas  vn  lieu  afiez 
grand  pour  faire  ce  que  deflus  en  diminuant  toutes  ces  lignes 
ou  grandeurs  de  la  moitié  ,  il  leur  fuffirad'vn  lieu  plus  petit  de 
moitié, &  alors  qu'ils  voudront  tranfporter  l'eichelle  fuyante 
fur  fon  lieu  natutelil  n'y  auroitqu'ày  mettre  deilusdeux  par- 
ties ou  pieds  fuyants  perfpectifs  pour  vn. 

G   ij 


fi  Planche    il. 

POur  derechef  faire  voir  qu'encore  qu'vn  Tableau  foir  fcL 
tué  d'vne  autre  façon  deuant  l'Oeil  du  regardant  que  le 
vertical  dont  nous  auons  parlé  ,  il  ne  faut  ainli  qu'il  a  elfe  dit 
qu'à  bien  entendre  ou  comprendre  ce  que  l'on  lait  &  la  raifon 
pourquoy  ,  aufli-toft  l'efprit  &  l'imagination  découure  que  la 
différence  eft  ii  peu  de  chofe  que  cela  ne  mérite  pas  le  parler  ou 
du  moins  d'en  faire  diftmclion. 

Pour  exemple  coniiderez  encore  cette  Planche  en  tournant 
ce  Liure  ainiî  que  vous  auez  fait  cy  deuant  pour  ia  troifiefme 
Plâche,  de  forte  que  la  ligne  a  plomb  K^  L  vousfok  vne  de  front 
vous  remarquerez  aulli-toft  a  la  veue*  que  la  ligne  FOy  re- 
prefente  la  hauteur  du  regardant  dont  O  eft  l'Oeil,  laquelle 
F  O&auflile  Ta.hleau.gcdb  font  icy  perpendiculaires  au  pian 
d'affiette  KLMM  qu'vne  partie  dudit  plan  d'aflïecte  fuppolé 
derierele  Tableau  eft  carrelé  de  9  carrez  fuyants  &  de  6  de  front 
égaux  à  ceux  delà  baze  du  Tableau^  ec ,  &  de  plus  que  l'inter- 
uale  du  point  O  Oeil  dudit  regardant  au  point  de  veue  /eft  la 
diftance,dont  s'enfuit  que  la  ligne  fuyante  ef  du  Tableau  fe 
peut  diuiùrr  ou  couper  per.'peétiuement  fuiuant  le  moyen  pré- 
cèdent fi  l'on  tire  des  lignes  parles  diuilïons  1,2, 5,  4,  ;,  6,&c. 
qui  font  fur  la  geometrale  e  4  H  au  point  de  veue  O  comme  de 
celle  3«  Oqui  coupe  la  fuyante  e  /au  point». 

De  lotte  qu'ayant  cette  fuyante c/amiî  diuifée  au  Tableau 
l'on  n'a  pius  qu'a  mener  par  ces  diuilïons  des  droiétes  paralelles 
entr'elles  Se  à  leur  de  front  fondamentale^ec,  comme  celles  p 
q,  rs,tu,  &  autres;  Et  en  fuite  des  diuilïons  qui  font  fur  la- 
dite de  front  g  e  c  mener  des  droittes  fuyantes  au  point  de 
veue/ par  ainfi  vous  aurez  fait  fur  ce  Tableau  les  carrez  ou  treil- 
lis perlpeelrif.  des  geometraux  qui  font  furie  pland'ailïette. 
Apres  cecy  entendu  en  remettant  voftre  Liure  deuant  vos  yeux  à 
voftre  ordinaire,  enlbrtequeladroicte  P  Q^foit  voftre  de  Iront 
vous  ne  trouuerez  autre  différence  quoy  que  ledit  Tableau  ioit 
fuppofé  plat  tond;  linon  que  A  eft  en  cette  poiïrion  les  pieds 
du  regardant  A  O  polèz  fur  vn  autre  plan  d'affiette  ou  plancher 
&  que  la  hauteur  du  regardant  eft  moindre  que  celle  F  O  que 
voyez  cy  deuant,  &  que  l'Oeil  O  n'a  point  changé  de  polïuon 
&que  O  F  eftlad.ftance  pour  faire  le  pecic  Tableau  modelle  & 
F  ion  point  de  veue. 


g 


I  î\  P&rcotiper  par  profit  pour  vn  Tabtcaii  b 

.     \  plat  etjru/im'tafùyarTte  ef. 


Planche    i(.  J5 

Ar  cette  Planche  vous  verrez  qu'il  n'y  aucune  différence  de 
tracer  fur  vn  Tableau  plat  incliné  les  efchelles  de  front  & 
fuvantes  que  lur  les  précédents. 

Iectoydonc  fans  le  vous  dire  dauantageque  par  la  veuëdes 
exemples  cy-deuant  &  des  iettres  qui  leur  ietuent  de  cottes 
vous  pouuez  reconnoiftre  icy  la  forme  3c  feituation  du  Ta- 
bl.au  ,  Se  vue  bonne  partie  des  autres  particuiantez. 

Toutefois  pour  vn  plus  grand  éclaircillèment  je  vous  diray 
encore  qu'icy  ia  ligne  F  e  Hcft  perpendiculaire  à  celle  A  B,  que 
la  portion  e  H  ciiuifée  en  13.  parties  égales  eft  le  profil  du  carre- 
lageouobjjtoucommej'ay  dit  du  piand'ailictte  ,  que  la  ligne 
pointée  O/iuy  eft  paralelle,  que  l'interuale  du  point  O  au  point 
f  ceft.  la  diftancede  l'Oeil  du  regardant  audit  Tableau  &  A  O 
l'elkuation  dudit  Oeil  à  plomb  fur  la  ligne  A  B.  Et  de  plus 
qu'en  tournant  encore  voftre  Liure  comme  cy-deuant ,  de  lot- 
te que  la  ligne  B  Y  e  H  ou  celle  N  g  13.  vousfoit  de  front,  &  que 
la  pointée  F  O  Ibit  le  regardant  Se  l'interuale  e  H  le  plan  d'ail 
iiette  &  O/ia ligne  du  plan  de  l'Oeil,  toute  la  différence  qu'il 
yauroiteit  en  l'inclination  du  Tableau  Se  en  la  dation  &  clle- 
uation  de  l'oeil  du  regardant  A  O. 

Souuenez-vousquelesdeux  Planches  qui  précèdent  celles- 
cy  &  celle  qui  fuit  n'ont  efté  mifes  à  autre  dellein  que  pour 
vous  faire  connoiftre  que  l'on  peut  couper  l'efchelle  fuyante 
par  le  moyen  des  profils  en  fubftituant  toufiours  derrière  le  Ta- 
bleau commeen  cette  Planchela  droidFe  verticale  ou  à  plomb 
e  H  diuilée  d'vn  pareil  nombre  de  parties  égales  que  vous 
auez  de  treillis  ou  carrez  faits  fur  voftre  petit  Tableau  modelle 
&desdiuifions  de  cette  pointée  à  plomb  mener  des  lignes  au 
point  de  l'Oeil  du  regardant  &  par  ainfi  elles  couperont  la  ligne 
ef  qui  elt  dans  vnmeime  pian  que  toutes  ces  autres  &  icy  per- 
pendiculaire a  la  conduite  de  front  ou  baze  du  Tableau  gec. 
La  Planche  qui  fuit  eft  la  représentation  d'vn  treillis  peifpe- 
ctlf  fîiit  fur  vue  voûte  cylindrique  &  en  fuite  d'elle  vous  verrez 
commelors  que  le  point  de  veue  nefe  trouue  point  dans  l'en- 
clos d'iceux  ny  fur  vn  mefme  plan,  il  faut  auoir  recouts  pour 
y  tracer  ledit  carrelage  ou  treillis  à  Yii  autre  moyen,  neaatmoins 
très-facile  comme  vous  verrez. 

G    iii 


J4  PlANCHB     14. 

LA  differance  de  tracer  ce  treillisperlpec'tif  fur  cette  furfaee 
ou  Tableau  d'auec  ceux  de  cy-deuantn'eit  autre  finon  que 
laformedecetuy-cy  eft  courbe  en  va  fens,  &piat  en  vn  autre. 

Les  lignes  qui  font  menées  par  les  diuifions  de  la  baze  du 
Tableau  ou  fondamentale  de  front^e  c  au  point  de  veue  /nom- 
mées fuyantes  doiuent  luiure  la  courbure  de  ladire  voûte  & 
par  conlequent  cela  ne  le  peut  faire  à  la  reigle  mais  bien  les  de 
front  p  q,r  Sytu  &fuiuantes. 

Il  le  peut  rencontrer  diuerfes  fortes  de  furfaces  courbes  ou 
autrement  où  la  mefme  chofe  ne  fe  peut  faire  à  caufe  de  leurs 
irregulantez,  c'eftpourquoy  il  faut  recourir  à  vn  moyen  vni- 
uerièl  duquel  ie  peu  que  je  diray  icy  pourra  donner  vilée  aux 
intelligens  pour  les  autres  rencontres  en  attendant  le  lieu  cy- 
apresoùle  tout  iera  expliqué  plus  amplement. 

Voulant  donc  tracer  par  le  moyen  des  trois  Planches  de  cy- 
deuant  vne  elchelle  fuyante  fur  vne  voûte  de  la  forme  de  celle-cy . 

Confiderez  premièrement  le  profil  de  cetee  petite  figure 
deuxielme  quiparoiit  comme  efloignée  perfpedriuement  a  la 
grande ,  afin  de  ne  la  point  tant  embrouiller  de  lignes  jpuis  figu- 
rez-vous qu'ayant  vne  furfaee  ou  lieu  plat  de  grandeur  fuffi- 
fante  a  y  tracer  en  grand  le  profil  e  rf  d'vne  partie  de  la  voûte 
&  de  fon  pied  droicl  comme/»,  &  en  fuite  la  feituation  de 
l'Oeil  O  du  regardant  en  fuite  que  vous  euiîîez  efleué  vne  ligne 
e  h  à  plomb  fumant  ledit  pied  droict  b  e  &  qu'elle  fuit  diuilée  en 
autant  de  parties  égales  que  vous  auriez  de  treillis  ou  carreaux 
fuyansàreprefènter  fur  ladite  voûte  en  menant  de  toutes  fes  di- 
uifions des  droictes  au  point  de  l'Oeil  O  elles  auroient  coupé 
ou  diuifé  le  profil  efàt  ladite  voûte  perfpectiuement,  lefquelles 
parties  transportées  ainfi  fur  ledit  profil  où  vous  deuez  trauail- 
ler  il  n'y  auroit  plus  qu'à  mener  par  ces  diuifions  des  de  front 
paralelles  à  voftre  baze  du  Tableau ,  ce  qu'eftant  fait. 

Il  faudra  y  tracer  les  fuyantes  comme  g  m  n  f,  il^l  f  &  autres 
defquelles  n'efc  befoin  d'y  en  tracer  que  deux  pour  faire  en  fuite 
toutes  les  autres. 

Ayant  donc  attaché  au  point  de  veue  /  &  aux  deux  diuifions  g  i 
de  la  baze  du  Tableau  £  eedeux  ficelles  chacune  en  ligne  droites 
commeg  /"&î/lors  ayant  mislalumiere  d'vne  chandelle,  lam- 
pe ou  flambeau  au  point  de  l'Oeil  O  ou  en  vn  quelconque  en- 
droit fur  la  ligne  à  plomb  O/  les  deux  ficelles  vous  donneront 
leurs  ombres  fur  ladite  voûte  comme  gmnf&ihlf.  La  Plan- 
che qui  fuit  acheuera  le  refte. 


Planche    ïj.  jf 

PAr  cette  Planche  je  fuppofe  que  vous  ayez  coupé  le  profil  £ 
L  M ,  de  cette  voûte  ou  la  fuyante  exf  par  le  moyen  cy- 
deuant  die  es  Planches  11,  iz,  15, 14  ,  &  par  conlequent  mené  à 
la  règle  ou  tringle  au  filet  ou  cordeau  blanchypar  les  diuifîons 
des  droictes  de  front  f  q,r  s  ,t  u  ,  &  autres  paralelles  à  la  fonda- 
mentale de  front  gee. 

Vous  n'aurez  plus  ayant  voftre  de  front  ou  baze  du  Tableau 
gec  diuiféeenvn  pareil  nombre  de  pieds  ou  parties  qu'aurez 
voulu  toutefois  égaux  ou  de  mefme  grandeur  que  ceux  qui  ont 
feruy  à  couper  perfpe&iuement  le  profil  de  ladite  voûte  qu'à 
mener  par  ces  diuifîons  des  fuyantes  au  point  de  veuè'/. 

Pour  cet  effet  attachez  ainfî  quedeuant  deux  ficelles  ou  telle 
autre  chofe  qui  ne  foit  fujette  à  Ce  deftendre  ou  lafeher  du 
moins  de  quelque  temps  à  deux  de  ces  diuifîons  comme  g  fyif 
bien  tendues  en  lignes  droidtes,  puis  mettant  vne  chandelle  ou 
lampe  allumée  en  vn  quelconqueendroidr  de  la  ligne  pointée  à 
plomb  oef  lefdites  deux  ficelles gf,  f'/ferontles  deux  ombres 
ou  fuyantes  couibes  gprtf  &  ill>  /que  vous  tracerez  ainfi  fur 
ladite  voûte  precifement  comme  il  a  efté  dit  cy-deuant. 

Auti  ement  comme  à  voftte  droicte  ayant  ainfï  attaché  enco- 
re deux  autres  ficelles  /»/»/,&  d'autres  precifement  en  vn 
quelconque  lieu  fur  la  ligne  pointée  ou  ficelle  à  plomb  0  e  f  & 
continuans  lefdits  filets  comme  ceux  Oz,  03,#.f,Oj,v£& 
autres  tant  qu'ils  aillent  toucher  ladite  voûte  &  bailer  en  mef- 
me temps  lefdites  ficelles  fuyantes  fans  qu'aucune  d'elles  per- 
dent leurs  lignes  droi&es,  vous  marquerez  par  ce  moyen  tant  de 
points  que  voudrez  fur  ladite  voûte,  &  par  ces  points  vous  y 
mènerez  des  lignes  fuyantes  courbes  adoucies. 

La  mefme  chofe  fe  peut  faire  aurti  en  mirant  ou  borneyant 
toufiours  dans  ce  mefme  plan  Oj  e  xfn  àmefurequ'vne  autre 
perfonnetafte  auecvnbafton  les  endroitts  que  lefdites  ficelles 
fuyantes  couurent  de  ladite  voûte  à  voftre  Oeil  O. 

Et  pour  mener  les  autres  fuyantes  fur  vne  telle  fu  rface  comme 
celles  6, 7,  8,9,&autres,iln'yaqu'à  prendre  les  pieds  de  front 
contenus  dans  l'vnoul'autre  de  ces  triangles  ou  fuyantes  cour- 
bes &  les  mettre  autant  de  fois  que  vous  en  aurez  befoin  fur 
chacune  de  front  de  fon  alignement  ainfi  qu'aux  de  front^  i,à 
i,  6  , p  l,  à ,  1 7,  r  u  à  u  8,  t  \  à  ^  9,  &  ainfi  des  autres  ,&  par  ces 

diuifîons  6,7,8,9,  mener  vne  fuyante  adoucie  67  8/,  &:  par  ainfi  voftre 
treillis  perfpe&if  fera  fait  &C  preft  à  y  defleigner  deitus  les  objets  du  petit  Ta- 
bleau modelle  fuiuant  fon  petit  treillis  geometial  ou  e'gal. 


$4  Planche    i5. 

Vfques  à  prefent  nous  n'auons  tracé  aucune  efchelle  de  front 

&  fuyante  que  fur  des  Tableaux  où  le  point  de  veué'/ne  fuft 
dans  le  Tableau  àlareferuede  la  Pianche  précédente,  où  ayant 
fuppofé  l'efchelle  fuyante  coupée  par  le  moyen  des  profils  du 
plan  d'affiette  &  d'vne  fuyante ,  j'ay  donné  celuy  de  tracer  les  de 
iront  &  fuyante  fur  ladite  voûte. 

Mais  maintenant  il  s'agit  de  fçauoir  encore  couper  lefdites 
fuyantes  pat  noftre  manière  vniuerfèlle  pour  en  fuite  &  enlem- 
ble  les  de  front,  les  tracer  iur  toutes  fortes  de  lurfaces  où  ledit 
point  de  veuë/ne  les  rencontre  ou  ne  s'y  trouue  point  ainfi 
qu'en  cette  Planche  où  ce  point  de  veue/ne  s'eft  point  trouué 
dans  le  Tableau  incliné  gc  d  b. 

Ainfi  ayant  à  tracer  fur  vn  rel  Tableau  le  treillis  perfpeclif  dont 
eft  queftion  &  déterminé  le  lieu  du  regardant  ÂO  puis  efleué 
dupointO  vneligue  verticale  ou  aplomb  tant  qu'elle  rencon- 
tre vn  quelconque  corps  ou  furface  qui  larrefte,  lors  ce  point 
de  rencontre  y  fera  celuy  de  veué  pour  faire  ce  grand  treillis 
perfpe&if&  la  pointée  O  /Tadiftance. 

Orpourlepecit  Tableau  modelle,  F  eft  ^on  point  deveuë& 
OF  fa  difhnce,  &c'eft  dont  il  Te  faut  fouuenir  afin  de  nepren- 
dre  l'vn  pour  l'autre. 

Cela  cftant  vous  conceurezque  s'il  y  auoit  trois  ficelles  ten- 
dues chacune  en  ligne  droite  du  point  de  veué  f  aux  deux  ex- 
tremitez  ,  &  au  milieu  delà  baze  du  Tableau  comme  les  droi- 
tes gf,  ef  cf,  &  que  vous  e  u  fll .  z  mis  comm/  '1  a  efté  expliqué 
es  Planches  14,  &  ij-,  vue  chandellcen  vn  quelconque  endroits 
delà  diftanec  O  /ou  par  le  borneyementou  filets,  vous  auriez 
tracé (ur  ledit  Tableau  incliné  les  fuyantes  pointées  grf,  emf, 

Et  de  plus  fi  vous  auiez  eu  les  9,  diuifions  de  l'efchelle  fuyante 
marquées  fur  la  ficelle  ef  vous  y  auriez  auffi  trouué  fur  la  poin- 
tée e  m  parce  m  -fine  moyen  leur  place  perlpecliue  comme  il 
fera  dit  en  la  Planche  qui  fuit. 

Vous  içaurez  auffi  que  pour  auoir  de  telles  lignes  fuyantes 
g  r  f  furvn  Tableau  pla*  il  ne  faut  qu'y  trouucrvn  point  com- 
me u  par  le  moyen  du  filet  Ou  qui  raze  le  filet  gf  Se  par  les 
points  g  h  mener  la  droidte  gttr.  qui  repond  à  la  ficelle  gf& 
ainfi  des  autres, 

Planche 


v6 

u-  tniirit  <\-  iv//?  fn.'^v  tsvu/u '.poimt 
Airi.r  A'  n£//i  ?u  7à/>fi\ue  . 

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J^^ 

''•'--•----•J3 

\ 

—  -"         A 

Planche    if.  fr 

VOus  deuez  connoiftre  que  ce  qui  eft  tracé  en  la  figure  d'cn- 
hautde  cette  Planchen'cftquelamefmcdecy-deuantà  la 
referue  que  j'y  ay  ajoufté  vn  profil  perfpe&if  d'vne  \outegp  b  ^ 
&  ekd  x  derrière  le  Tableau  plat  incliné  gcd  bfSc  que  pour  la 
petiteife  de  la  Planche  j'en  retranche  icy  la  hauteur  du  regardant 
O&aufTi  deux  ficelles  puis  qu'il  iuffit  d'?ne  à  prefent  qui  eft  ef 
que  jefuppofeicy  bien  tendue  en  ligne  droite  &  perpendicu- 
laire à  la  baze  du  Tableau  ge  c  &  fermement  attachée  aux  points 
e&cf. 

Cela  eftant  il  faudra  s'eftre  pourueu  d'vn  lieu  plat  &  vny  de 
grandeur  à  contenir  l'interuale  de  cette  ligne  ou  ficelle*  fi 
moins  quel'onnevouluft  la  réduire  en  petit  proportionnelle- 
ment ,  auquel  cas  il  faut  eftre  d'autant  plus  exaâ:  en  l'opération. 

Donc  pour  couper  certe  grandeur  ouinteruale  e  f  fur  ce  lieu 
plat  comme  en  cette  Planche  figure  d'embas, 

Menez  à  la  règle  vne  droicte  E  V,  &  fur  icelle  en  tel  endroict 
que  voudrez  vne  autre  droifte  F  C  qui  luy  foit  perpendiculaire 
puis  tranfporrez  fur  cette  F  C  l'interuale  ou  grandeur  au  jufte 
de  la  ficelle  ef  comme  de  F  en  C  ,&  par  ce  point  C  menez  la 
ligne  Z  C  X  paralelleà  E  V,  cela  fait  voyez  ou  contez  en  haut 
combien  il  y  a  de  pieds  ou  parties  fur  la  ligne  pointée  O/. 

Puisouurez  voftre  compas  d'vne  grandeur  à  volonté  &  por- 
tez cette  grandeur  ainfi  8 ,  fois  fur  la  ligne  Z  C  X  en  commen- 
çant au  point  C,  &  finifTant  à  H ,  puis  gardant  cette  mefme  ou- 
uerturede  compas  ou  de  la  quelconque defdites  8, parties  dudic 
interuale  C  H,rranfportezlafurladefront  E  V  comme  de  F  en 
n  puis  dudit  point  n  menez  vne  droifte  au  point  C ,  lors  du 
point  F  menez  vne  autre  droi&e  pointée  au  point  H  ,  &  par  le  ' 
point  rouelle  a  coupé  ladroic~te»C  menez  vne  de  front  2,  t 
paralelleà  E  V  ou  à  F*  &  du  point  1  au  point  H  menez  vne 
autre  droi&e  pointée  1  H ,  &  derechef  menez  la  de  front  j,  4,  & 
ainfidureftecommeilaefté  dit  es  deux  Planches  8  &  10,  &tres- 
amplement  &  de  diuerfes  façons  dans  mon  premier  Liure. 

Lors  vous  n'aurez  qu'à  tranfporter  les  parties  fuyantes  qui 
font  fur  la  ligne  F  C  deffus  la  ficelle  ef  tendue  droitte  &  les  mai-, 
queraueede  l'ancre  ou  telle  autre  choie. 

La  Planche  qui  fuit  vous  expliquera  le  refte, 

H 


jt  Planche    iJ. 

AYanttranfporté  fur  la  ficelle  ef  figure  d'enhautle  nombre 
des  parties  ou  pieds  fuyants  voicy  deux  ou  trois  moyens 
pour  les  tracer  fur  voftre  Tableau  incliné  gcdb. 

L'vn  ayant  enfilé  ou  appliqué  aux  endroicls  des  diuifions  de 
la  ficelle  droicte  ef  des  petites  patenoitres  ou  boulettes  de  cire 
6:  en  fuite  mis  la  lumière  d'vne  chandelle  precifement  en  la 
place  du  point  de  veuè'  O  par  ce  moyen  les  ombres  de  ces  bou- 
lettes &  celle  de  la  ficelle  e  /iront  fe  placer  fur  ledit  Tableau 
comme  aux  points  i,  2, 3,  4,  $■,  6,  7,  ainfî  que  les  droictes  poin- 
tées O  1,  O  2,  O  3, 0  4,  &  autres  vous  montrent. 

Le  deuxiefme  moyen  efteftant  deux  perfonnes  que  l'vne  euft 
Ion  Oeil  au  point  O  &  qu'elle  miraft  ou  borneyaftfi  celuy  qui 
luy cherche  auec  vn  baiton  ou  telle  autre  chofe  vn  peu  pointue 
luy  montre  bien  l'endroit  fur  le  Tableau  que  chaque  boulette 
luy  couure  à  l'Oeil  &ainfi  la  marquer. 

Le  dernier  moyen  eit  par  les  filets  ainfi  qu'il  a  efté  expliqué 
en  la  if,  Planche  pour  tracer  les  fuyantes  fur  vne  voûte,  mais 
pourl'occafion  prefenre,  il  faut  ofter  les  boulettes  afin  que  le 
filet  que  l'on  conduira  toufiours  du  point  d'oeil  O  en  ligne 
droic"te  iufques  àlafurfaceou  Tableau  touche  ou  baife  de  plus 
prés  les  diuifions  d'ancre  marquées  fur  la  ficelle  r /pour  les  mar- 
quer plus  precifement  fur  ledit  Tableau. 

La  figure  d'embas  vous  reprefente  Yn  Tableau  courbe  ou  en 
voûte  gcdb  fadifrance  Of  pour  faire  fon  efchelle  fuyante  ef. 

Et  de  plus  la  diftance  O  F  &  le  point  de  vcue  F  pour  faire  les 
efchelles  fuyante  &  de  front  du  petit  Tableau  modelle  &  parleur 
moyen  fes  objets. 

Cette  figure  vous  montre  auiîî  comme  par  ces  filets  Oi,  Oi, 
O  5,  O  4,  &  autres  continuez  en  ligne  droite  iufques  a  la  vou  - 
te  en  touchant  chacune  des  diuifions  ou  marques  de  la  ficelle  ef 
fans  leur  faire  perdre  à  aucunes  leurs  lignes  droi&es  vous  aurez 
tracé  fur  ladite  voûte  la  fuyante  courbe  e  1,1,3,4,  ;,  6, 7,  /la- 
quelle s 'y  peut  faire  auiTi  parles  autres  moyens  cy-  delfus. 

Cesfuyantes  e  7  m  f  eltant  faites  figure  d'enhauc  &  d'embas  e  7  f  8c 
leurs  diuifions,  vous  n'aurez  plus  qu'à  mener  par  ces  diuifions  desdroi&es 
de  front  paralelles  à  la  baze  du  Tableau  g ec,  cequ'eltant  vous  aurez  fait 
voftre  treillis perfpe&if  preft  à  y  defleigner  deffus  carré  pour  carré,  ce  qui 
fera  fous  les  carrez  ou  petit  pied  de  voftre  Tableau  modelle  ainfi  que  vous 
pouu-ez  YOir  aux  Planches  6,  7,  ?,  Se  en  la  14,  le  treillis  fur  la  vouce. 


Po'irxtçL-r-.rt/f  vn  Tàéùtutplat  etinoune 

ettAtf  l'n  en  fC'u/c.  &S7  <tùt*ftd/kf 
fùntpêetute*  »  '«/  lignas  ou  poeUes,  cf. 


Planche    19.  /? 

D  Ans  cette  Planche  figure  d'enhaut  eftreprefentc  vn  mur 
vertical  qui  fait  vn  angle  rentrant  ou  enfoncé,  &  eu  bas  va 
(aillant  ou  auanec. 

Voulant  reprefenter  fur  iceux  vn  Tableau  vertical  &  plat  con  - 
forme  en  fon  grand  comme  le  modellc  en  petit ,  faut  considé- 
rer qu'encore  que  ces  angles  rentrant  &  (aillant  ainfi,  toulionrs 
leurs  eileuations  font  icyconfiderez  à  plomb  ou  perpendiculai- 
rement fur  le  plan  où  eiî  feitué  ouplacéle  regardant,  ou  pic- 
quet  A  O. 

Etainii  que  la  diftance  du  petit  Tableau  modelle  pour  ces  for- 
tes de  Tableaux  &  fon  efleuation  d'Oeil  eft  ceile  d'enhaut  O  F 
&d'embasOf  &  l'etleuation  d'oeil  A  0,&  qu'il  ne  faut  penfer 
à  ces  diltances  &  efleuations  d'Oeil  que  pour  faire  le  Tableau 
modelle, lequel  eftant  treiilillé  ou  dmife  de  carrez  égaux  il  ne 
faudra  que  trouuer  fuiuantla  polîtiond'vn  pareil  treillis  çrand 
eipofé  deuant  ladite  furface,  l'ombre  d'iceluy  fur  ces  furfaces. 

Donc  pour  y  conceuoir  d'abord  vn  tel  treillis  figurez  vous 
que  la  ligne  E  V  baze  du  Tableau  foitdiuifée  en  6,  pieds  ou  par- 
ties égales  que  les  coins  du  mur  ou  montans  du  Tableau  E  z 
&  VXlefoientauflî  comme  Ecdz  &  V  efg  X  ,  &que  par  ces 
diuifions  il  y  ait  des  ficelles  tendues  droidtes  &  de  front  ,  puis 
d'autres  à  plomb  ou  perpendiculaires  fur  les  diuifions  z,  3,  4,  j, 
6,  lors  vous  aurez  fait  vn  treillis  geometral  derelief  deuant  la- 
dite furface,  &  pour  le  tracer  perfpectif  fur  icelle  vous  n'aurez 
qu'à  mettre  vne  chandelle  ou  telle  lumière  aii  point  d'oeil  O  Se 
les  ombres  que  ce  treillis  de  ficelles  fera  fur  lefdits  angles  feront 
le  treillis  perfpeétif  dont  vous  auez  befoin. 

Le  mefme  pouuez  vous  taire  par  les  filets  &  leborneyemenr. 

Or  far  de  relies  furfaces  verticales  8c  plâtres  ouvnies.il  n'eil  pas  necef- 
faire  de  conflruirc  entr' eux  &£  l'Oeil  O  va  pareil  nombie  de  treillis  geome- 
traux  qu'en  peut  auoir  le  petit  modelle  ,  il  fuffit  d' vne  couple  1'  vn  fur  l'autre, 
fur  tout  lors  que  les  angles  A  T  E,  A  T  V  font  égaux  de  part  8c  d'autre  :  C*r 
ayant  tracé  vn  codé  comme  figure  d'embas  par  le  moyen  des  deux  filets  O 
p  fe  Se  O  qc,  ayant  mené  vne  droicle  à  plomb  par  les  i  points  b  c,  il  faudra 
porter  fur  icelle  cette  interuale  bc  autant  de  fois  qu'il  fera  befoin  ,  puis 
ayant  diuifé  l'arrefte  à  plomb  5 1  ''.par  le  moyen  des  interuales  égales  5  r,  r  s, 
s  t  ,&C  autres  puis  tracé  fur  ledit  collé  d'angle  les  lignes  pointées  b  t,,  c  r,  d  s, 
et  Se  fumantes ,  puis  menez  vne  droiéte  du  point  A  pied  du  regardant  à  la 
di-iilîon  1,  iufques  au  pied  du  mur  0  Se  en  efleuant  dudit  point  0  la  droicreà 
plomb  0  n  vous  aurez  fait  le  treillis  du  collé  b  h  dudit  angle  faillant;  l'autr- 
coflé  eftant  égal  il  n'y  aura  qu'à  y  tranfporter  ces  mefmes  diuifions  ou  car- 
rez ,  ou  bien  ii  il  nel'eftpas  menant  dudit  point  A  des  droiftes  aux  autres- 
diuilions  4,^, 5,7,6c  continuées  iufques  au  bas  dudit  mur  il  faudra  efleuerles 
pointées  à  plomb.  H    ij 


éo  PUNCH!      ZQ. 

ENcore  que  cette  figure  ne  foit  point  ombrée  ou  ombragée, 
jecroy  que  vousnelaiffezpas  de  voir  que  c'eft  comme  la 
reprefentation  d'vne  partie  d'vn  veftibule  voûté  en  arrefte  ou 
Ogiue ,  &  que  les  pieds  droitts  de  ladite  voûte  font  courbes  ainfi 
qu'vne  niche  ou  dedans  d'vne  tour. 

De  plus  que  les  4  lignes,  règles  ou  ficellesg  cdb  font  icy  ten- 
dues pour  trouuer  vne  grandeur  de  Tableau  fur  ladire  voûte  -,  Et 
en  fuite  les  diuifions  perfpe&iues  fuyantes  rrouuées  comme 
cy-deuant  &  tranfportées  fur  la  ficelle  ef-,  Enfemble  les  ficelles 
defronto^,  rpy  mn>  tendues  fur  ces  diuifions  fuyantes  &  atta- 
chées aux  montans£^,c^,  &  le  tout  dans  vn  mefme  plan  ou 
coupe. 

Or  pour  tracer  toutes  ces  ficelles  de  front  &  autres  fur  cette 
forte  de  voûte,  il  faut  comme  cy-deuant  mettre  vne  lumière  au 
point  O  ,  &  ainfi  elles  marqueront  leurs  ombres  fur  icelle ,  ou  fi 
vous  voulez  par  lemirement  ou  bourneyement  ou  par  ficelles 
commela  figure  vous  montre  &  les  pointées  courbes  stn^ 
i  xy  z,  tirées  pour  les  de  fcont  o  q,mn. 

Or  cet  exemple  de  faire  vn  treillis  perfpeclit  fur  vne  telle 
vouteequipoleàceque  j'ay  dit  de  le  faire  fur  vn  rocher  fibefoin 
eftoit. 

Refte  à  vous  faire  entendre  ce  qui  eft  du  pied  droi£l  de  cette 
partie  de  voûte,  lequel  fe  prefente  deuant  l'œil  O  comme  le 
dedans  d'vne  tour  qui  eft  la  mefme  choie  que  l'angle  rentrant 
de  çy-deuant, 

le  fùppofe  donc  que  l'on  vouluft  faire  fur  vn  tel  pied  droidl: 
vn  Tableau  qui  paruft plat  &  vertical  veu  d'vne  telle  diftance  O 
h  &  eileuation  d'oeil  A  O  ce  qui  feroit  les  conditions  pour  faire 
le  petit  Tableau  modelle  ,  lequel  fait  &  diuifé  de  carreaux  ou 
petits  pieds  geometraux,  il  faudroir  diuifer  la  droiéte  E  V  baze 
du  Tableau  en  mefme  nombre  de  parties  que  celle  dudit  mo- 
delle, puis  faire  comme  cy-deuant  le  treillis  de  ficelles  ou  telles 
autres  chofes  comme  les  à  plomb  EBD  F, 2*,î&,  4^,  V  CH  G, 
&  de  front  B  C  ,  D  H  ,  F  G ,  &  par  la  lumière  mife  au  point  O 
ou  par  des  filets  attachez  au  picquet  au  point  O  ou  aullï  pat  le 
borneyement,  &  ainfi  vous  ferez  de  quelle  manière  que  vou- 
drez ledit  treillis  courbe  d'vn  fens&  droid  de  l'autre  qui  eft  le 
mefme  des  voûtes,  puis  qu'vne  tour  eft  vne  voûte  debout  &  vne 
voûte  ou  berceau  vne  tour  couchée. 


Planche    11.  61 

VOus  voyez  en  cette  Planche  figure  d'enhaut  vne  furface 
comme  d'vne  tour  régulière,  &>  en  bas  vne  régulière  en 
Ton  tournant  &  vne  irreguliere  en  lbn  a  plomb. 

Si  vous  auiez  volonté  de  reprefenter  fur  dépareilles  furfaces 
vn  Tableau  &  objets  vifibles  comme  eft  dit  cy-deuant ,  de  forte 
que  les  lignes  E  V  figure  d'enhaut  &.  d'embas ,  fu fient  entendues 
les  bazes  dudit  Tableau,  il  n'y  auroit  comme  cy-deuant  qu'à 
conftruire  vn  treillis  ou  parties  d'iceluy  perpendiculaire  fur  lef- 
dites  bazes. 

Les  .6,  droites  pointée  figure  d'enhaut  &  d'embas  qui  du 
point  A  pied  du  regardant  A  O  vont  palier  par  les  diuifîons  déf- 
aites bazes  E  Vjutques  au  pied  defdites  tours  ou  furfaces  com- 
meaux points  7,  8,9,  10,  11,  montrent  quepour  y  tracer  deffus 
les  ombres  ou  places  des  montans  du  treillis  expofez  deuant 
icelles  qu'il  n'y  aqu'àefleuer  des  droitlesàplomb  ou  paraielles 
entr'elles  de  fes  points  comme  celles  7  0,  8  e,  3g,  9  t ,  10  x,  n  z. 

Maintenant  pour  tracer  fur  icelles  les  de  front  pry  qs  ,  &  au- 
tres, fi  l'on  ne  veut  fe  feruir  de  la  lumière  en  la  mettant  au  point 
O,  il  faut  auoir  recours  à  trouuerdiuers  points  premièrement 
ceux  où  le  croifent  les  ficelles  du  treillis  ÈcdV  figure  d'embas 
comme  aux  endroidts  Epq,  i  i  h  ,  &  autres  pris  fur  lefdites  lignes 
comme  en  la  Planche  cy-deuant. 

Sur  de  telles  furfaces  il  fuffit  d'auoir  pour  chaque  ligne  à 
plomb  comme  7,0  figure  d'embas  l'interuale  mn  qui  eft  celle 
qui  vient  du  point  Opafler  par  les  points/»  q  donner  cette  inter- 
uale  »?  »  &  la  porter  autant  de  fois  que  l'on  en  a  befoin  fur  ladite 
ligne  7  ,  0  comme  de  n  en  0 ,  &  ainfi  des  endroi&s  i  h  pour  la 
pointée  aplomb  Se  &  de  mefme  des  autres  qui  font  contenus 
entre  les  ficelles  de  front  pr  ,  qs.  &  ainfi  vous  aurez  fait  voflre 
treillis perfpcctif fur  ladite  furface  pour  y  reprefenter  deflusles 
objets  qui  font  defïeignez  &  peints  fur  voflre  Tableau  modelle 
&aufli  treilliffégeometralement  d'vn  pareil  nombre  que  ce  luy- 
cy;  je  vous  répète  encore  que  O/  eft  la  diftance  dudit  Tableau 
modelle,  A  O  fon  efleuation  d'oeil  &  par  confequent  /  le  poinf 
de  veue  d'iceluy. 

La  Figure  ou  Tour  d'enhaut  eftant  e'gale  de  part  &  d'autre ,  il  ne  faut  pour 
ledit  treillis  qu'en  faire  vne  moitié  ainlî  que  des  angles  de  cy-deuant. 

Pour  les  Tableaux  verticaux  de  biais  chacun  doit  voir  parles  figures  def- 
dites  angles  delà  Planche  10.  que  c'elUa  mefnie  chofe  puis  que  les  collez 
d'iceux  font  de  tels  Tableaux  de  biais.  H   iij 


6t  PUNCHt     li] 

Sur  ce  que  la  manière  de  faire  la  représentation  eu  perfpetiiue 
d'vnou  de  flufieurs  objets  veiis  de  bat  en  haut  ou  de  haut  en 
bas ,  nommée  horizontalement  la  mefme  que  d'en  faire  vne  ver  - 
ticale. 

LOrs  que  l'on  reprefentc  furvn  treillis  perfpedif  fait  furie 
plan  d'afliette  des  objets  perpendiculaires  ou  inclinez  au- 
dit plan  plus  ou  moins  proches  de  la  bazed'vn  Tableau  vertical 
l'on  trouue  par  le  moyen  de  ladite  de  front  ou  baze  &  de  la  fon- 
damentale fuyante  perfpe&iue  à  droidt&à  gauche  la  place  de 
leurs  afliettes  ou  plans  perfpe&ifs ,  enfembleau  deflus  &  au  def- 
fousduditplan  d'afliette  leurs  efleuations. 

S'ilferencontroit  occafionde  reprefenter  dans  ou  deflus  vn 
tel  Tableau  vertical  comme  en  cette  Planche  vne  muraille  à 
plomb  eiloignée  de  9,  pieds  de  fa  baze  E  V  &  que  fur  ladite 
muraille  les  objets  A,  B,  C,  D,  y  fanent  attachez  perpendicu- 
lairement ou  autrement  comme  vn  clou  ou  telle  autre  choie 
contre  vn  mut ,  &  aufli  y  déterminer  leurs  ombres ,  ceux  qui 
fontvn  peu  verfez  en  la  pratique  de  la  peripectiue  ne  trouue- 
roient  pas  cela  difficile. 

Toutefois  il  y  en  a  que  leur  preferiuant  de  reprefenter  ces 
mefmes  objetspoureftreYeusdehautenbas  ou  de  bas  en  haut 
ou  horizontalement  ils  s'y  trouueroienr  empefehez. 

Donc  pour  faire  voir  que  ce  n'eft  pas  entendre  cette  pratique 
quepenfer  qu'il  y  ait  différence  de  l'vne  à  l'autre. 

le  donne  auis  de  cacher  le  treillis  perfpec~tif  EmV  en  regar- 
dant la  Planche  ou  ces  objets  de  bas  en  haut  ou  de  haut  en  bas 
en  forte  que  le  rayon  de  voftreOeil  tombe  ou  monte  à  plomb 
furie  point  F,  &  fic'eft  de  haut  en  bas,confiderezque  lafurfa- 
ce  où  les  objets  A,B,  C,  D,  fontpolèzeft  comme  vne  court  ou 
place  plate,  ou  fi  de  bas  en  haut  quec'efl  vn  plat-fonds  ou  plan- 
cher où  ils  font  attachez  &  alors  jugezJi  il  y  doit  auoir  diffé- 
rence quelconque  en  la  pratique  de  faire  l'vn  que  l'autre. 

L'on  peut  de  mefme  fe  figurer  fans  cacher  ledit  plan  d'afliette 
ou  treillis  perfpe&if  le  prendre  en  regardant  de  quelle  force  que 
Ton  voudra  lefdits  objets  pour  eftre  vn  mut  ou  furface  qui  fe 
peut  conceuoit  tantoft  reprefentée  à  l'œil  de  niueau  &  verticale- 
ment. 

La  Planche  qui  fuit  vous  acheuera  comme  je  croy ,  de  confir- 
mer ce  que  j'ay  dit ,  en  casque  ne  l'ayez  encore  entendu. 


Ti-K//H\/iur  /nvntnae  Horiwnltite 


22 


Grtte  fiçure  w  jvrt^tte  pour 
dBOMr  ce  <jtu  a  este  dt? 
en  la  PùuicAe  <pu  précède  ■ 


Planche    t].  *j 

IE  n'ay  pas  pu  donner  au  regardant  A  O  vne  plus  grande  di- 
ftance  pour  facilement  embraifer  d'vne  Oeillade  les  objets 
que  vous  voyez  fuppofez ,  feituez  &  attachez  fur  vne  muraille 
deuantluyàcaufedelapetitefîede  la  Planche. 

Or  derechef  vous  jugez  bien  qu'vne  perfonne  comme  le  re- 
gardant A  O  qui  voyant  des  objets  ainfi  attachez  ou  fichez 
dans  vn  pareil  mur  ou  furface  ou  des  feneftres  ou  trous  creufez 
fur  icelle  qui  les  confidereroit  toufiours  comme  verticaux  eu 
égard  à  ce  plan  d'afîiette  fut  lequel  il  eft  pofé,  &  que  fi  luyen 
falloic  faire  la  perfpediue  de  la  (orteil  ne  la  conceuroit  que  ver- 
ticalle. 

Par  ainfi  tournez  s'il  vous  plaift  vn  peu  ce  Liure  de  forte  que 
ladroicteàplomb  E  T  vous  foit  de  front  comme l'eft  à  pre- 
fent  EV,  puis  figurez  vous  feulement  que  l'oeil  O  eft  feitué  en 
l'air  ,  &  qu'il  regarde  lefdits  objets  ABCDG  de  haut  en  bas 
&  que  par  ainfi  fa  pofition  ou  feituation  ne  changeant  point  ny 
celle  des  objets  il  en  aura  toufiouis  vne  pareille  fenfàtion  ,  le 
mefme  encore  en  les  regardant  de  bas  en  haut  en  tournant  en- 
core ce  Liure  de  forte  que  la  ligne  V  M  23,  vous  foit  de  front 
comme  vous  eftoit  ET  &  E  V. 

Iugez  après  cela  fi  j'ay  raifon  de  dire  qu'il  ne  faut  point 
pout  faire  telle  chofe  fur  vn  plat-fonds  horizontal  changer  de 
pratique  ny  en  faire  fi  l'on  ne  veut  de  petit  Tableau  modelle 
mais  bien  lots  qu'il  y  aura  occafion  de  trauailler  fur  des  voû- 
tes à  plein  ceintre  furbaiffée  régulière  ou  non  pour  faire  en 
forte  qu'ils  apparoiflent  à  l'Oeil  horizontalement  placé. 

Si  quelqu'vn  doute  encore  fur  cefujet  il  n'a  qu'à  voir  ce  qui 
efteferit  en  mon  premier  Liure. 

Venons  à  faire  voir  par  figure  ce  qui  a  eftédit  touchant  le 
vaiiement  de  la  prunelle  de  l'œil  en  peignant  fur  le  relief. 


*4  Planche    14. 

POur  confiderer  cette  figure  il  faut  tourner  ce  Liure  en  forte 
que  la  baze  N  X  vous  foit  de  front  &  ainfi  que  les  lettres 
vous  montrent. 

Vous  y  voyez  la  ligne  A  O  hauteur  du  regardant  pofé  à  plomb 
fur  le  plan  d'affiette  A  H  N  Q  P  &  le  Tableau  g  cdb  ,  &  que  les 
lignes  pointées  A  £  H ,  A  P  Q  ,  O  £  r ,  O  d  j  V  ,  qui  embraf- 
fent  ce  Tableau  £  cdb  >  enfemble  tout  ce  que  ledit  oeil  O  peut 
voit  en  cette  poution  au  delà  ou  au  trauers  d'iceluy  fi  c'eftoit 
vn  verre  ou  furtace  mince  &  tranfparanre. 

Mais  mon  but  fur  cefujet  ne  tend  qu'à  vousfaire  enrendre  la 
raifon  des  coupes  paralelles  au  Tableau  touchant  l'aflbiblille- 
ment  ou  fortifiement  de  la  couleur  des  corps  ou  objets  ainfi 
veus  de  front  &  fuyants . 

Vous  remarquerez  donc  que  la  petitefTe  de  cette  Planche 
m'a  contraint  à  ne  reprefenrerau  de  là  dudit  Tableau  que  trois 
coupes  plans  ou  fectionsen  contant  le  Tableau  pour  vne. 

La  deuxiefme  coupe  eft  H  îsr,  &  latroifiefme  NM  VQ,  & 
que  les  deux  inrerualles  ///,  font  égaux  chacun  en  la  diftance 
O/  de  l'œil  du  regardant  O. 

Or  dans  mon  premier  Traité  il  eft  dit  qu'ayant  à  reprefenter 
vne  couleur  fur  ledit  Tableau  gcdby  première  coupe  ,  (bit 
claire,  /bit brune,  il  la  faut  mettre  de  (a  plus  franche  &  forte 
couleur  fans  aucun  aliage  ou  meflange  de  la  couleur  de  l'air 
ou  autre ,  ainfi  qu'il  conuient  faire  pour  reprefenter  de  fem- 
blables  couleurs  fur  les  objets  qui  font  conceus  reculez  au  der- 
riete  dudit  Tableau  ou  coupe,  d'autant  que  dans  l'efpace  ou 
interualedu  rayonnement  ou  diftance  O/  de  l'œil  du  regardant 
au  Tableau  ,  il  s'y  trouue  de  l'air. 

Mais  ayant  à  reprefenter  de  tels  objets  colorez  entre  les  efpa- 
ces  qui  font  fuppofées  entre  les  coupes  ///  il  faut  y  faire  ce 
meflauge  ou  aliage  par  le  moyen  expliqué  en  mon  premier 
Traite  ou  en  celuy-cy,  toutefois  dans  ledit  premier  cela  y  eft 
amplement  déduit. 

le  diray  feulement  icy  que  s'il  falloir  mettre  vne  telle  couleur  fur  la  coupe 
H  !  s  f  ,  il  faudra  l'affbiblir  à  comparaifon  de  la  franche ,  claire  ou  brune 
rnife  fur  la  première  coupe  ou  baze  du  Tableau. 

Et  lors  qu'il  s'agira  d'exprimer  vne  couleur  d'vn  objet  plus  ou  moins 
fuvantou  tournant ,  il  faudra  au  mefme  endroid  defdites  coupes  &  en  leur 
entre-deux  pour  peu  que  ces  objets  ou  corps  foient  fuyants  l'affoiblir  plus 
que  d'vne  pareille  qui  feroit  fui  vn  objet  de  front. 

Premiers 


i 


Jrg  d  <?/i//a/i/f . 


Tlanche    2J.  61 

Figure  d'cnhaut  quand  l'oeil  O  regarde  d'vne  œillade  vne 
lurface  plarte  colorée  expofée  de  front  deuant  iuy  &  per- 
pendiculaire fur  lepland'afuette,de  tous  ces  rayons  qui  vonr  fur 
cette  furface  ou  ces  efpeces  vers  luy,il  doit  auoir  la  fenfation  plus 
forte  de  l'endroit  ou  point  F  rayon  direct  que  deceux  O  i,  Oj, 
&  autres. 

Mais  encore  que  l'œil  reçoiue  vne  telle  fenfation  fi  ne  faut- il 
pas  conclure  qu'il  faille  aftoiblir  de  la  forte  aux  Tableaux  plats 
Se  verticaux  les  parties  colorées  des  objers  quife  rencontrent 
dans  vne  mefme  coupe  de  front.  Ains  au  contraire  il  conuient 
de  les  colorer  de  mefmeforce  en  toute  leur  eftendue. 

Et  pour  preuue  ayant  fuppoféà  prêtent  que  les  deux  furface» 
plates  figure  d'cnhaut  foient  deux  Tableaux  colorez  de  mefme 
force  en  toute  leur  eften  du  è',le  regardant  O  en  aura  pareille  fen- 
fation que  cy-deuant;  ainfi  l'on  peut  dire  que  cette  diminution 
de  couleur  fe fait  au flt  bien  de  l'œil  0,au  Tableau  qued'iceluy 
au  naturel  ou  relief. 

Mais  lors  qu'il  s'agiftde  reprefenter  fur  vn  Tableau  plat  des 
furfaces  plattes  &  autres  objets  colorez  qui  fe  prefentent  plus 
ou  moins  de  front  ou  fuyants  à  l'œil  il  faut  en  affoiblir  ou  forti- 
fier auflî  plus  ou  moins  la  couleur. 

Or  fur  ce  fujer  je  diray  par  comparaifon  que  fi  vne  baie  effe 
pouffce  plus  ou  moins  directement  contre  vne  furface  platte 
elle  fera  beaucoup  plus  d'effort  que  fi  elle  eft  poulfée  de  biais 
vers  vne  furface  platte  ou  tournante  ou  qu'elle  la  frife  englif- 
fant  fans  s'yarrefter. 

Ainfi  figure  d'embas  l'œil  O  aura  vne  plus  forte  fenfation  de 
la  couleur  du  point  F  puis  que  cette  baie  ou  rayon  touche  cet 
endroit  de  furface  platte  perpendiculairement  &  de  front  que 
non  pas  du  rayon  Or  qui  touche  obliquement  cette  furface 
fuyante  r  m  Se  encore  moins  du  rayon  O  ». 

Encore  quela  couleur  du  point  m  doit  au  relief  ou  naturel  ap- 
paroiftre  à  l'œil  O  plus  foible  que  d'vne  melme  au  point  r 
neantmoins  pource  qu'au  Tableau  le  point  m  Si.  r  font  en 
mefme  coupe  il  faut  en  faire  la  couleur  égale. 


*f  Planche  16. 

LA  raifon  de  cy-deuant  toochant  la  diminution  de  la  cou- 
leur des  furfaces  ou  objets  plats  veiis  de  front  d'auec  ceux 
vêtis  fuyants  plus  ou  moins,  détermine  celle  des  objets  tournans 
de  quels  fens  ou  coftez  que  ce  foit. 

pour  exemple  figure  d'enhaut  fi  l'oeil  auoit  la  faculté  de  pouf- 
fer diuerfes  baies  fur  vn  objet  rond  comme  la  portion  de  bou- 
le B  celle  qui  la  rencontretoit  plus  directement  feroit  plus  d'ef- 
fort contre  cette  boule  B,  &pour  celles  comme  On,  Os,Or, 
qui  ne  font  que  friler  ladite  boule  aux  points»,  s,  r ,  elles  ne  font 
aucune  imprefTton  contr'elle. 

Ainfi  peut  on  dire  que  l'œil  O  aura  la  fenfation  plus  forte  de 
la  couleur  du  point  F,  &  ainfi  à  proportion  moins  forte  des  au- 
tres comme  Ot,  0«,  Ox,8c d'autant  plus  des  endroi&s  tour- 
nants &  glifîànts  nrs  puis  que  le  rayon  de  l'œil  nes'yarrefte 
point 

Venons  au  fujet  de  la  figure  d'embas  fur  ce  que  la  plufpart  des 
Peintres  quoy  qu'en  haute  réputation  ne  forcent  pas  allez 
rafToibliflcincnt  de  la  couleur  de  ces  objets  tournants  &  fuyants 
en  peignant  ou  colorant  après  le  relief  ou  naturel. 

Iefuppofeque  l'œil  O  eft  deftiné  pour  voir  d'vne  feule  Oeil- 
lade fans  varier  la  prunelle  ny  d'vncofté  ny  d'autre  cette  ttfte 
ou  objet,  &  que  le  rayon  O  a  rencontre  perpendiculairement 
l'endroit/»  de  cette  tefte,  &  quefidudit  Oeil  en  cette  pofition  il 
en  elToit  forty  comme celuy  figure  d'enhaut  diuers  rayons  dont 
quelques-vns  rencontreroient  les  parties  de  cette  tefte  qui  fè- 
roient  de  front  dans  vne  mefme  coupe  verticalle  ou  perpendi- 
culaire de  celle  n  &  de  mefme  couleur  ,  ces  parties  deuroient 
auffi  eftre  traictces  au  Tableau  de  mefme  force  ,  comme 
eftant  de  front  j  pour  celles  qui  font  fuyantes  ou  tournantes  il 
n'en  eft  pas  de  mefme  ainfi  qu'il  a  efté  dit  &  fera  encore  cy- 
apres  expliqué. 

Mais  le  principal  de  la  faute  eft  que  fi  vous  auiez  mis  le  quel- 
conque des  deux  yeux  p  ou  q  en  la  place  de  celuy  O  fans  chan- 
ger le  rayon  vifuel  qu'ils  ont  comme  f  b  ouqc ,  quenyl'vnny 
l'autre  neverroitla  couleur  de  la  partie  a,  de  mefme  force  que 
la  voit  celuy  O  &  qu'ils  pourroient  auoir  la  fenfation  plus  forte 
des  parties  plus  eiloignées  &  plus  tournantes  ou  fuyantes  de 
cette  tefte  que  de  celles  qui  en  feroient  plus  proches  fuiuam 
quekrayonydonneroitplusou  moins  directement. 


âa?  4?  &  œ  L 

SVrlcfujetdemon  premier  Traicl:é&  des  deux  Planches  cy- 
deuant ,  je  me  trouue  obligé  de  dire  qu'en  ayant  conféré 
auec  des  Sçauans  en  la  Géométrie  ;  ils  m'ont  aduerty  d'vne  di- 
lttndtion  neceflàire  lors  qu'il  s'agit  de  comparer  la  force  des 
touches  &  teinctes  de  deux  objets  inégalement  efloignez  du 
Tableau. 

Ce  que  j'expliqueray  en  cette  forte  à  ceux  qui  ont  vnpeu  de 
Géométrie  ;  Si  vue  piramide  diaphane  eft  coupée  à  la  moitié  d» 
fa  hauteur  pat  vnplanparallelà  fa  baze,ce  plan  coupant  formera 
vne  figure Lemblable  a  la  baze  de  la  piramide,  laquelle  figure 
fera  le  quart  de  cette  baze.  Mais  chaque  ligne  de  la  petire  figure 
fêta  la  moitié  de  chaque  ligne  correfpondante  de  la  baze. 

Maintenant  h.  on  met  vn  luminaire  au  fommet  de  la  pirami- 
de ,  le  mefme  ordre  de  rayons  illuminera  ces  deux  furfaces  pa- 
rallèles, l'vne  après  l'autre  ,  puis  donc  que  dans  la  plus  efloignée 
vn  mefme  degré  ouforce  d'illumination  prouenuë  de  meimes 
rayons  eft  eftendu  quatre  fois  dauantage  que  dans  la  plus  pro- 
che, qui  n'eft  que  lequarr  de  l'autre  comme  nous  venons  de 
dire;  Il  s'enfuit  qu'en  chaque  porrion  de  la  plus  efloignée  l'il- 
lumination fera  quatre  fois  plus  foible  que  celle  d'vne  portion 
égale  de  la  plus  proche.  Mais  encore  qu'à  la  rigueur  l'illumina- 
tion ne  îedoiueconfiderer  que  fur  des  furfaces,  neantmoins  fi 
nous  la  voulons  confîderer  fur  des  lignes  correfpondantes  de 
ces  deux  furfaces  parallèles  de  noftre  piramide  lumineufe, 
nous  concluerons  que  fur  les  lignes  delà  furfàce  plus  efloignée, 
l'illumination  eft  deux  fois  plus  foible  que  fur  les  lignes  de  la 
plus  proche  ,  pource  que  dans  celles-là  l'illumination  eft  deux 
fois  plus  eftendue,  car  les  lignes  delà  grande  font  doubles  ,des 
correfpondantes  de  la  petite. 

Cecy  le  peut  confirmer  par  vne  expérience  que  je  déduiray 
cy-apres;  Et  eft  vrayaufli  des  autres  qualitez  du  corps  lumineux 
comme  de  fa  chaleur  &  autres. 

Orfuppolantque  la  vifion  fe  fait  comme  l'illumination,  & 
que  les  rayons  viennent  des  objets  qui  font  pris  icy  comme  de 
nouueaux  luminaires.  Vers  laquelle  opinion  je  penche  entière- 
ment, fi  nous  mettons  l'œil  àla  place  du  luminaire  au  fommec 
de  la  pyramide  dont  nous  venons  de  parler,  par  vn  mefme  dif- 


«S 

cours  nous  conclurons  qu'vne  portion  de  lafurface  plus  efioi- 
gnée  fairvne  fenfationà  1  œil  quatre  fois  moins  forte  qu'vne' 
portion  égale  de  la  plus  proche.  Mais  fîon  confidere  ces  furfa- 
ces  comme  eftanscompolées  de  lignes  phyfiques  &  vifibles  à 
lafaçon  deceuxdenoltreprofefiîon  ,  onreuiendra  toufiours  au 
meime  but,  car  quoy  qu'en  noftre  exemple  les  lignes  de  la 
double  diftance  foient  deux  fois  plus  longues  que  leur  corref- 
pondanres  de  la  première  ,  tourefois  les  largeurs  de  celles  là 
eftantauffi  doubles  de  celles  desaurres ,  ces  lignes  feront  de  pe- 
tites furfacesdont  les  plus  elloignées  feront  aux  plus  proches 
dans  la  raifbndes  quarrezde  leurs  diftances ,  à  laquelle  raïkm 
reuiendra  réciproquement  celle  de  leurs  forces  vifibles. 

Dans  mon  premier  Trai&é  de  Perfpectiue  &  dans  celuy-cy, 
ayant  dererminé  les  rouches  &  teindtes  des  lignes  de  front,  com- 
me de  lignes  géométriques,  je  me  fuis  feruy  de  la  raifon  des 
diltances  ou  des  pieds  de  front  rai  fan  t  la  deuxiefme  de  front  deux 
fois  plus  foible  que  la  première  ,1a  troiiiefme  trois  fois,  la  qua- 
trième quatre  Fois ,  &  ainfi  de  fuite. 

Mais  dans  le  difcours  qui  fuit  fur  la  Planche  17,  pour  lesTheo - 
riciens,  nous  nous  fouirons  de  la  railon  des  quarrez  des  diftan- 
ces,  pource  qu'il  s'agira  des  points  vifibles  qui  font  des  peti- 
tes furfaces  tels  que  font  tous  les  points phyfiques  qui  tombent 
fouslesfens. 

L'expérience  que  j'ay  faite  fur  l'illumination  eft  qu'ayant  al- 
lumé vne  melche  d'vne  lampe  qui  a  quatre  defdites  mefches 
toutes  égales  &  leparées  l'vne  de  l'autre  &  fur  vne  mefme  li- 
gne de  front:  Puis  en  fuite  pris  vn  LÏHred'vn  caractère  ou  let- 
tre femblable  à  celuy-cy ,  err  m'efloignant  toufiours  de  ladite 
lumière  jufques  à  ce  que  mes  yeux  en  regardant  d'aifez  prés 
fufsét  dans  le  degré  mitoyen  de  ne  pouuoir  plus  lire  laditelettre; 
lors  nveftant  encore  efloigné  de  ce  lieu  en  ligne  droite  d'vn  in- 
teruale  égal  à  celuy  de  ladite  lumière  à  ce  premier  où  j'eftois,  en 
forte  quecesdeuxpoflions  ouinterualesdela  lumière  à  ce  pre- 
mier &au  fécond  ruflent  égaux  ;  Ayant  fait  allumer  vne  des 
autres  mefches  de  ladite  lampe  afin  devoir  fi  ce  double  de  lu- 
mière feroit  furfilànt  a  me  faire  voir  aulTîdifbinétement  en  ce 
dernier  lieu  qu'au  premier  je  nele  trouuay  pas,ny  mefme  à  trois; 
Mais  les  ayant  toutes  quatre  allumées  alors  mes  yeux  reçeu- 
rentlamefine  fenfarion  de  mon  deuxiefme  efloignement  qu'ils 
$iuoient  eus  du  premier. 


€9 

Ceux  qui  délireront  faire  cette  mefme  expérience  doiuenc 

prendre  garde  qu'alors  que  l'on  a  trouué  ce  premier  endroicT: 
mitoyen  de  ne  p'ouuoir  plus  lire  ladite  lettre  ,  ou  bien  diftinguer 
de  quelle  (brre  de  netteté  l'on  voir,  il  faut  fermer  ou  clorre  les 
yeux  quelque  temps  puis  les  ouurir  &  regarder ,  &  aufii-toft  aller 
au  fécond  lieu  &les  refermer  encore  qu'il  n'y  ait  que  deux  lu- 
mières ,  puis  de  mefme  vn  peu  agrès  les  r'ouurir ,  par  ainfi  l'on 
verra  que  ce  double  de  lumière  ny  trois  ne  fuffira  pas  ,  &  qu'il 
en  faudra  quatre  ;  finalement  ces  quatre  eftans  allumées ,  refer- 
mez vos  yeux  &  vous  ramadèz  bien  dans  l'imagination  la  forte 
de  vifion  dupremierlieujlors  les  ouurans  vous  en  aurez  ou  re- 
ceurez  vnelenlation  pareille  ainli  que  j'aydit. 

Il  y  a  vne  difficulté  a  comparer  les  forces  des  couleurs ,  c'effc 
quenousnelçauons  poiiu  le  moyen  de  les  diuifer  par  moitié, 
tiers, ou  quart ,  c'eltpourquoy  dans  lapratique  celuy  qui  aura 
l'adreire  d'approcher  le  plus  prés  des  proportions  que  nous 
auons  dit  &  dirons  pour  les  touches  &  les  teintes,  reiïilïiale 
mieux  comme  eftanc  plus  prés  de  la  vetité. 

Ayanteicrità  Monfieur  De/argues  à  Lyon  où  ileft  à  prefènt 
depuis  quelques  années  fur  ce  fujet  de  l'illumination  &  delavi- 
fion  ,  il  m'aconuié  de  mettre  en  quelque  lieu  de  ce  Traité  ce 
qui  fuit. 

Quant  à  la  règle  de  pratiqu  e  du  fort  ç$»  foible  qu'il  a  eu  fa  rai  - 
fon  de  la  fonder  fur  la  réciproque  d'entre  fes  dtfiances  ou  pieds 
de  front  &  non  de  leurs  qu.trrez  ou  de  leurs  folides ,  comme  d'au- 
tres peuuent  faire  ayant  peut  ejlre  aujfi  rai  fon. 


Iirj 


•jo  Planche    17. 

ETpourvne  plus  ample  explication;  Soit  en  la  Planche  fui- 
uantevne  pyramide  de  rayons  lumineux  ou  vifuels  AB  en 
la  figure  première  de  cecte  Planche  17,  ou  vn  ordre  de  rayons 
parallels  en  la  deuxiefme  figure  ,  il  eft  euidenc  en  ces  deux  Figu- 
res que  le  pian  dont  le  profil  eftCD  qui  fe  prefente  moins 
obliquement  ou  moins  de  biais  aux  rayons  AB,  en  receuca 
«lauantage&  fera  plus  efclairé  ou  veu  plus  fortement  qu'vn  au- 
tre plan  égal  mais  plus  oblique  dont  le  profil  eft  C  E.  De  melme 
quela  luriace  courbe  CG  lera  plus  fortement  veuè'ou  illumi- 
née que  la  courbe  égale  G  F  qui  eft  plus  oblique  que  la  pre- 
mière  C  G. 

Aux  Théoriciens. 

Pour  auoir  la  raifon  de  l'illumination  ou  delà  vifion  fur  di- 
uerfes  furfaces  planes  ou  courbes  foient  en  la  Figure  $,les  rayons 
AB,  AD,  A  F,  venans  de  l'œil  ou  du  corps  lumineux  A  à  di- 
ftance  finie  -,  l?s  forces  de  la  vifion  ou  de  l'illumination  fur  les 
points  B,  D,  F,  des  furfaces  planes  B  G,  DH,  FI  feront  iné- 
gales pour  deux  raifons;  la  première  à  caufe  de  l'inégalité  de 
ces  rayons  AB,  AD,AF;  &  la  féconde ,  à  caufe  de  leurs  dif- 
férentes inclinarions  fur  ces  furfaces.  Dans  ces  rayons  faites  les 
portions  A  B,  CD  ,  EF  égales  entr'elles,&  des  points  A.C,  E, 
Fur  chacun  de  ces  plans  tirez  les  perpendiculaires  AG,  CH,  E  I, 
qui  feront  les  finus  des  angles  d'inclination  A  B  G  ,  C  D  H, 
E  F I ,  de  chacun  de  ces  rayons  fur  chacun  de  ces  plans  à  caufe 
de  l'inégalité  des  rayons.  La  vifion  ou  l'illumination  du  point 
B,eftàcelkdu  point  D,  réciproquement  comme  le  quarré 
du  rayon  A  D  eft  au  quarré  du  rayon  A  B. 

De  plus  la  vifion  ou  illumination  du  mefme  point  B  fur  le 
planBGàcaufedel'obliquitéeftàcelledupoint  D  fur  le  plan 
D  H  ,  auilîà  caufe  de  l'obliquité  comme  A  G  eft  à  C  H  dont 
ayant  égard  tant  à  l'inégalité  des  rayons  AB,  AD,  qu'à  leur 
inclination  fur  les  plans  B  G ,  D  H  ,  la  force  de  la  vifion  ou  de 
l'illumination  du  point  B  eft  à  celle  du  point  D  en  raifon  com- 
pofée  de  la  raifon  du  quarré  de  A  D  ,  au  quarré  de  A  B ,  &  de  la 
raifon  du  finus  A  G  ,  au  finus  C  H. 

En  la  Figure  4,1'oeil  ou  le  corps  lumineux  A  eftantaulïi  àdiftan- 
ce  finie,  les  rayons  AB,  A  D,  A  F,  rencontrans  la  furface  cour- 
be aux  points  B,D,F;  par  ces  points  menez  des  plans  B  G,  D  H, 


PlANCHI     17.  71 

F  I  ;  qui  touchent  chacun  cette  furface  courbe  B  D  F  &  faites  la 
mefme  conftruétion  quedefïus,  la  force  de  la  vifïon  ou  de  l'illu- 
mination du  point  B,  eft  à  ctlledu  point  D  en  raifon  compofée 
delaraifonduquarrédu  rayon  A  D  au  quarré  du  rayon  A  B,& 
de  la  raifon  du  finus  A  G  au  finûs  C  H  ,  &  ainfi  des  autres  points 
vifïbles  qui  (ont  des  portions  de  furfaces. 

Or  quoy  que  les  rayons  tombent  fur  la  courbe  du  codé  du 
conuexe  en  cette  Figure  quatriefme,  il  eftayfé  de  juger  quec'eft 
la  mefmechofe  ducoftéduconcaue,&aufn  que  nous  ne  met- 
tons pas  en  ligne  de  conte  la  force  qui  vient  des  reflexions  ,  ou 
rafToibliilèmentcauféparrinterpofuiondes  vapeurs, brouillarî, 
pouflleres  &  autres  corps  qui  voltigent  dans  les  airs  ;  Il  faut 
neantmoinseftreauerty  qu'il  fe  peut  faire  que  nous  neconnoif- 
fions  pas  toutes  les  cauies  qui  fortifient  ou  affoibliffent  la  lu- 
mière ou  la  vifïon, &  que  fi  outre  la  diftance  &  l'obliquité  on  en 
defcouure  quelque  nouuelle  dont  on  fçache  la  raifon  ,il  faudra 
joindre  cette  raifon  aux  deux  autres  précédentes  qui  prouien- 
nentdel'efloignement&de  l'obliquité,  &  de  ces  trois  en  com- 
pofer  vne  qui  fera  la  véritable  raifon  de  l'illumination  ou  vifïon 
fur  ces  objets. 

En  ces  Figures  5,  &  4,  fi  les  rayons  A  B ,  AD,  font  également 
inclinez  fur  les  plans  BG,  DH,  il  eftayfé  à  conclure  que  la  force 
delà  vifïon  ou  illumination  du  point  B  eft  s  celle  du  point  D 
réciproquement  comme  le  quarré  du  rayon  A  D,  eft  au  quarré 
du  rayon  AB  ;  car  les  deux  fïnus  d'inclination  font  vne  raifon 
d'égalité,  Mais  file  quarré  du  rayon  AD  efboit  au  quarré  du 
rayon  AB  comme  le  fïnus  d'inclination  du  rayon  AD  eft  au  fïnus 
d'inclination  du  rayon  A  B^c'eftàdirecômeCH  à  AG  la  raifon 
compoféedes  deux  raifons  fufdites  feroit  vne  raifon  d'égalité, 
partant  en  ce  cas  la  vifïon  l'illumination  des  points  B ,  D,  furies 
furfaces  B  G,D  H, feroit  égale,la  diftancedel'vn  eftant  recôpen- 
fée  parl'obiiquitéde  l'autre.  Ainfi  côme  l'inégalité  des  quarrez 
des  rayons  AB,  AD,  AF,  montre  celle  de  la  Villon  ou  de  l'illu- 
mination à  caufe  de  l'elloignement  des  points  B,D,  F,  jufques  à 
l'œil  ou  au  corps  lumineux  A  5  de  mefme  l'inégalité  de  ces  per- 
pendiculaires ou  fïnus  A  G,  C  H,  E  I ,  marque  celle  de  la  vifïon 
ou  de  ril'uminationqui  vient  de  l'obliquité  des  rayons  fur  les 
furfaces  où  ces  points  font  pofez. 

Mais  en  la  Figure  cinquielme  fi  les  rayons  lumineux  AB,  CD, 


7t  Planche    x?. 

EF,  font  parallels  entr'eux  comme  ceux  du  Soleil  qu'on  fuppo.» 
le  tek  à  caufe  de  ion  exceffiue  diftanceala  terre,  rencontrans 
chacun  les  iurfaces  planes  B  G  .  DH,  FI,  aux  points  B,  D,  F; 
11  eft  cerrain  que  fi  on  ne  coniï.iere  que  leurs  diftances  jufques 
au  Soleil, l'illumination  n'en  fera  pas  inégale  puis  que  ces  di- 
ftances ou  rayons  A  B,  C  D,  E  F  ,  eftants  luppofez  infinis  font 
eftimez  égaux  entr'eux.  Donc  l'inégalité  de  l'illumination  de 
ces  points  B,  D  ,  F  ,  ne  viendra  que  de  la  différente  obliquité  de 
chacun  de  ces  rayons  AB,  C  D,  EF  fur  chacun  de  ces  plans. 
Partant  les  forces  de  l'illumination  de  chacun  de  ces  points  B, 
D,F,(ontentr'elles  comme  les  iînus  d'inclination  AG,  CH,EI. 

Si  l'oeil  eftoit  capable  de  voir  d'vne  diftance  infinie  comme 
on  le  fuppofe  dans  la  projection  Orthographique,  les  rayons 
vifuels  AB,CD,  E  F,  feroientparallels,  &les  forces  de  la  vifîon 
des  points  B,  D,  F,  fur  les  plans  B  G,  DH,  FI,  feroient  entr'elles 
comme  celles  de  l'illumination,  c'eft  a  dire  comme  ces  finus 
d'inclination  AG,  CH,  El. 

En  la  Figure  fixiefme  fi  les  rayons  patallels  AB,  CD,  E  F,  ren- 
contrent vne  furface  courbe  dont  le  profil  eft  B  D  F;  ayant  par 
ces  points  mené  des  plans  B  G,  D  H,  F  I,  quitouchenrla  cour- 
be B  D  Faux  mefmes  points ,  &  pris  les  portions  égales  B  A, 
DC,FE  ,&c.  comme  auparauantjes  forces  de  l'illumination  ou 
de  la  vifîon  à  l'infiny  aux  points  B ,  D ,  F ,  de  cette  furface  cour- 
be ,  feront  entr'elles,  comme  A  G,  C  H ,  El ,  qui  font  les  finus 
des  angles  de  l'inclination  des  rayons  fur  ces  plans  touchants. 

Tout  ce  que  nous  venons  de  dire  eft  démontré  dans  l'optique 
pour  l'illumination  ou  vifîon  tant  de  la  furface  plane  que  de  la 
courbe. 

En  ces  mefmes  Figures  y  &  6  files  rayons  AB,  CD,  font  éga- 
lement inclinez  fur  les  furfaces  planes  B  G,  DH;on  conclurra 
que  les  forces  de  l'illumination  ou  de  la  vifîon  à  l'infiny  aux 
points  B,  D, font  égales,  car  les  finus  d'inclination  en  ce  cas 
font  égaux. 

Delà  on  peut  entendre  ce  qui  a  efté  dit  en  mon  premier 
Traictéqu'vn  fuyant  &  tournant  précipité  equipolle  à  vn  loin- 
tain ,  ou  grand  efloignement,  puis  que  les  vns  &les  autres  di- 
minuent les  forces  de  la  vifion  &  de  l'illumination. 

A'mtenitntfoHr  IfiperfpeBiite.  En  la  Figure  fcptiefme  fait 

l'œil 


PLANCHI     Z-f.  7J 

l'oeil  A  a  diftance  finie  du  Tableau  BC,  &  d'vn  plan  geometral 
DE,  les  rayons  vifucls  A  /  F  ,  A  g  G,  les  points  geometraux  F, 
G,  dans  k  plan  D  E  ,  les  points  correfpondans/,£  dans  le  Ta- 
bleauBC.  Premièrement  loit  DE  vn  plan  defiont  c'eft  àdirc 
parallcl  au  Tableau  B  C.  par  ce  qui  a  elle  dit  mr  la  cinquième  fi- 
gure de  cette  Planche ,  la  fenlation  du  point  F  veu  de  la  diftance 
A  F  dans  le  plan  D  E,  efta  la  tentation  d'vn  femblable  point/ 
veu  de  la  petite  diftance  A  /"dans  le  Tableau,  recipio.pt  mène 
comme  le  quatre  du  petit  rayon  A/eft  au  quané  du  grand 
rayon  A  F,  car  les  plans  B  C,  DE,eltans  parallels  les  inclina- 
tions des  rayons  A  F,  A/ fur  ces  plans  feront  égales.  Donc 
pour  faire  en  forte  qu'vn  point  /dans  le  Tableau  veu  de  la  pe- 
tite diftance  A/  faife  a  1  oeil  la  metme  tentation  que  le  point 
geometral  F  dans  le  plan  de  front  D  E  veu  de  la  grande  di- 
ltance A  F,  faut  diminuer  la  touche  &  la  tein&e  geometrale  du 
point/,  en  forte  qu'eftant  ainfï  affoiblie  elle  (oit  àia  touche 
&teinde  geometrale  ou  naturelle,  comme  le  quatre  du  petit 
rayon  A/eft  au  quarré  du  grand  rayon  A  F.  &ainft  nous  aurons 
la  touche  &  teinctedu  point  perlpcdif/  dans  le  Tableau  BC. 
nous  ferons  le  metme  pour  tous  les  autres  points  du  plan  D  E. 

Si  le  plan  L>  E  eftle  Tableau  Se  le  plan  B  C  le  geometral  entre 
l'oeil  &  ce  Tableau,  le  point  perlpedif  F  eftant  fortifie  de  forte 
qu'il  foit  a  ton  geometral /comme  le  quarré  de  la  grande  di- 
ftance A  F  eftau  quarré  delà  petite  A/.  Alors  les  deuz  points 
F  &/  feront  a  l'oeil  la  mefme  tentation. 

Si  le  geometral  &  le  Tableau  eftoient  vnis  en  vn  feul  plan  les 
touches  Se  tein&es  feroient  les  mefmes  dans  le  geometral  & 
dans  le  Tableau  &  n'y  auroit  rien  a  changer. 

Il  arriueta  en  ces  plans  parallels  D  ti ,  B  C  ,  que  tous  leurs 
points  perfpe&ifs,  /  g, h  feroat  touchez  &  colorez  de  mefme 
force ,  car  les  rayons  A  F,  A  G  font  diuitez  proportionnelle- 
ment par  les  plans  para!lels  ,  en  /  &  g. 

Secondement,  foit  vn  plan  g- ometral  fuyant  ou  de  biais  D  E* 
c'eft  à  dire  qui  ne  toit  point  paralel  au  Tableau  B  C.  en  ce 
cas  la  tenfation  du  point  F  veu  de  la  grande  diftance  A  F  dans  ce 
plan  oblique  ou  fuyant  D  E  eft  à  la  tentation  d'vn  femblable 
point  correfpondant /veu  de  la  petite  diftance  A/dans  le  plaît 
du  Tableau  B  C  ,  en  raitbn  compofée  de  la  raiton  du  quarré 
du  petic  rayon  A/ au  quarré  du  grand  rayon  A  F,  &  de  la  raifort 

B 


74  Planche    %f. 

du  finus  de  l'inclination  du  rayon  A  F  fur  le  plan  D  E  au  fînu* 
d'inclination  du  rayon  A/  fur  le  Tableau  B  C.  Donc  pour  faire 
en  force  qu'vn  point/  veu  de  la  petite  diftance  A/  dans  le  Ta- 
bleau falle  à  l'œil  A  la  mefme  fenfation  qu«fon  point  geome- 
rral  F.  veu  de  la  grande  diftance  A  F  dans  le  plan  geometral 
D  E,  faut  diminuer  la  touche  &  teincle  geometrale  du  point/ 
en  forte  qu'eftant  ainfi  affoiblie ,  elle  foie  à  fa  touche  &  teinCtc 
geometrale  ,  dans  cette  raifon  compofée  que  nous  venons  de- 
dire  ;&  nous  aurons  la  touche  &  la  teinéte  du  point  perfpeâif/ 
dans  le  Tableau  B  C.  &  ainfi  des  autres  points  comme  g  h. 

Or  à  caufe  que  les  plans  B  C ,  D  E  ne  font  pas  parallels  les 
rayons  A  F,  AG  ne  font  pas  toufiours  coupez  proportionnelle- 
ment par  le  Tableau  aux  points/ g,  &  les  inclinations  de  ces 
rayons  fur  ces  plans  font  prefque  toufiours  inégales ,  d'où  s'en- 
fuit que  les  touches  &  teintées  des  points  peripeftifs  /,  g  font 
auffi  prefque  toufiours  différentes,  neantmoinsil  aniue  quel- 
quesfois  qu'elles  font  égales  ,  comme  feroient  celles  des  points 
perfpe&ifs/,  /?,dont  iesgeometrauxFjH  font  dans  vne ligne 
droi&e  FH  parallèle  au  Tableau  B  C.  (ou  ,  ce  qui  eft  de  mefme, 
parallèle  àla  commune  feétion  des  deux  plans  B  C,  D  E  prolon- 
gez s'il  en  eft  befoin  )  car  fh  commune  fedion  du  Tableau  B  C 
&  du  pl2n  A  F  H,  eft  parallèle  à  F  H ,  donc  les  rayons  A  F,  AH 
font  coupez  proportionnellement  aux  points/,  b;  Et  ainfi  A/ 
quarréeftàA  Fquarrccomme  AAquarré  à  AH  quàrré.  Et  de 
plus  le  finus  d'inclination  du  rayon  A  F  fur  le  plan  fuyant  D  E 
eftaufînus  d'inclination  du  petit  rayon  A/ fur  le  Tableau  B  C, 
comme  le  finus  d'inclination  du  grand  rayon  A  H  furie  mefme 
plan  D  E,  eft  au  finus  d'inclination  du  petit  rayon  Ah  fur  le 
Tableau  B  C  ,  ce  qui  eftaffez  conneu  par  les  Géomètres.  Donc 
de  paît  &  d'autre  les  raifonscompofées  font  égales  puis  que  les 
compofantes  font  égales  ;  d  où  nous  concluerons  comme  aux 
plans  parallels,  ou  de  front,  que  les  touches  &les  teinctes  des 
points  perfpe&ifs  /,  h  font  égales  entr'elles. 

Enfin  foit  vne  furface  courbe  dont  le  profil  eft  I  F  L  en  la  mef- 
me Figure  feptiefme,  vn  rayon  vifuel  fur  icelle  A  F  la  rencon- 
trant au  point  F,  fon  correfpondant/dans  le  Tableau  B  C.  me- 
nez vn  plan  D  F  E ,  qui  touche  la  courbe  I  F  L  en  ce  point  F  ,  & 
comme  nous  venons  dédire,  trouuez  dans  le  Tableau  BC  la 
touche &teinfte du  point perfpe&if /comme  fi  fongeometraî 


PtANCHI     17. 


7S 


Feftoitdansce  plan  touchant  D  F  E,  ce  fêta  la  touche  &  tein&e 
du  point  perfpeftif  f  dont  le  geometral  F  eft  dans  cette  furtacc 
courbe  I  F  L;  ainfi  on  trouuera  les  touches  &  rein&es  des  au- 
tres; points  I,  L,  de  la  courbe ,  par  le  moyen  des  plans  touchants 
cette  courbe  en  ces  meimes  points. 

Pour  conclure,  il  eft  manifefte  que  dans  la  perfpe&iue  les 
touches  &  les  teindtes  des  plans  fuyants  &  tournants  précipitez 
doiuentequipoller  à  celle;  d'vn  lointain  pource  que  ces  plans 
fuyants  ou  ceux  qui  touchent  ces  courbures  fontauffi  des  obli- 
quitez  précipitées,  d'où  s'enfuit  la  diminution  ou  augmenta, 
non  précipitée  des  finus  de  leurs  inclinations. 

Mais  dans  la  projection  Orthographique  en  laquelle  onfup- 
pofe  que  l'œil  eft  efloigné  du  Tableau  &  des  objets  à  di- 
ilance  infinie,  les  touches  &  les  teindtes  des  points  vifiblcs  ne 
font  différentes  qu'à  caufèdela  différente  obliquité  des  rayons 
fur  les  plans  fuyants  oui  tournants ,  car  les  diftances  infinies 
eftans  eftimees  égales,  la  force  d'vn  point  dans  le  plan  du  Ta- 
bleau eft  à  celle  de  (on  point  correfpondant  geometral  comme 
le  finus  d'inclination  du  rayon  vifuel  fur  le  Tableau,  eft  au  finus 
d'inclination  du  mefme  rayon  vifuel  fur  le  plan  geometral  ou 
eftle  point  propoféj  partant  pour  faire  quel'vn  &l'autre  point 
falTentàcét  Oeil  la  mefme  fenfation  ,  faut  diminuer  ou  forti- 
fier celuy  du  Tableau  Orthographique,  en  forte  qu'il  fait  à  fon 
geometral  comme  le  finus  d'inclination  du  rayon  fur  le  plan 
geometral  eft  au  finus  d'inclination  du  mefme  rayon  fur  le  Ta-! 
bleait. 


K  ij 


fcfaî 


a-7. 


d 


7' 


-A      B- 


-'A 


A>J*""' 



:   ' 

F 

B 

=^ 

Il    faut      Coller  cette    PLtncIw    en    our,  à  Li  paae   ~j£ 


7$  Planche    il 

$ur  la  prétendue  diminution  des  figures  quand  elles  font  esleuiei 
haut, &  fur  le  dire  de  quelques-vns  que  toutes  lignes  font  arc 
&parconfequent  qu'aux  Tableaux  il  les  faut  ainji  reprefenter. 

SVr  cette  pretenduè'diminution  en  hauteur  confiderez  en  cet- 
te Planche  ayant  tourné  ce  Lmre  en  forte  que  la  ligne  CM, 
18,  foit  la  fondamentale  de  front,  que  EO  eit  le  regardant  à 
plomb  fur  le  plan  d'affietie  E  g  G  Y  C ,  &  O  fon  point  d'oeil; 
puis  que  la  furtace  platte  MRSN  efl  le  Tableau  pofé  de  front 
deuantleregardantjjp&  auffi  perpendiculairement  fur  ledit  plan 
d'affiette. 

Déplus  confiderez  l'objet  ou  fujet  ADCH  efleué  fur  le  plan 
d'aflîettederrierele  Tableau  &paralelà  iceluy. 

Pat  ce  qui  fuit  vous  deuezconceuoir  que  menant  des  rayons 
ou  lignes  droites  de  chaque  point  de  l'objet  au  point  O  Oeil 
du  regardant  entr'autres  des  parties  égales  fur  iceluy  com- 
mei,z,  5,  4, ,,  6,  7,  H,  ces  lignes  auroient  marqué  au  Tableau 
vnmefme  nombre  de  parties  égales,  à  la  vérité  plus  petites  que 
celles  del'objet  a  caufê  de  la  diftance  de  l'Oeil  au  Tableau  &d'i- 
celuy  à  l'objet. 

Et  combien  qu'à  l'objet  il  n'y  ait  que  7,  parties  à  plomb,  l'vne 
fur  l'autre,je  dis  q  ue  quand  U  y  en  auroit  vne  infinité  il  en  arriue- 
roit  toufiours  la  mefme  chofe  fuiuant  cette  pofîtion  d'objet 
d'Oeil  &  de  Tableau  le  mefme  en  eft-il  des  diuifions  de  la  de 
front  C  F  G  D,  objet  eftant  menées  des  dtoidtes  au  point  E  pied 
du  regardant,  cat elles  couperont  la  de  front  ou  baze  du  Ta- 
bleau M  S  aux  points  cfigd  en  parties  égales,  &ainfi  par  con- 
séquent delapartiemafciue  de  l'objet  A  DH  veuç'ainfi  defronj 
far  la  largeur. 

Pour  conclu/ion  je  ne  m'inquiette  point  (î  toutes  lignes  font 
ou  ne  font  point  arc,  furrout  lors  qu'il  s'agit  de  reprelenter  vn 
ou  plulîeurs  objets  enperfpectiue  ,  &fï  en  voyantle  naturel  elles 
fembient  à  l'Qzl  telles,  je  fuis  affeuré  qu'elles  le  luy  feront 
aullî  proportionnellement  audit   Tableau. 

Pour  Paire  dautant  plus  remarquer  cette  proportionnalité  j'ay 
mis  les  mefmes  Lettres  &  Chines  fur  l'Objet  reprefenté  com- 
me coulé  mifcif  du  longs  de  ces  rayons  pointez  Se  appliqué 
contre  leTableau  ,  que  fui :  l'objet  naturel,  àlareferue  que  lel- 
dites  Lettres  y  feront  Capitales  &fur  le  Tableau  d'Italique. 


Pi 


u    '28 


A 


Planche    19.  77 

C  Eux  comme  j'ay  dit,  qui  n'ont  pas  compris  à  fonds  nofîre 
manière  de  pratiquer  la  Perfpediuc  3c  qui  ont  dellein  de 
faire  la  reprefenration  des  Voûres  que  l'on  nomme  d'Arefte,  de 
Cloiftre,  oud'Ogiue  paricclle,  le  doiuent  (nuuenir  quej  'ay 
donné  dans  mon  premier  Liure  le  moyen  d'y  mettre  vne  poite 
en  Arcade  &  a  raire  des  ronds  ou  cercles  perlpcCtiFs  tournez  ovi 
kituezdediuersicns ,  Ec  queceidites  voûtes  ne  (ont  d'ordinaire 
que  deux  portes  en  arcades,  quilê  croiièntl'vne  l'autre, &de  plus 
que  celuy  qui  y  içair  mettre  vn  cercle  ou  rond  entier  peut  bien 
en  fairelemelmedelamoicié. 

Or  vous  verrez  par  céc  exemple  &  pat  celuy  qui  fuit  qu'ayant 
trouué  la  hauteur  des  deux  pieds  droitts  ou  coltez  de  î'vne  de 
ces  arcades  M  N,  O  P,  julques  àla  corniche  ouimpofle  N  &  P 
&  tiré  ia  droicte  pointée  ,  corde  ou  tirant  de  l'arc  N  Q  P ,  pour 
faite  la  courbure  ou  arc  N  4  H  f  P,  faut  efleuer  vne  ligne  poin- 
tée N  R. ,  &  vne  P  S  ,  chacune  a  plomb  au  dertus  de  fon  pied 
dtoiét,  per(pecl:iuement  de  la  hauteur  que  doit  aBffir  le  plus 
efleué  de  voltre  arc  voûte  ou  arcade;  puis  ayantmenéia  droite 
pointée  R  S  &  en  fuite  trouué  le  milieu  perfpecTàf  defdites  li- 
gnes NP&SR,  &parconfequentlespointsH&Q;lors  des 
points  R  &  S,  vous  mènerez  deux  droi&es  au  point  Q  comme 
R  Q_&  S  Q  demies  diagonnales  ;  puis  vous  diuiferez  precife- 
ment  en  trois  parties  &  demies  les  pointées  à  plomb  N  R&  PS, 
&  par  l'vne  de  ces  parties  lçauoir  l'entière  1  R  ,  1  S  ,  ayant  mené 
vne  droite  pointée  1,4,  r,  1,  elle  ira  couper  les  deux  demies  dia- 
gonnales S  Q^&  R  Qjtux  points  4  &  j: 

Par  ce  moyen  vous  aurez  cinq  points  pour  mener  la  ligne 
courbe  perfpeétiue  comme  les  cinq  N,  4,  H,  f,  PjCeux  qui  (ont 
vn  peu  verfez  en  telles  pratiques  fçauent  bien  que  l'on  peur 
trouuervn  tel  nombre  dépeints  qu'on  voudra  pour  mener  vne 
telle  courbure  en  peripe&iue,  mais  je  trouue  qu'il  luffit  de  ces 
cinq,  encore quelemoyen  de  les  trouuer  neloit  pas  géométrie, 
attendu  que  la  diagonnale  elt  incommenfurable  au  coltédu 
carré  :  Mais  à  mon  auis  il  y  a  allez  de  preciiîon  pour  la  pratique, 
cequej'ay  plus  amplement  expliqué  dans  les  Planches  70  &  ji, 
démon  premier  Traité. 

Vous  voyez  bien  après  cecy  que  pour  faire  l'autre  courbure 
ce  n'eft  que  le  me!me,&  qu'il  n'y  a  différence  quelconquc,&u>r 
cela  j'ay  creu  qu'il  fuffiroit  d'y  tracer  delfus  les  mefmes  lignes. 

K  iij 


7»  PUNCMi     ja. 

VOus  voyez  en  cette  Planche  la  reprefentation  par  traits  de 
deux  rangs  de  voûtes  comme  l'vne  decy-deuant,  accom- 
pagnée de  quelques  petites  pamcularitez  ,  fur  l'vne  desquelles 
vo  ûces  j'ay  laine  les  lignes  pointées  q  ui  ont  feruy  à  la  conltruire. 

Or  fouuenez-vous  que  noftce-dite  manière  de  pratiquer  la 
per(pe£tiue  comme  elle  eft  amplement  expliquée  en  mon  pre- 
mier Traité,  eftlamefmequede  pratiquer  le  geometral,  &que 
jedisqueceluyquifçaura  lamefuredes  objets  ou  corps  qu'il  y 
voudra  reprefenter  il  n'y  fera  arrelté  en  aucun  endroit  par  au- 
cune forte  de  difficulté. 

le  conuie  donc  derechef  icy  tous  ceux  qui  profeflent  cet  Art 
de  Peinture  de  s'inftruire  de  la  pratique  duGeometral  autrement 
ils  fe  trouueront  toufiours  arreftez  &  empefchezdans  la  prati- 
que Perfpedliueicaràmoinsquededelfeignertout  après  le  na- 
turel &  de  trouuer  les  objets  placez  &  feituez  ainfï  que  l'on  veut 
faire  le  Tableau ,  s'ils  n'ont  la  mefure  defdits  Objets  ils  ne  les 
pourront  reprefenter  petfpectifs. 

I'ay  tracé  au  codé  de  cette  Planche  ou  Tableau  comme  à  vo- 
ftre gauche  l'efchelle  fuyante  1 1 3  4  r  6  &c.  puis  le  point  Z  qui 
reprefentel'efleuationde  la  ligne  du  plan  de  l'œil  ZX  &  en  bas 
fur  la  baze  du  Tableau  E  V  l'interuale  E  »  qui  vaut  icy  la  valeur 
de  deux  pieds,  puis  fut  la  moitié  d'iceluy,  i'ay  tracé  la  cotte  ou 
marque  du  nombre  des  pieds  que  contient  la  diftance  laquelle 
eft  de  quatre,  qui  pat  confequent  valent  8, puis  que  ledit  inter- 
uale  E»  en  vaut  deux  ,ainfi  chaque  interuale  fuyant  qui  (ont  fur 
laditeligne  EZ  en  valent  aurti  deux. 

Cecy  eft  fait  Se  dit  ^afin  que  ceux  qui  font  leurs  Tableaux  par 
règle  deperlpe<£tiue&  fur  tout  pat  noftre  manière  tracent  fi  lç 
cœur  leui  en  dit ,  ainfi  à  codé  de  leurs  Tableaux  l'efchelle  fuyan- 
te, l'efleuationd'œil puis  le  pied  de  front  &  le  nombre  des  par- 
ties qu'ils  ont  prifespour  diftance, ce  qui  ne  nuira aufdits  Ta- 
bleaux puis  que  la  bordure  cachera  les  diuifions  ou  marques. 

Cela  eftant  ceux  à  qui  vnjour  ces  Tableaux  Tomberont  es 
mains  &  qui  auront  vn  peu  de  connoiffance  de  cette  pratique 
de peripeCtiue, pourront auoir  la  fatisfa&ion  de  prendre  parce 
moyen  lamefuredes  corps  ou  objets  defdits  Tableaux  &  celle 
de  les  placer  félon  leurs  diftances  Se  efleuation  d'oeil  pour  les 
voir. 


PlANCHl     }l.  j$ 

Sur  iapenfée  que  j'ay  eue  pour  la  conduite  fur  le  nud  des  corps, des 
lignes  que  Us  Graveurs  nomment  hacheures  ainfi qu'il  a  efié  dit 
aux  difcours  cj- douant  fur  ce  fujet. 

TOut  premièrement  vous  verrez  dans  cette  Planche  figure 
d'enhautque  je  fuppofe  l'objet  O  eflrela  reprefentation 
perfpectiue  d'vne  portion  déboule  expofée  aux  rayons  du  So- 
leil Sec  srtc  vne  bordure  ou  chaflis  barré  de  fil  s  tendus  chacun 
en  ligne  droite  &  paralels  entr'eux,  ;puisvn  autre  fil  «in  qui  les 
croize  perpendiculairement ,  lequel  chaflis  eft  fupofc  incliné 
vers  ladite  boule  O  entr'elle&  le  Soleil. 

Et  ainfi  vous  voyez  que  tous  ces  fils  font  leurs  ombres  fur  la- 
dite boule  &  furlafurfaceoùellc  cftfcituée. 

Suppofantdonclemtfmceftrefaitfurle  relief  il  eft  confiant 
que  ces  filSde  quelque  façon  que  l'on  pofe  ledit  chaflis  entre 
ladite  boule  de  rehef&  le  Soleil  ils  y  feront  des  ombres  qui  fe- 
ront paralelles  entr'elles  comme  qui  la  çouperoit  ainfi  parplu- 
fieurs  plans  paralels  entr'eux. 

Vous  voyez  figure  d'enhaut  que  l'ombre  courbe  &  droite 
guxy  eft  faite  par  le  fùmtn  &  les  pointées  courbes  &  droites 
0,0*,».,  i ,  i  &  autres  par  les  fils  paralels  qui  croifent  celuy 
mtn. 

Mais  ledit  chaflis  eftant  comme  en  la  figure  d'embas  inter- 
pofé  entre  le  Soleil  &  vne  teftede  relief  ou  de  fculpture  d'vne 
matière  blanche  l'ombre  deceshls  ne  feroient  point  en  toutes 
rencontres  fur  toutes  les  parties  d'icelle  paralels  entr'eux  encore 
que  ladite  tefte  fuftfuppofée  coupée  par  de  pareils  plans  paralels 
entr'eux  ainfi  que  j'ay  dit  delà  boule  O:  Neantmoinsil  nes'en- 
fuiuioit  pas  que  l'on  n'en  peuft  tracer  de  paralelles  fur  le  relief 
oude  s'yenimaginer  ,  puis  comme  j'ay  ditlesdefleigner  furies 
objets  que  l'on  fera  d'vne  mefme  ordonnance  paralellc  perfpe- 
ûiue;  comme  on  les  conçoit  fur  le  relief  d'vne  ordonnance  pa- 
ralelle  geometrale. 

Conftderez  donc  fur  ladite  teftele  concours  perfpeclif  de  ces 
fuppofées  paralelles  ombres  de  fils  pointées,  &  comme  les  ha- 
cheures qui  font  entre- deux  fuiuent  leurs  mefmcs  concours  on 
paralelifme  perfpectif. 

Or  fur  cette  matière  il  y  a  à  difeourir  &  à  s'exprimer  pour  ap- 
pliquer cette  mefme  peniée  fur  tous  les  diueis  corps  que  l'on 
pcu,c  reprefenter  par  cet  Art  de  Giavcure, 


Extrait  dv,  Privilège  du  Roj, 

PAr  Grâce  &  PriuiJege  du  Roy  donné  à  fainct  Germain  en 
Laye  le  troiiieime  Nouembre  1641.  Sjgné  L  O  V  I  S  ,  Et 
plus  bas  ,  S  v  b  l  e  t  ;  Il  cft  permis  a  Abraham  Bofle  de  la  ville 
de  Tours,  Graveur  en  Taille  douce  de  graver,  faire  graver  & 
imprimer,  vendre  &  débiter  par  telles  personnes  qu'il  verra  bon 
eftre  ,  en  tous  les  lieux  de  noitre  Royaume ,  tous  les  Deiu-ins  en 
Pourtiairure  qu'il  defleignera  de  ion  inuention  ou  qui'  aura 
recouurezdel'inuentionde  quelqu'autre;  Enfemble  tous  Dcf- 
feins  concernans  les  Arts  &  Sciences  dont  ledit  Bofle  pounoit 
à  l'a iuenir  tracer  les  ligures  ,  &  dreiler  les  Difcours  de  ion  in- 
uention ou  d'autres ,  &  ce  durant  l'efpacc  de  zo  années  accom- 
plies du  jour  de  l'acheuemetit  de  la  première  impreflîon  :  Et 
defenfès  font  faites  à  toutes  perionr.es  de  graver,  faire  graver, 
imprimer  ,  vendre  ,  débiter  nydiftiibuèr  durant  ledit  temps  en 
aucuns  lieux  du  Royaume,  aucune  choie  gravée  ou  imprimée 
qui  foie  extraicte,  copiée,  contrefaite,  imitée  en  tout  ou  en 
partie,  d'aucun  defdits  Ouurages  dudit  BoiTe,fans  fapermif- 
iion  ou  de  ceux  qui  auront  droict  de  luy  ;  à  peine  contre  les  con- 
treuenants ,  de  trois  mil  liures  d'amende,  confiscation  de  tous 
les  Exemplaires.  Le  tout  comme  il  eft  plus  amplement  déclaré 
dans  lefdite<;  Lettres  :  Vérifiées  &  regiftrées,  oiïy  Monfieur  le 
Procureur  General  en  la  Cour  de  Parlement  le  11.  May  1645. 
Signé,     Gvyet. 


xAuertiffement. 

NOvs  auons  dit  au  pénultième  Article  de  la  page  {4.  Chapitre  ti.  tou- 
chant les  vapeurs  5c  autres  corps  qi'i  enpefchenc  ie  paflage  de  la  lumiè- 
re .  .  ue  la  perte  de  la  mefme  lumière  feroir  proportionnée  aux  diltances  :  ce 
qui  le  doit  entendie  en  proportion  Arithmétique  ôc  non  pas  Géométrique. 
Comme  11  dix  thoifes  de  Broùiilars  defrobent  vr.  q^a;  de  la  lumière  ,  les  dix 
thoifes  fuiuantes  defroberont  encore  vn  autre  quart  :  de  au  bout  de  quarante 
thoifes  de  diftance  la  lumière  fera  toute  perdue.  Le  roefme  s'entend  delà 
vifion  fuppofanr  toulîo'jrs  que  lefdites  vapeurs  ou  broùiilars  foient  vnifor- 
rn.es  ,  ce  qui  arriue  rarement. 

ERRATA. 
Les  huit}  pages  de  l'auertilTement  n'ont  point  de  chiffres.  Et  en  la  page^f. 
première  ligne  ,  lifez^,,  Oeil  Se  au  luminaire.  Pag .  21.  L  2t.  qui  ell  d'ordi- 
naire. p.}g.l.4.  plans  paralels.  p.64.1.2.  defront  ainll ,  &  /.  17-  à  la 
diftance.  It  tout  au  bas  de  cette  page  à  ta  réclame ,  PLANCHE  au  lie* 
de  If  R  E  M  I  E  R  E. 

L.  S.   D. 
Acheué  d'imprimer  le  5.  May  ïSçj, 


-- 


Comme  , 


'telques  Particuliers  n'ont  pas  compr 
dans  la  Representaon  des  Objects  t 


Trahie  de  la  Perspective  pour  les  rouies,  iVntversalitc  de 


à» 

toute   Sorte  de  Scttuatton,  et 


,/uoy  f 


ue  ce    Jott  . 


cUa, 


ou  Homes,  lay  cru  nuit  Seroit  bon  de  1  expliquer  par  la  représentation  des   Cinq  fia ur es  cq  dessus tet\  fair 
pour  faire  vne  bonne  Dégradation  îles  Objects  Sur  toutes  formes  et  Situations  de   Superficies   ou  Tableaux  qu'il  ne  faut 
employer  a  chaqu'vn  qu'vne  Distance  et  vn  point  de  Veite ,  tel T^ifu'ïis  Sont  marques'  par  la ^"fuf ou   le  Dôme  et  Tableaù.esi 
Situe  Hûrisontalement ,  Car  S  il  estott  place  '  Verticale  m' 'comme  il  fjt  en  la  zfjft</  Cotte  Bt  il  est  certain  qu'on  ne  pourrait 


des    Cotifpes 
quer  que 
qu'il  > 


prétendre  qu'il  y  eust  ces 


4  points  île  Veites;  dou  je  concluJs  avec  ~Raison,que    la 


leqard  du  Dôme  Hortsontal  Cotte  A.  dans  bt  prenuere  fùjure,  et  qu'il  dotbt  être  ieti  d 


■ne  chose  doiht  être   observée 
Seule  distance  et  dvne  même 
Oeillade. et  Sembutblem^ce  Dôme   Vertical  B.fiq  z"fae  Sorte  aue  quant?  marne    vn   tel  Dôme  Seroit  partage  en  +  différents 
Tableaux  comme  d  est  représente  au  Vlan  i, x, j, q.,f taure  $*, outre  qu'ilx» pourraient  encore  être    vêtis    dvne  Seule 
Oeillade,  tljzui  droit  prendre  des   distances  plus   qrantles   comme  on  peut  remarquer  celle  J"  o  du  regardant  a  o  fit 
pour  vn  Tableau  courbe  d  c  b,  et  plat  d  b,dont  le  point  de   l'eue  f  en  est  tleho 
Par  A.  Bosse    en   Iuin    tS6a.    ivec   Prtvtleqe 


■  Sur  le   pied  droit  d  j  . 


GETTY  CENTER  UBf 


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